Infanticide de Berck-sur-Mer : malade ou pas, les parties civiles en désaccord sur Fabienne Kabou

Infanticide de Berck-sur-Mer : malade ou pas, les parties civiles en désaccord sur Fabienne Kabou
SOCIÉTÉ

PROCES – Les avocats des six parties civiles au procès de Fabienne Kabou, jugée pour avoir tué sa fille Ada, 15 mois, dans la nuit du 19 au 20 novembre 2013 sur la plage de Berck-sur-Mer, ont plaidé ce jeudi. Deux clans se sont opposés, avec d'un côté, ceux qui représentent les associations de défense des enfants pour qui l'accusée est une mère infanticide comme les autres, et de l'autre, ceux qui représentent ses proches et qui considèrent qu'il faut tenir compte d'altération du discernement de l'accusée et adapter sa peine.

Ceux qui ont examiné le sujet en 2014 n'étaient déjà pas tombés d'accord sur ce point. Si l'altération du discernement au moment des faits a été acquise à l'unanimité par les psychiatres, la question de la pathologie mentale avait déjà divisé les deux collèges d'experts.

Ce jeudi, les avocats des parties civiles au procès de Fabienne Kabou jugée pour l'assassinat de sa fille de 15 mois en 2013 sur une plage de Berck, se sont eux aussi opposés sur ces éléments cruciaux du dossier qui influenceront la peine prononcée à l'encontre de l'accusée. Car dans cette affaire dramatique se sont constituées six parties civiles : trois associations de défense des enfants d'un côté qui demandent justice au nom des mineurs et les parents de Fabienne Kabou ainsi que Michel Lafon, l'ancien compagnon de celle qui est jugée aujourd'hui, qui par ce biais ont pu accéder à la procédure afin d'avoir un maximum d'éléments pour comprendre pourquoi elle avait agi de la sorte.

Et leur constat sur le sujet, quatre jours après le début du procès, n'est pas le même. Certains estiment qu'elle a agi en conscience, les autres vont dans le sens des experts pour qui Fabienne Kabou est malade et a eu un discernement altéré au moment des faits.

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"Donner la mort à un enfant, c'est une maltraitance"

"Certains osent dire qu'il n'y a pas de maltraitance, ici, a plaidé Me Broyart, avocat d'Enfance et Partage faisant référence à tous ceux qui ont défilé à la barre indiquant que Fabienne Kabou avait aimé sa fille et qu'elle s'en était bien occupée. Mais donner la mort à un enfant, c'est une maltraitance". L'avocat a rappelé que chaque jour en France, deux enfants décédaient des suites de maltraitance. "N'entrez pas dans le délire, restez dans la réalité. La réalité c'est qu'une petite fille de 15 mois a été tuée par sa mère" a-t-il souligné.

Me Sylvie Fénart, avocate de l'association, La voix de l'enfant, abonde elle aussi en ce sens. "Certains disent que c'est un dossier atypique car il n'y a pas de maltraitance dans le sens où la victime n'a pas été mise dans une machine à laver. Mais Adélaïde n'a jamais vu un médecin, n'a jamais été déclarée, a été privée par ses parents de sa famille, et est restée des heures dans l'atelier de Saint-Mandé pendant que sa mère allait se promener" a-t-elle rappelé.

L'assassinat d'Adélaïde est "drame familial", un infanticide comme un autre" qui "n'a rien d'historique", a estimé Jean-Christophe Boyer avocat de L'enfant bleu- Enfance. "Fabienne Kabou est dans le confit, mais dans le conflit avec elle-même. (…) S'il y a une psychose, elle n'est pas fondamentalement l'une des causes de son geste". Selon lui,  "ça arrange tout le monde de dire que ce sont des malades qui font ça". "Dire que ce sont des montres, c'est les mettre à part et affirmer que ce n'est pas un problème de société. Rendez justice pour Ada et pour notre société!". 

"Pathologie aliénante en lien avec le passage à l'acte"

Rappelant les psychoses, la jalousie, et la récurrence de la présence de sorcières dans la tête de Fabienne Kabou, Raphaël Tachon, avocat de la mère de l'accusée, a lui rejoint l'avis des psychiatres. "Il y a une pathologie aliénante en lien avec le passage à l'acte. Fabienne Kabou n'est pas dans notre réalité et nous n'avons pas les clés de sa réalité, a-t-il insisté. (…) La sorcellerie, il n'y en a pas. C'est une explication. La seule solution logique et sincère, c'est l'analyse. Son discernement a été altéré dans une très large mesure. Le docteur Coutanceau l'a relevé, 'on est sur le fil du rasoir' entre abolition et altération".

Marie-Hélène Calonne, avocate d'Etienne Kabou, père de l'accusé projette déjà que certains considéreront Fabienne Kabou comme "un monstre" pour qui il faut la "peine de mort". Pour elle, il faut plutôt déterminer "quelle a pu être la détresse profonde" de cette femme et comprendre "ce qui a pu se briser pour qu'elle en arrive là". "L'objet de ce procès et de l'instruction est de savoir ce qui a pu la motiver", a-t-elle déclaré.

Christian Saint-Palais, avocat de Michel Lafon, a rappelé lui que "trois des plus grands experts de France" étaient venus éclairer la cour sur l'état de santé mentale de Fabienne Kabou. Le collège a conclu à une psychose, à une pathologie aliénante et à un discernement altéré. "Il faut prendre une décision à hauteur de l'enjeu. Vous avez une part de responsabilité pénale. Prenez en considération ce que les médecins nous disent, vous allez juger une femme malade!".

"Si on ne retient pas ce que disent les experts, alors, il ne sert à rien de les désigner"

Interrogée à l'issue des plaidoiries des parties civiles, Me Roy-Nansion, avocate de Fabienne Kabou a estimé que si on ne retenait pas "ce que disent les experts, alors, il ne sert à rien de les désigner".

Pour elle, "les jurés vont devoir faire ce que le code de procédure pénal dit, c’est-à-dire juger cette femme sur les faits qu'elle a commis, au regard de sa personnalité et en fonction de l'état mental dans lequel elle se trouvait au moment des faits". Et d'ajouter : "C'est ce que nous dit la loi. Et si ça ne fonctionne pas comme ça, alors ça dysfonctionne". Elle plaidera vendredi, avant que le jury ne parte délibérer. 

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