Indemnisation des victimes d'abus sexuels : quel est le patrimoine de l'Église de France ?

Indemnisation des victimes d'abus sexuels : quel est le patrimoine de l'Église de France ?

INSOLVABLE - Après le temps de la contrition, celui de la réparation. Les évêques réunis à Lourdes ont décidé ce lundi de créer une instance de reconnaissance et de réparation pour les victimes de faits de pédophilie dans l'Église. Mais quelles sont les moyens matériels de cette institution ?

Le rapport Sauvé, qui a fait l'effet d'une bombe lors de sa publication le 5 octobre dernier, en exposant l'ampleur des abus sexuels commis au sein de l'Église, était assorti de recommandations sur les façons qu'aura l'institution religieuse de réparer les blessures faites aux victimes. Parmi celles-ci, la préconisation d'une indemnisation, qui sera gérée par une instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, dont la création a été actée un mois plus tard, ce lundi 8 novembre, par les évêques réunis à Lourdes. L'Église a fait savoir qu'elle ne pourrait pas assumer cette dépense sans une aide substantielle de ses fidèles. Qu'en est-il de ses possibilités financières réelles, qui a toujours nourri l'imaginaire, mais dont on cerne mal la réalité ?  

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Le rapport Sauvé révèle l'ampleur de la pédocriminalité dans l'Église de France

L'"ensemble des fidèles" doit se sentir "concerné" par le financement de l'aide financière à destination des victimes de pédocriminalité dans l'Église catholique, avait déclaré le président de la Conférence des évêques de France sur Franceinfo, dès le lendemain de la publication du rapport Sauvé. Un appel aux dons des fidèles pourtant contraire aux préconisations de la Commission du rapport. "Nous n'avons pas d'argent caché dans des caves", avait martelé Mgr Éric de Moulins-Beaufort, en affirmant l'incapacité de l'Église à dédommager les victimes d'actes pédocriminels en son sein. 

75% des revenus de l'Église proviendraient de la générosité des fidèles

Pour l'archevêque de Reims, la fortune supposée de l'Église de France n'est qu'un "fantasme". Qu'en est-il vraiment ? Selon une enquête menée par La Croix en 2011 auprès des diocèses, l'Église disposait alors d'un financement de 700 millions d'euros par an. Pour un tiers (231 millions d'euros), cette manne était due au denier du culte, un financement annuel de l'Église par ses fidèles. Et pour un peu moins d'un quart (147 millions d'euros), c'est de la quête lors des offices religieux que provenait la contribution... c'est-à-dire là aussi de la poche des paroissiens. 

En ajoutant les "casuels" (dons à l'occasion de baptêmes, mariages et décès), et les "offrandes de messes" (pour célébrer des messes à l'intention de quelqu'un en particulier), ce sont près des trois quarts des revenus de l'Église qui proviennent de la générosité des fidèles. Selon la Conférence des évêques, l'ensemble de ces dons servent pour l'essentiel à salarier les prêtres et les évêques, à hauteur d'un peu moins de 1000 euros par mois pour chacun, ainsi qu'à couvrir les diverses dépenses de fonctionnement.

Les biens de l'Église à usage locatif lui rapportaient par ailleurs quelque 23 millions d'euros en 2011 - un montant substantiel, mais loin des revenus d'un immense patrimoine souvent supposé. C'est l'État qui a en charge l'entretien de quelque 40.000 églises, passées sous son giron après la loi de séparation de l'Église et de l'État, et entretenues depuis lors par les communes. Les diocèses possèdent toutefois en propre environ 2000 églises, construites après 1905, ainsi que 40.000 à 50.000 immeubles "à usage pastoral" (presbytères, lieux de réunion, etc). Un patrimoine immobilier à tempérer par les frais d'entretien et de rénovation, qui se monteraient à 150 millions d'euros par an. Contrairement à la plupart des autres pays européens, l'Église ne reçoit par ailleurs aucune subvention de l'État (à quelques exceptions locales près). 

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Depuis le premier confinement dû à la pandémie de Covid-19, qui a contraint nombre de paroissiens à rester chez eux, l'Église accusait par ailleurs un fort manque à gagner : 30 à 40% de ressources en moins dans les paroisses, 70 à 80% en moins dans les sanctuaires. Mgr de Moulins-Beaufort fait un état des lieux pessimiste pour une indemnisation sans recourir aux dons des fidèles, comme le recommande la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) :  "On peut peut-être imaginer vendre quelques églises, mais la plupart ne sont pas vendables et n'ont pas d'intérêt architectural particulier", estime-t-il. L'idée souvent avancée de recourir au Vatican est également écartée par le prélat : "Le Vatican ne finance pas l'Église de France, c'est nous qui finançons le Vatican"

Il est difficile de donner tort ou raison au président de la Conférence des évêques de France, tant le détail du patrimoine immobilier et foncier de l'Église est mal connu, de son propre fait. Mais une indemnisation individuelle des victimes, comme le préconise la Ciase, laisse imaginer des sommes colossales à verser : le rapport Sauvé établit en effet que 216.000 personnes ont été les victimes d'actes pédocriminels commis par des religieux, 330.000 si l'on ajoute les agresseurs laïcs. 

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