Stains (93) veut tester la future police de sécurité du quotidien : "Une voiture en patrouille après 20 heures, c'est trop peu"

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SÉCURITÉ - Depuis six mois, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb planche sur la mise en place d'une nouvelle "police de sécurité du quotidien". Alors que le nom des villes pilotes retenues pour la tester doit être annoncé jeudi, LCI a interviewé le maire de Stains, en Seine-Saint-Denis, qui souhaite absolument participer à l'expérimentation.

Gérard Collomb présentera jeudi les villes sélectionnées pour expérimenter la "police de sécurité du quotidien" (PSQ), une des mesures phare du programme d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Différente de la police de proximité qu'avait instaurée Lionel Jospin avant que Nicolas Sarkozy ne la supprime en 2003, selon les mots du président, elle vise notamment  à "résorber la défiance qui s’est parfois instaurée dans certains quartiers". Nous avons cherché à connaître les attentes d’un maire ayant postulé pour participer à ce programme : Azzédine Taïbi, maire PCF de Stains, en Seine-Saint-Denis.

LCI : Gérard Collomb va annoncer très prochainement les villes sélectionnées pour expérimenter la police de sécurité du quotidien. Savez-vous déjà si Stains en fera partie ?

Azzédine Taïbi  : Non, je n’ai aucune information à ce sujet. Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons été l'une des premières villes à candidater pour obtenir cette PSQ. Gérard Collomb m’a adressé un courrier il y a quelques semaines pour me dire qu’il avait bien pris en compte la demande, et que cela ferait l’objet d’un arbitrage.

LCI : Pourquoi avoir postulé pour participer à cette expérimentation ?

Azzédine Taïbi  : Nous ne l’avons pas fait pour obtenir un label ou quoique ce soit de ce genre, mais parce que nous avons vraiment besoin de moyens humains et matériels supplémentaires en matière de police et de sécurité. C’est ce que les habitants demandent pour assurer leur tranquillité, en plus de la police municipale que nous avons mise en place à Stains pour développer tout un travail de prévention et d’éducation. On parle ici d'expérimentation, mais il faudra que cette action se poursuive dans le temps pour avoir un réel intérêt.

LCI : Pourquoi y a-t-il urgence à avoir la PSQ dans votre ville ?

Azzédine Taïbi  : Sur notre circonscription de 70.000 habitants, dont la population augmente de manière assez importante, le commissariat est sous-doté en moyens humains. Certes, depuis 2014, nous avons réussi à obtenir presque 30 agents supplémentaires, mais malheureusement, c’est compensé par autant de départs à la retraite ou de mutations. Résultat à Stains, il n’y a qu’une seule voiture de police qui patrouille dans les rues après 20 heures, c'est bien trop peu. Il y a une seconde voiture, mais c’est celle de la BAC (Brigade Anti-Criminalité). Donc malheureusement, il y a des soirs où la police donne comme réponse à ceux qui la sollicitent : 'Écoutez, on a pas de voitures disponibles, nous sommes vraiment désolés".

LCI : L'objectif de la PSQ à Stains est-il, comme le veut Emmanuel Macron, de retisser du lien entre les habitants et la police ? Autrement dit, sentez-vous de la défiance à l’égard de la police dans votre ville ?

Azzédine Taïbi  : La défiance résulte du manque de policiers. Si la présence républicaine de la police était assurée et si celle-ci était plus proche des gens, il n’y aurait pas de défiance, pas plus que dans d’autres villes. Mais malheureusement, ce sont toujours les villes et les quartiers populaires qui subissent le recul des services publics, en matière de police nationale mais aussi d'éducation, de santé… Et ce n’est pas normal ! Je vous donne un exemple : si on compare les commissariats de Pierrefitte et Stains avec ceux d’Issy-les-Moulineaux ou Boulogne-Billancourt, les moyens ne sont pas du tout les mêmes.

LCI : Mais le lien entre la police et les habitants n’existe-t-il plus du tout à Stains ?

Azzédine Taïbi  : Quand la police est proche des Stanois, ça se passe très bien. Nous avons par exemple mis en place une expérience avec les habitants et des policiers bénévoles sur une journée. Il y avait des ateliers sportifs, culturels. Le bilan a été extrêmement positif et nous allons la renouveler en mars prochain. Il faut arrêter de croire qu’il y a un divorce entre la police et les quartiers populaires, c’est de l’instrumentalisation véhiculée par certains politiques ou médias. Non, il n’y a pas de défiance, mais un problème : il faut recréer du lien et faire en sorte que la police ait une présence sur le terrain utile et quotidienne auprès de tous les habitants, y compris les jeunes. Il faut simplement faire respecter l’égalité territoriale et républicaine dans nos quartiers.

LCI : Connaissez-vous les modalités et les moyens alloués à la PSQ ?

Azzédine Taïbi  : On le saura lorsque Gérard Collomb nous donnera le détail de la mise en place. Je ne vous cache pas que j’espère que Stains sera retenue. Si ce n’était pas le cas, je ne le comprendrai pas et je monterai au créneau. Dans tous les cas, j’invite Monsieur Collomb à venir à Stains pour que je puisse lui faire visiter nos quartiers, lui montrer les atouts de notre tissu associatif, et aussi les difficultés que nous affrontons au quotidien pour pouvoir répondre aux attentes des habitants. Mais je suis persuadé que nous allons être sélectionnés. Tous les ingrédients sont réunis, nous travaillons très bien avec la police mais aussi à la prévention, à l’éducation… Nous sommes vraiment des partenaires responsables, qui veulent faire avancer les choses.

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