Infanticide de Berck : "Madame Kabou n'est pas une petite menteuse, c'est une grande délirante"

Infanticide de Berck : "Madame Kabou n'est pas une petite menteuse, c'est une grande délirante"
SOCIÉTÉ

JUSTICE – Le docteur Daniel Zagury, auditionné ce jeudi au procès de l'infanticide de Berck-sur-Mer, a examiné Fabienne Kabou à l'été 2014. Chez celle qui est jugée depuis lundi et jusqu'à vendredi devant les assises du Pas-de-Calais pour l'assassinat de sa fille en 2013, le psychiatre a diagnostiqué une psychose délirante chronique. Pour le médecin, le cas de Fabienne Kabou, de par la complexité de sa personnalité et de par son geste, est un "cas historique".

Les psychiatres qui l'ont examinée ont tous conclu à une altération du discernement. Certains n'ont pas décelé chez elle de troubles mentaux, notamment le psychiatre Louis Roure et le psychologue Alain Penin, entendus mercredi. Mais pour le docteur Daniel Zagury, c'est certain : Fabienne Kabou, jugée par la cour d'assises du Pas-de-Calais pour avoir tué son bébé de 15 mois en novembre 2013 en l'abandonnant à la marée montante sur une plage de Berck-sur-mer, est atteinte d'une psychose délirante chronique, plus proche de la paranoïa que de la schizophrénie.

Beaucoup ont parlé "d'affabulation", de "simulation". Pour le psychiatre qui a été entendu ce jeudi matin, cette hypothèse est "absurde" et même "complètement exclue". "Madame Kabou n'est pas une petite menteuse. C'est une grande délirante", déclare le docteur à la barre, précisant qu'il faut "appeler un chat un chat et un délire un délire !". Il ajoute que "pour comprendre l'affaire, le délire est beaucoup plus important que le mensonge". Et quand la présidente lui demande si son cas est comparable à celui de Jean-Claude Romand, il estime que "cela n'a rien à voir".

Elle "a la sensation de ne pas être seule dans sa tête"

Le docteur détaille ce qu'il a perçu chez celle qu'il avait examiné à l'été 2014, et qu'il considère comme un "cas historique". "Fabienne Kabou a la sensation de ne pas être seule dans son corps et dans sa tête. 'Je suis parasitée', dit-elle. Elle ressent un vécu paranoïaque de persécution. Elle atténue ses émotions et interprète son geste par la sorcellerie et le paranormal. Ce, pour ne pas parler de son délire. Beaucoup de psychotiques ne reconnaissent pas qu'ils sont malades". Quand elle a parlé des faits au médecin, elle les a évoqués comme une énigme, également par rapport à elle-même. " Il y a un état d'engrenage du fatum, elle était comme téléguidée", commente le docteur Zagury.

Convaincue que sa fille était "menacée par un danger pire que la mort", par ces "sorcières sur son berceau", ces "femmes jalouses qui cherchent à diviser son couple", Fabienne Kabou a pris la décision de la tuer, "pour la protéger". Elle aurait voulu que Michel Lafon "l'arrête dans sa fuite", qu'Ada "manifeste son inquiétude". Selon elle, seuls eux pouvaient interrompre le processus inexorable qui s'était mis en marche. Ils ne l'ont pas fait, et la fillette de 15 mois est morte noyée sur la plage de Berck-sur-mer, dans une nuit glaciale de novembre.
   
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"Son intelligence ne la protège absolument pas de la maladie mentale"

La présidente Claire Le Bonnois rappelle alors quelques-unes des expressions ou phrases glaçantes utilisées par l'accusée, dont le langage est soutenu et le vocabulaire choisi. "Fabienne Kabou parle d'un 'voyage d'agrément'. Elle dit qu'elle aurait 'pu congeler le bébé' car 'c'était à la mode', le "jeter avec l'eau du bain'"… Daniel Zagury explique que "l'intelligence de Fabienne Kabou ne la protège absolument pas de la maladie mentale". Il illustre son propos en citant l'exemple de Daniel Paul Schreber, président de la cour d'appel de Dresde mort en 1911, qui se croyait persécuté par Dieu et qui prétendait avoir pour mission de se changer en femme pour engendrer une nouvelle race. "Cette étrangeté chez Fabienne Kabou est une des traductions de sa maladie, note le Docteur Zagury. Elle nous trompe sur l'intensité de sa coupure avec le monde".

"Si elle est malade, dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans, ne serait-elle pas dangereuse pour autrui?", interroge Claire le Bonnois. "L'expérience a montré qu'elle était dangereuse pour son enfant. Mais dire qu'elle serait dangereuse pour d'autres, nous n'avons aucun argument", répond le spécialiste.

L'accusée sera fixée sur son "sort" vendredi. Accessible à une sanction pénale, elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité, mais l'altération de son discernement au moment des faits pourrait lui faire bénéficier d'une peine amoindrie.

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