"J'ai servi la France, c'est le moment de nous sortir de l'enfer" : on a parlé avec un ancien interprète afghan de l'armée française

"J'ai servi la France, c'est le moment de nous sortir de l'enfer" : on a parlé avec un ancien interprète afghan de l'armée française

SOCIÉTÉ
DirectLCI
TÉMOIGNAGE - M. a fait partie des interprètes afghans de l'armée française qui, durant six ans, a travaillé aux côtés des militaires en Afghanistan. Menacé de mort, il demande aujourd'hui que la France lui délivre des visas pour lui et sa famille.

Il le dit lui-même, "c'est la dernière chance, pour nous". Ce mois-ci, la France a rouvert le dossier sensible des interprètes afghans de l'armée Française. Une commission est actuellement à Islamabad pour réexaminer les demandes de visas, refusées lors de la précédente campagne en 2015. 


M., ancien interprète place beaucoup d'espoir dans le réexamen des demandes de visas : "C'est la dernière chance pour nous. J'espère que cette fois, je vais pouvoir les obtenir". Nous avons échangé avec lui, via Facebook, régulièrement depuis quelques semaines. Voici son témoignage. 

Quand avez-vous commencé à travailler avec les militaires français ? 

J'ai travaillé entre le 2 janvier 2008 et le 3 août 2014, auprès de l'armée française. J'étais interprète et je suis resté avec eux jusqu'au dernier jour. Quand j'ai commencé à travailler pour eux, j'ai cru qu'il y aurait la paix dans le pays, que j'allais aider à le reconstruire. Puis la situation a changé de jour en jour. En 2012, les Français m'ont muté dans une école militaire afghane, près de chez moi.  Et c'est devenu dangereux : des inconnus m'ont tiré dessus, devant ma maison. J'ai été obligé de déménager. 


Aviez-vous signalé que vous étiez menacés ? 

Pendant mon travail avec les Français, je les ais prévenus. Je leur ai dit que je ne pouvais pas participer aux activités dans le village car les habitants me voyaient tous les jours. Ils me disaient que j'étais un infidèle, que l'argent que je gagnais n'était pas halal... 


Que vous a dit l'armée française, quand elle est partie d'Afghanistan ?

Ils m'ont annoncé que leur mission était terminée mais qu'il y avait des processus de visas pour nous, et qu'on allait venir en France aussi. 

Vous avez demandé à pouvoir venir en France ...

J'ai demandé des visas mais mes demandes ont été refusées à deux reprises. Je suis encore à Kaboul, et pour le moment, ma troisième demande n'est pas refusée. Je veux que mes enfants puissent vivre en paix.


Aujourd'hui, vous sentez-vous en danger ? 

Oui, car la situation a changé. Au début, le pays était stable mais c'est de pire en pire. J'ai dû déménager plusieurs fois car pour les talibans, nous sommes des infidèles. On déménage dès qu'on sent qu'il y a un risque : nous avons peur des villageois car nous ne savons pas qui est qui, qui travaille pour qui. Quand on demande à mes enfants leurs noms ou le mien, je suis obligé de leur dire de mentir. Et puis le 20 octobre dernier, un interprète a été tué dans un attentat suicide... 

Pour l'examen de votre dossier de visas, vous devez aller au Pakistan ? 

Oui, j'ai déjà pris mes visas pour le Pakistan. J'attends qu'ils nous fixent des rendez-vous. Mais je suis très déçu car la situation empire ici. Je dois partir pour sauver ma vie et celle de ma famille. C'est très long et je ne sais pas quand ils m'appelleront. Je veux juste des informations concernant notre rendez-vous. 


C'est dangereux de se rendre à Islamabad, dans votre situation ? 

Il y a huit heures de route entre Kaboul et Islamabad. J'ignore si la route est dangereuse. Du côté de l'Afghanistan, je pense que c'est bon, mais côté Pakistan, aucune idée. 

Êtes-vous en colère contre la France ? 

Non, je ne suis pas en colère. Je suis déçu. J'ai servi la France, et là, c'est le moment de nous aider à sortir de cet enfer. Je suis fier du travail que j'ai fait avec les Français mais ma vie est en danger maintenant et nous avons besoin d'aide. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter