Inégalités entre les enfants : pourquoi la France est-elle si mal classée ?

Inégalités entre les enfants : pourquoi la France est-elle si mal classée ?

SOCIETE - L’Unicef a publié son classement des inégalités de bien-être entre les enfants des 35 pays les plus riches ce jeudi, dans lequel la France s'est classée à une modeste 28e position. Quelles en sont les causes (ete les pistes à suivre pour y remédier). Metronews fait le point avec Gérard Neyrand, sociologue spécialiste de la famille.

La France manque-t-elle à sa devise Liberté, Egalité, Fraternité ? Le dernier rapport d’Innocenti (le Fonds des Nations unies pour l’enfance) publié ce jeudi et classant les pays les plus riches en fonction des inégalités de bien-être des jeunes, place la France à une bien décevante 28e place. Se concentrant uniquement sur l’écart entre les enfants les plus défavorisés et ceux appartenant à la classe moyenne,  l’étude se targue "d’examiner jusqu'où la société laisse le fossé se creuser entre les enfants, en matière d’éducation, de santé, de revenus et de bien-être."

"Ce bilan ne dit pas que les performances de la France sont mauvaises mais qu'il existe des inégalités très importantes dans notre pays entre les enfants pauvres et ceux des classes moyennes", résume Sébastien Lyon, directeur général de l'Unicef France. En outre, la France, pays œuvrant pour l’égalité pour tous, génère finalement plus d’inégalités que 27 de ses voisins, parmi lesquels le Portugal, la Grèce, la Roumanie, l’Allemagne ou encore la Croatie.

  La France presque dernière en matière d'éducation

En matière d’éducation, la France écope pratiquement de la dernière place et se classe 35e sur 37 devant la Belgique et Israël. En cause ? Le retard des élèves en difficulté par rapport aux élèves "moyens" dans des matières comme les mathématiques, la lecture et les sciences à l’âge de 15 ans. Contacté par Metronews, le sociologue spécialiste de la famille Gérard Neyrand, estime que "la France n’a pas su s’adapter à l’évolution de sa société en matière d’éducation."

"L’école ne s’est pas adaptée à la diversification. L’écart sera forcément notable entre un enfant issu d’une famille pratiquant une langue étrangère et un enfant ne parlant que le français. Le travail commence à l’école primaire", explique le spécialiste qui rejoint la conclusion de l’Unicef : l’éducation française telle qu’elle est ne permet pas de cibler suffisamment les plus en difficulté et d’axer les efforts en leur direction.

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Le sociologue vogue en faveur d’"une refonte de l’éducation sur le modèle finlandais". "Les enfants sont moins nombreux, les professeurs sont plus valorisés, mieux payés et surtout reçoivent une formation pédagogique" pour apprendre à travailler auprès des enfants. Mais difficile d’engendrer une refonte si lourde qui montrerait ses premiers résultats d’ici une vingtaine d’années.

  Bien-être des jeunes : la France arrive 28e sur 35 pays

La satisfaction des enfants de 11 à 15 ans reste un point noir de cette étude. Là encore, la France arrive en bas du classement en matière de bien-être. "Alors que les enfants des pays observés déclarent un niveau de satisfaction de 8 sur 10 en moyenne, un fort taux d'enfants en France (8,5%) déclarent être peu satisfait (avec une note 4/10 ou moins). Les enfants les plus défavorisés économiquement voient leur probabilité d'être peu satisfaits augmenter de 13%", explique l’Unicef, évoquant également la question du "harcèlement sur les réseaux sociaux".

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Pour Gérard Neyrand, la France (entre autre) est dans "une nouvelle socialité, une nouvelle façon d’être. Les adultes voient ça avec du recul, mais les jeunes nés ces quinze dernières années baignent depuis toujours dans un monde médiatisé et interactif. Ils se construisent à travers les médias, c’est un nouveau fondement culturel. Ils sont sociabilisés, formés et formatés par l’interaction avec les autres". Une dépendance virtuelle, parfois nocive et dangereuse.

 Santé : quand l'Etat français fragilise sa jeunesse

Dans le domaine de la santé, les inégalités entre les enfants français sont également importantes. Selon l’Unicef, plus de 30% des jeunes de 11, 13 et 15 ans se disent quotidiennement atteints de problèmes de santé tels que des maux de tête, de ventre, des vertiges ainsi que des troubles psychologiques comme la déprime, l’insomnie et la nervosité. "Ce ne sont pas les troubles qui sont plus nombreux aujourd’hui, c’est la sensibilité par rapport à ces troubles qui a augmenté", indique le sociologue, ajoutant que, depuis les années 2000, les différentes campagnes de santé publique lancées par l'Etat font "que chacun est plus attentif à ce qu'il ressent". Y compris dès le plus jeune âge, puisque "cette préoccupation est évoquée à l'école".

 Peu d’écarts de revenus

Enfin bonne nouvelle, la France essuie peu d’écarts de revenus entre les enfants les plus défavorisés et la moyenne, grâce à son système d’aides sociales. "Sans les transferts sociaux et les allocations, l'écart avec les enfants les plus pauvres serait deux fois plus important. Nous avons des amortisseurs sociaux qui fonctionnent, c'est rassurant", tempère l’Unicef.

EN SAVOIR +
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