Maria après José, Irma et Harvey : "Prévoir la trajectoire des ouragans reste aujourd'hui très difficile"

INTERVIEW - Harvey au Texas, Irma et désormais Maria dans les Antilles... La multiplication des ouragans posent de nombreuses questions, notamment sur le réchauffement climatique ou sur les moyens pour les anticiper. Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du climat, avait répondu aux questions de LCI il y a dix jours. Nous republions son interview alors que les Antilles sont à nouveau balayées par Maria.

Une dizaine de jours seulement après le passage dévastateur d'Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les Antilles font à nouveau face à un ouragan décrit comme "potentiellement catastrophique" par les spécialistes américains, Maria. Après avoir touché la Martinique et fait des ravages en Dominique, il frappait la Guadeloupe mardi matin.


Dans les ouragans qui secouent les Caraïbes ces dernières semaines, la violence des vents et les précipitations qui les accompagnent posent question. Robert Vautard, spécialiste du climat et directeur de recherches au CNRS, avait répondu à nos interrogations sur le sujet lors du passage d'Irma sur les Antilles. Nous republions aujourd'hui son interview éclairante.  

En vidéo

Ouragan Maria : de catégorie 1 à 5 en quelques heures, comment l'expliquer ?

LCI : On a l'impression qu'il y a plus d'ouragans qu'avant ? Est-ce vrai ?

Robert Vautard  : D’une saison à l’autre, il est possible de le déterminer. Mais sur des dizaines d’années, il est difficile de le dire car nous manquons d’observation. Les cyclones ne sont visibles que par les satellites car ils se déroulent sur la mer. Or cela fait à peine 40 ans que les satellites permettent de les compter.

LCI : Peut-on faire un lien avec le changement climatique ?

Robert Vautard  : Nous observons des évolutions mais nous ne savons pas s’il y a un lien avec le changement climatique. Ce n’est pas le nombre des ouragans qui inquiète mais leur intensité. Celle-ci sera probablement en augmentation dans les années à venir. En d’autres termes, leur nombre n’augmentera probablement pas mais ils seront plus puissants. Ce qui est sûr, c’est qu’ils apporteront plus de pluies puisque l’atmosphère plus chaude permet de contenir plus de vapeurs d’eau et en précipiter davantage. Par ailleurs, le niveau de la mer augmentant, les risques augmentent. Quant au vent, nous ne savons pas bien s’il y a une évolution à ce niveau-là.

LCI : Comment peut-on expliquer que les ouragans vont gagner en puissance ?

Robert Vautard  : Nos présomptions sont liées à l’énergie, elle-même liée à la température de la surface de la mer qui, elle, va augmenter. L'autre facteur, ce sont les différences de température qui créent de l’énergie. En revanche, le fait qu’il y ait plus d’eau, d’évaporation et de précipitations tend à augmenter le phénomène cyclonique et des vents. C’est la thermodynamique qui va entraîner des cyclones plus puissants. Bien sûr, il faut mettre beaucoup de bémols. Nos connaissances ont leurs limites.

LCI : Pourrait-on voir apparaître ce genre de phénomènes en Europe dans les années à venir ?

Robert Vautard  : Non, probablement pas. C’est un phénomène tropical et qui le restera. Récemment, une étude a montré que le centre des cyclones, c'est-à-dire le point où l’intensité maximale est mesurée, se décale légèrement vers le nord d’une cinquantaine de kilomètres tous les dix ans. Donc il y a de la marge. Pour le climat, c’est important : avec le réchauffement climatique, la zone tropicale s’élargit vers les pôles. De là à voir des cyclones aux latitudes tempérées, la réponse est non. D’autres forces en jeu, comme notamment la force de Coriolis (ndlr : toute particule en mouvement dans l'hémisphère nord est déviée vers sa droite ; vers sa gauche, dans l'hémisphère sud), font que les cyclones ne peuvent pas être aussi intenses dans nos latitudes. Aujourd’hui, nous récupérons d’anciens cyclones en Europe mais ce sont des dépressions "normales".

LCI : Plus globalement, peut-on prévoir les trajectoires des ouragans ?

Robert Vautard : C'est très difficile. Aujourd'hui, on peut en effet prévoir un cyclone, mais avec un risque d'erreur moyenne sur sa trajectoire. Le problème, c'est qu'une erreur de prévisions de quelques kilomètres change tout, notamment du point de vue des impacts entre zone épargnée et zone touchée.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

L’ouragan Maria frappe la Guadeloupe

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter