"J’y trouve même du plaisir !" Ils se sont mis au défi de ne rien acheter de neuf pendant un an

"J’y trouve même du plaisir !" Ils se sont mis au défi de ne rien acheter de neuf pendant un an

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RIEN DE NEUF - En début d’année, l’association Zero Waste France a lancé le Défi Rien de Neuf : essayer, autant que possible, de ne rien acheter de neuf, pendant un an – sauf pour l’hygiène et l’alimentaire. L’idée : mieux lutter contre le gaspillage. Plus de 10.000 personnes y participent. Elles nous racontent.

Elle était camée aux achats. Accros aux fringues. Addict à la consommation. Elle achetait, achetait, achetait. Jusqu’à l’overdose ? Il y a eu, en tout cas, un déclic, une prise de conscience. Marie a décidé  de se sevrer. D’essayer de faire attention à ce qu’elle achetait.  "Je consommais assez frénétiquement", reconnait la jeune retraitée. "Au début, je mettais ça sur le fait que j’habitais en région parisienne, que j’étais tout le temps très apprêtée. Alors, quand je suis venue m’installer dans les Landes, je pensais que je n’aurais plus les mêmes besoins. Et pourtant, j’ai continué à acheter." Des pulls, des jeans, des chemisiers... Et un jour, à ça a été la saturation. "J’avais une impression de trop plein, dans les placards, dans mon dressing." Marie a cheminé. "J’avais beaucoup entendu parler du minimalisme, du zéro déchet, de réduire la présence des objets", raconte-t-elle. Alors en janvier, quand elle est tombée sur ce Défi Rien de neuf, qui implique de ne rien acheter pendant un an, elle s’est lancée. 


Comme Marie, ils sont plus de 10.000 à se retrouver sur le groupe Facebook Le Défi Rien de Neuf. Sont-ils fous ? Dangereusement utopistes ? Joliment rêveurs ? En tout cas, ils essaient, depuis janvier, de ne rien acheter de neuf pendant un an. "Pour tout ce qui n'est pas consommable, livres, meubles, déco, multimédia, ordi, téléphone, transport, vélo", précise Marine Foulon, de l’association Zero Waste France, qui a lancé le défi. "L'idée est de se poser la question de la nécessité de l’achat neuf, d’essayer d’acquérir de nouveaux réflexes. C’est un moyen de sensibiliser les gens à mieux consommer, à lutter contre le gaspillage, économiser les ressources de la planète." Un an, le défi est ambitieux. "Cela peut paraître difficile, voire impossible", reconnait Marine Foulon. "Mais nous proposons un accompagnement, avec des échanges, une newsletter, des initiatives concrètes." Une sorte de groupe de soutien, pour toutes ces personnes qui essaient de consommer autrement. Exactement ce que cherche Marie, qui analyse : "En fait, quand j’habitais à Paris, j'achetais de manière compensatoire, je pense que j’étais stressée, j’en avais marre de vivre à Paris, entourée de monde, très speed. Arrivée ici, j'avais pris des habitudes de consommation, il fallait s'en défaire."

Echange de solutions et astuces

Sur ce groupe donc, s’échangent témoignages, conseils, soutien, bonnes adresses pour ne pas craquer... La base, d'abord : les adresses de bourse aux vêtements, aux meubles, aux graines, des trocs, de Repairs café, des réseaux de voisinages, mais aussi d’autres pages d’échanges, par région, ou produit, des tutos sur Youtube. Les adresses de sites de revente en ligne se refilent sous le manteau :  Vinted, Price minister, Eco Tech pour le high tech, et bien sûr, Le Bon Coin,  ou encore diverses adresses de magasins d’occasion, ou d’insertion. L'occasion de redécouvrir que l'occasion, peut être aussi bien que du neuf. Mathilde se félicite ainsi d’avoir trouvé le "lit mezzanine bureau de mon fils sur Le Bon coin, dans le village d’à côté. Et surtout : j’étais super réticente à l’idée d’acheter un matelas d’occasion... je craignais de ne trouver que des vieux machins tous défoncés... hé bien j’ai trouvé un quasi neuf !" 


