Insultes, bagarres, vols de matériel : le maire de Saint-Gervais condamne les "bouffons" qui grimpent sur le Mont-Blanc

SOCIÉTÉ
COUP DE GUEULE - Guides insultés et bousculés, invisibilités, irrespect ...Le maire de Saint-Gervais-les-Bains dénonce les dérives autour de l’ascension du Mont-Blanc, de plus en plus fréquenté, et victime de touristes pas toujours respectueux du site.

Le communiqué est incendiaire. Et le message est très clair. Le 18 août, la mairie de Saint-Gervais-les-Bains a mis en ligne sur les réseaux sociaux deux pages, une tribune écrite par le maire et conseiller départemental du Mont Blanc divers droite, Jean-Marc Peillex. Qui semble à bout, excédé par des incivilités et comportements extrêmes de touristes qui se croient tout permis. "Mont-Blanc, le summum de l’irrespect est-il atteint ? Ou quand les irrespectueux continuent à bouffonner presqu’en toute impunité", questionne ainsi le communiqué, que Jean-Marc Peillex, relaie sur Twitter avec une accroche : "Saint-Gervais, les bouffons sont toujours sur le Mont-Blanc". 

Des guides se prennent des coups de poing

Sa ville est en effet le point d’entrée pour la voie principale de l’ascension pour le plus haut sommet d’Europe. Mais la fréquentation du Mont s’est développée, au point que, estime le maire dans le Parisien, le Mont Blanc est devenu un "parc d’attraction", où le Mont Blanc fait "figure de Space Montain", où "les gens ne sont là que pour faire des exploits". Avec quelques 300 à 400 personnes qui tentent de monter chaque jour, la voie d’accès une "autoroute", sur laquelle se multiplient les comportements inconscients, impolis et dangereux. 


Dans son communiqué, Jean-Marc Peillex livre ainsi plusieurs anecdotes de randonneurs qui" se moquent allègrement des lois" régissant les règles de l’ascension vers le sommet, et n’hésitent pas à faire fi "des us et coutumes établis par les guides". A l'entendre, l’ascension du Mont Blanc semble loin d’être un moment de silence, de dépassement de soi, d’entraide, de bienveillance et de sérénité devant des paysages époustouflants... Règneraient plutôt mesquinerie, colère, compétition. 


Jean-Marc Peillex évoque ainsi l’exemple d’un guide qui, le 15 août,  reçoit un coup de poing en croisant une cordée de 8 personnes venant d’Europe de l’Est "au motif qu’il ne s’est pas arrêté pour les laisser passer alors que la cordée montante a toujours la propriété" ; un guide qui se fait insulter dans les couloirs du refuge du Goûter, "alors qu’il faisait remarquer, à juste titre et calmement, qu’un piolet devait être remisé dans le local crampon" ; un autre guide qui "se fait bousculer volontairement sur l’arête des Bosses par quatre Espagnols mal encordés et mécontents de s’être fait doubler de façon régulière".

En vidéo

Les règles du Mont Blanc

Un touriste plante sa tente au sommet

Autre problème, des comportements "ahurissantes et intolérables" de touristes, qui semblent oublier qu’ils sont dans un environnement de haute montagne, et donc dangereux. Comme l’abri de détresse "devenu inaccessible à cause d’une bonne vingtaine de personnes qui l’ont privatisé et qui y vivent et dorment de façon organisée", ou encore... le sommet du Mont-Blanc ou un touriste a planté sa tente. Ou encore ces alpinistes étrangers qui gravissent le mont avec un mat de 10 mètres pour le planter au sommet.


Le maire évoque enfin des pratiques irrégulières qui peuvent être dangereuses, avec la présence de faux guides, qui n’ont pas le droit d’exercer sur notre sol, des encadrants sans responsabilité civile professionnelle qui ne respectent jamais les usages ni la réglementation. 


"Quand on voit des gens qui se battent presque, des gens qui volent du matériel, des gens veulent mettre en jeu la vie de leurs enfants pour faire le premier numéro d’une émission de téléréalité américaine, quand on voit un père qui veut faire faire le Mont blanc avec ses enfants en bas âge, ou un autre avec son chien, on se dit stop, ce n’est plus possible", détaille Jean-Marc Peillex dans une courte vidéo postée sur Twitter. "Et si ce n’est plus possible, on va prendre des règles, car les gens n’ont pas écouté pendant des années les recommandations, on va passer à des règles, qui vont bien sûr pas du tout concerner les gens respectueux, mais qui vont  faire mal aux gens irrespectueux."

Le coup de gueule est plutôt bien perçu sur Twitter. Des internautes réagissent et apportent leurs propres anecdotes.

Beaucoup manifestent leur soutien. "De tout cœur avec vous. Vous avez bien raison. On frôle l’inadmissible et l’intolérable #chamonix #MontBlanc #alpinisme #guides", écrit un internaute.

Chaque année, ce sont entre 20 et 30.000 personnes qui tentent l'ascension du plus haut sommet d'Europe. Ce tourisme de masse et cette recherche de l'exploit - comme l'ultra-trailer Kilian Jornet qui poste sur Twitter une photo de lui nu au sommet, ou la chanteuse Zaz qui y monte pour un mini concert -, ont aussi un impact sur l'image du Mont, faisant oublier qu'il s'agit de haute montagne, et de conditions extrêmes. Le Mont blanc doit d’urgence "retrouver sa dignité perdue", conclut le maire. 


L'an dernier, Jean-Marc Peillex, excédé par la succession de décès, souvent par imprudence ou inexpérience, ou de graves mises en danger, avait pris un arrêté pour obliger les alpinistes à porter un équipement adéquat sous peine d'une amende. Il réfléchit aujourd'hui à instaurer une sorte de "permis" pour les candidats au sommet, qui consisterait surtout à vérifier que les partants ont bien une réservation  dans un refuge et qu’ils aient l'équipement adéquat.

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