A 9 ans, il sauve la vie d'un camarade : où en est-on de l'enseignement des premiers secours aux enfants ?

FRED DUFOUR / AFP

SECOURISME - Dans le Gard, un enfant de 9 ans a sauvé la vie d'un de ses camarades en train de s'étouffer en mangeant. Il avait appris les gestes dans une vidéo YouTube. Une technique d'apprentissage qu'encourage Louis-Marie Poitou, responsable de formation de la Croix-Rouge française.

C'est sans hésiter que le jeune Victor, 9 ans, a tapé dans le dos de son camarade et a pratiqué la manœuvre d'Heimlich alors que celui-ci était en train de s'étouffer. Cette réaction spontanée qui a permis de sauver une vie, aurait été possible grâce à un tutoriel que le jeune garçon avait déniché sur internet. 

Pour Louis-Marie Poitou, responsable de formation à la Croix-Rouge française, c'est une réaction "héroïque" et "spontanée" qui a été permise grâce à un apprentissage des gestes secours dès le plus jeune âge. Cet événement montre, selon lui, qu'il faut apprendre ces gestes le plus tôt possible, que ce soit à l'école ou via des vidéos sur internet.

Un manque de moyens à l'école pour sensibiliser aux premiers secours

Victor a raconté à nos confrères de Midi Libre qu'il avait appris la manœuvre d'Heimlich via un tutoriel déniché sur internet. Est-ce que vous pensez que cela montre les lacunes de l'apprentissage des gestes de premiers secours à l'école ? 

Je n’opposerai pas les deux systèmes. Il faut différentes façons, différents moyens, différents médias pour sensibiliser aux gestes qui sauvent. L'école a un rôle fondamental pour accompagner cet apprentissage, dès le plus jeune âge pour faire en sorte que réaliser un geste de premiers secours soit un geste quasi normal. Mais ce n’est pas seulement l'école qui peut y arriver. 

D'autant que la sensibilisation aux gestes qui sauvent fait partie des programmes obligatoires de longue date. Théoriquement, l'apprentissage existe dès le plus jeune âge, de l'école maternelle jusqu'aux études éventuelles. La difficulté, c'est pour l'État, pour les écoles, à tous les niveaux, de pouvoir proposer cette sensibilisation et ces formations. Si la volonté est là, les moyens ne sont, eux, pas forcément suffisants. 

C’est donc très bien que YouTube, des influenceurs, des personnalités portent ce message aux côtés d'associations comme la Croix-Rouge française qui véhicule ces gestes également. Il faut multiplier les façons de faire. C’est d'ailleurs un critère pédagogique élémentaire. Plus on multiplie les moyens et la diversité des supports, plus on a de chance d'assimiler les comportements et les gestes qui sauvent et se sentir en confiance.

Au sein de la Croix-Rouge française, dès 3 ans, on éveille les enfants aux côtés de leurs parents- Louis-Marie Poitou, responsable de formation de la Croix-Rouge française

Le jeune garçon n'avait que 9 ans lorsqu'il a réalisé ce geste de premier secours. Est-ce qu'il y a un âge minimum pour être sensibilisé aux premiers secours ? 

Non, et ce jeune garçon en témoigne très bien. Il s'est senti en pleine confiance pour intervenir, c'était sans doute quelque chose d'assez normal pour lui. Même s'il s'agit d'un acte héroïque, c'est plus plus spontané pour lui parce qu'il a appris dès le plus jeune âge.  Au sein de la Croix-Rouge française, dès 3 ans, on éveille les enfants aux côtés de leurs parents aux risques qu'il y a à la maison, à ce qui peut être fait pour prévenir le risque, à la façon dont les enfants peuvent aider les adultes à intervenir, ne serait-ce qu'en connaissant les numéros des secours, le 15 pour le Samu, le 18 pour les Pompiers.

 Au fur et à mesure que l'enfant grandit, on peut lui apprendre à faire face à un étouffement, à une personne qui saigne... Et même à 10 ans, un enfant peut apprendre et réaliser un message cardiaque, voire utiliser un défibrillateur. Donc en fait, l'âge est un atout plus qu'un inconvénient. Quand on est jeune, ça permet vraiment de prendre conscience de ce qu'on peut réaliser avec ses mains. 

Lutter contre la peur d'intervenir

L'apprentissage des gestes de premiers secours dès le plus jeune âge permet donc de lutter contre l'appréhension et la peur d'intervenir... 

C'est le principal défi. Plus que le geste technique, ce qu'il faut, c'est que la personne se sente capable de passer à l'action le moment venu. En particulier si ce sont des enfants dont il est question, les enfants peuvent interpeller un adulte pour qu'il agisse. Parce que l'enfant saura reconnaître une situation, il n’aura pas d'appréhension, il se sentira vraiment apte à orienter, à donner des conseils. 

On voit la différence entre un public jeune et un public adulte. Les majeurs ont beaucoup plus d'appréhension à réaliser des gestes que des enfants, peuvent réaliser. Le principal message qu'on passe, c'est qu'il faut se sentir en confiance, même si on n’a pas été formé, il n'y a aucun risque à intervenir. Le risque, c'est de ne rien faire. Si on n’a pas été formé, on appelle le 15 et les médecins vous guideront par téléphone, le temps que les secours arrivent.

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Et aujourd'hui, il existe différents moyens pour s'éduquer aux premiers secours. Il faut que les personnes utilisent les moyens qui leur conviennent. Il y a des moyens modernes comme les réseaux sociaux ou l'application de la Croix-Rouge. Dans "L'appli qui sauve", il y a des tutos, des vidéos, des quiz, pour avoir une approche ludique, démystifier ces gestes de premier secours.

Les personnes qui souhaitent avoir des formations plus traditionnelles peuvent, elles, s'inscrire à des initiations qui sont gratuites, ou à des formations plus certifiantes. Le plus important, c'est vraiment de se sentir en confiance et pouvoir agir, notamment en donnant l'alerte le moment venu.

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