S'échangent aussi des appels au secours, des astuces, pour répondre à des questions qu'on ne s'étaient jamais posées avant : comment fabriquer des produits d’entretien maison ? Ou des cosmétiques, pour les plus aventureuses ? Comment garder ses collants plus longtemps en le mettant au congélateur, pourquoi utiliser du savon noir ? Des problèmes existentiels aussi : comment se passer du rasoir jetable ? Avez-vous des recettes pour fabriquer votre propre cire ? Est-ce qu’aller au cinéma va à l’encontre de cet engagement ? Des solutions se partagent : comment repriser ses chaussettes au lieu de les jeter, comment fabriquer des éponges avec un vieux tee-shirt, ou un panier à linge avec une grosse corde. Noémie a ainsi donné une seconde vie à ses vieux jeans aux coupes démodées : "Au lieu d’en racheter un, même d’occasion, je viens de trouver un tutoriel pour transformer sa coupe et donc qu’il soit facilement utilisable avec les bottes d’hiver." Oui, mieux vaut être débrouillard pour survivre.

Quelque fois, il y a "craquage". Achat de neuf. Cela aussi, est partagé, confessé, en toute simplicité. Comme Marie-Claude. "J'ai craqué. Je me suis acheté neuves des bottines fourrées 50 euros au lieu de 160", écrit-elle. "Tant pis j'ai les pieds en éventail dans mes petites bottines. Elles sont super jolies et je n'ai même pas honte car c'est un achat qui va me servir." D’autres fois, il a été difficile de faire autrement. Comme Eve, qui avait besoin de teinture bleu pour cheveu. Comme Amélie, qui se retrouve en rade de cartouche d’imprimante ou de tapis de baignoire ; comme Laurane, qui doit trouver un cadeau d’anniversaire de dernière minute. Ou ce sont encore des pannes difficiles à anticiper : la courroie de transmission qui pète, les lunettes de vue qui se cassent, le four à micro-ondes  ou le lave-vaisselle qui tombe en panne, le lave-linge qui lâche quand le troisième bébé vient d’arriver et qu’on est passé aux couches lavables. Bénédicte a vaiment tout tenté. "Mes plaques de cuisson en vitrocéramiques ne marchaient plus. J'ai contacté au moins 12 personnes sur Le Bon Coin, entre eux qui ne répondaient pas, ceux qui décidaient finalement de ne plus vendre... J'ai fini par en acheter des neuves. Mais je me dis que c'est un geste que je fais, qui servira aussi au locataire d'après !"


Car l’achat de neuf, quand il n’y a pas le choix, est pris comme un investissement. L’idée est alors de privilégier l’achat français ou local, bio, de qualité. Comme Claire, qui partage son achat de 11 pelotes de laine "made in Nord" pour se tricoter un pull. "Un bon investissement car il rémunère des artisans français et le pull tricoté durera de très nombreuses années !" La faute est en effet pardonnée, car, comme dit Béa, "y a  pas de mal à se faire du bien", et "mieux vaut un bon achat neuf qui dure plutôt que des trucs achetés sur certains sites, soit défraîchis, soit trop petits ou trop grands". En fait, la seule règle derrière tout ça est surtout d’éviter les achats compulsifs, inutiles. Essayer de distinguer envie et besoin, se défaire de son addiction à l'immédiat et à la pulsion d'achat, qui mènent à cette surconsommation. "Au final", constate Bénédicte, "on réalise qu'il y a peu de choses dont on a un besoin urgent. On s'en rend compte avec l'occasion, où il faut prendre le temps de chercher, contacter les gens, aller chercher le produit. Et on arrive très bien à s'en sortir sans !"

