Interdire la diffusion du nom et de la photo des terroristes : la proposition de loi polémique

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DÉBAT – Des députés Les Républicains souhaitent interdire la diffusion de l'identité des terroristes présumés ou non. Un moyen, selon eux, de limiter la glorification de ces personnes et d'empêcher de leur offrir une gloire posthume.

Faut-il imposer l'anonymisation des terroristes ? Le débat revient sur la table après chaque attentat. 19 députés LR ont fait leur choix, ils ont déposé le 27 septembre dernier une proposition de loi " visant à interdire la diffusion du nom de famille et des images des terroristes dans les médias". Au micro de LCI, l'une d'entre elles, Brigitte Kuster explique ce choix : "Bien souvent, c'est pour eux l'occasion d'une gloire posthume auprès de personnes radicalisées qui sont souvent en quête de modèle". "On l'a vu, les noms de Mohamed Merah ou des frères Kouachi sont pratiquement devenus des marques déposés pour les fanatiques", ajoute-t-elle.


Pour autant, la députée de Paris se défend de vouloir restreindre l'information. "Cela n'empêche pas de connaître l'origine sociale et ethnique" de ces individus, "l'existence d'un casier judiciaire" ou encore "leur parcours de radicalisation". Elle le reconnaît : "Les Français doivent savoir tout ça", "mais doit-on voir leurs photos afficher jour après jour" sur nos écrans ?", questionne-t-elle. Le terroriste "devient plus important que les victimes".


Cette proposition de loi - qui concernerait les "personnes physiques poursuivies pour un acte de terrorisme ou ayant été jugées coupables d’un acte de terrorisme" - propose des sanctions en cas de non-respect de cette interdiction : 15.000 euros d'amende.

Une telle réglementation a déjà été évoquée l'année dernière. En juillet, les députés Marine Brenier (LR) et Meyer Habib(UDI) déposaient une proposition de loi stipulant cette même interdiction "sur internet et dans les médias". "Refuser un nom et un visage aux terroristes, c'est leur refuser la victoire", avançait alors la députée des Alpes-Maritimes. "Il faut cesser d'entretenir le phénomène malsain de starification des criminels". Si le texte n'a finalement pas été adopté, les médias, de leur côté, n'ont pas attendu que le Parlement légifère pour faire évoluer leurs pratiques.

En juillet dernier, en réaction à l'attentat de Nice et à l'assassinat du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, plusieurs d'entre eux avaient adopté des chartes de "bonne conduite". Le Monde, La Croix ou encore BFM TV ne publient plus, depuis cette date, de photos des auteurs d'attentats "pour éviter d’éventuels effets de glorification posthume" et "ne pas mettre au même niveau victimes et terroristes". A LCI et TF1, les images évoquant la vie personnelle du terroriste sont proscrites, seules les photos neutres, comme les photos d'identité, sont diffusées. 


Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel s'est également penché sur le sujet. Comme le précise les députés dans l'exposé des motifs : le CSA "a édicté un code de bonne conduite relatif à la couverture audiovisuelle des attaques terroristes qui, parmi d’autres 'précautions', préconise: 'une vigilance particulière dans le traitement des sujets relatifs à la personnalité ou au parcours des auteurs de ces actes'."

Pour autant, les avis divergent quant à l'efficacité d'une telle loi. David Thomson, journaliste à RFI et auteur du livre Français djihadistes, expliquait l'année dernière dans une tribune publiée dans Libération que "le processus d'héroïsation" était surtout vrai au sein même de la "djihadosphère". "Les djihadistes méprisent les journalistes et les médias occidentaux", abondaient Romain Caillet chercheur et consultant sur les questions islamistes sur Twitter. Pour être efficace, l'interdiction devrait alors dépasser les frontières des médias et être élargi, notamment, aux réseaux sociaux. Plus difficile à dire qu'à faire. 

Wassim Nasr, spécialiste du djihadisme, va même plus loin : "Les théories du complot vont déjà bon train", souligne-t-il dans Le Monde. "Si on cache les photos ou les identités des auteurs d’attentat, c’est leur ouvrir encore plus la porte." La proposition de loi promet déjà des débats bien tranchés.

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