J’essaie de sortir de cette spirale de consommation dans laquelle on nous entraîne Marie

Pour l’instant, pour Marie, la Landaise, le sevrage semble se faire plutôt bien. "Ce n’est pas difficile du tout !", dit-elle. Des nouvelles habitudes s’installent. "Quand j’ai besoin de quelque chose, par réflexe je vais d’abord regarder dans les brocantes, sur Le bon coin. J’y vends aussi des choses dont je ne me sers plus." Comme cette machine à thé, achetée sur une impulsion, et dont elle ne s’est jamais servie. Car Marie s’est mise à trier, ranger, jeter, donner, dans tout ce qu’elle a entassé. "Il y a encore des choses dont je n’arrive pas à me débarrasser !" Elle a mis au point des petites techniques : "J’ai pas mal de choses sur cintres. Quand je mets les vêtements, je retourne le cintre. Au bout d'un moment, ceux qui ne sont pas retournés, je me dis que je ne les mettrais jamais." 

Pour les livres, elle fait du troc avec les amis, va à la médiathèque. Et côté électroménager, elle croise les doigts, elle n'a pas encore eu de panne.  "J’ai eu un seul 'bug', c’est l’achat de chaussures de randonnée", confesse-t-elle. "J’ai aussi du mal au niveau des sous-vêtements et des chaussures. C’est très personnel..." Et essaie d’avoir, en toute chose, le réflexe "BISOU" (Besoin, Immédiat, Semblable, Origine, Utile) : "C'est une technique pour se demander, avant un achat, si on en a besoin, si c'est utile, si on ne l'a pas déjà... Si on prend déjà le temps de se poser la question, c’est souvent qu’on n’en a pas besoin."


Mais n’est-elle pas épuisante, frustrante cette vie de moine, d’ascète ? A se compliquer la vie alors qu’il est si facile de sortir sa carte bleue ? "Au contraire !", assure Marie. "Je me retrouve avec un bilan plus que positif, et j’y trouve même du plaisir !" Car pour elle, comme pour la plupart des participants au Défi, c’est toute une démarche qui s’est enclenchée. "J’essaie de revoir toute ma façon de vivre. De sortir de cette spirale de consommation dans laquelle on nous entraîne, et qui ne nous épanouit pas. J’avais l’impression d’être devenue dépendante de ça : au moment des soldes, je recevais 10 fois par jours des SMS, des cartes de fidélité. On ne peut pas fonctionner comme ça ! On ne peut plus !"

Le plus dur, c'est de commencer

L’initiative ferait-elle boule de neige ? En tout cas, des dizaines de groupes parallèles se lancent sur les réseaux sociaux, ou existaient déjà comme Gestion budgétaire, entraide et minimalisme ; d’autres défis se lancent, comme celui de ne pas aller au supermarché pendant tout un mois... "Les gens arrivent par plusieurs portes", reconnait Marine Foulon, de Zero Waste France. "Raisons écologiques, idée de faire des économies, de relocaliser ses achats et créer de l’emploi local. Il y a aussi un questionnement assez global sur la surconsommation, qu’on a vu par exemple autour des soldes. On a vu une certaine saturation générale sur les réseaux sociaux, par exemple via des campagnes anti black Friday. De plus en plus de gens affichent leur ras le bol, ils ont envie d’autre chose. Et une aventure collective, c’est stimulant". 


"Ca redonne de la valeur aux choses, ça nous ramène à nos priorités", abonde Marie. "Est-ce qu’on a besoin d’avoir toutes ces choses, d’accumuler ? C’est lourd à porter, d’ailleurs, ce système de surconsommation : il faut toujours avoir le dernier téléphone, être en quête de la dernière sortie... Mon essentiel n’est pas d’avoir une accumulation de choses autour de moi, au contraire, ça m’encombre quand je fais le ménage !" Elle a, dit-elle, appris à cultiver "l’art de l’essentiel" : "Le plus dur est de mettre le pied à l’étrier. Une fois qu’on l’a, on y trouve du plaisir !"

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