EXCLUSIF - Jacqueline Sauvage raconte son calvaire dans "Sept à huit" : "C'était lui ou moi"

EXCLUSIF - Jacqueline Sauvage raconte son calvaire dans "Sept à huit" : "C'était lui ou moi"
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INTERVIEW - Presque deux mois jour pour jour après la grâce qui lui accordée François Hollande, Jacqueline Sauvage s'est confiée ce dimanche à Thierry Demaizière dans l'émission "Sept à Huit" de TF1. Devenue un symbole pour des centaines de femmes victimes de violences conjugales, elle revient sans concessions sur le jour du meurtre de son mari Norbert Marot, la détention et sa nouvelle vie.

Jacqueline Sauvage est devenue un symbole, malgré elle. A la suite du meurtre de son mari, et pendant sa détention, c’est toute l’opinion publique qui s’était emparée de son histoire, en lui offrant la meilleure des défenses. Après plus de deux ans de mobilisation, François Hollande lui a accordé une grâce présidentielle (une remise gracieuse du reliquat de sa peine d'emprisonnement) le 28 décembre 2016, mettant immédiatement un terme à sa détention.

A peine deux mois plus tard, alors que son livre intitulé Je voulais juste que ça s'arrête est sur le point de sortir en librairies, elle témoigne sur TF1 dans "Sept à Huit". Au micro de Thierry Demaizière, Jacquline Sauvage raconte 47 ans de mariage, durant lesquels les insultes et les coups ont fait sombrer son mari dans l’engrenage de la violence conjugale.

La violence dès les premiers mois

Une violence qui commence dès le plus jeune âge. A peine âgée de 18 ans, Jacqueline Sauvage épouse Norbert Marot. Une passion naît très vite entre les deux jusqu’au point de se marier, contre l’avis de ses frères qui n’apprécient guère l’homme. 

Mais la violence arrive après quelques mois, dès le début de l'union : gifles, humiliations, paroles désagréables, violence physique… Jacqueline Sauvage ne dit rien. "Au début, j’étais amoureuse de lui, je ne disais rien".

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Je me roulais en boule en attendant que ça se passe.- Jacqueline Sauvage

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Dès lors, tous les prétextes sont bons pour la violence.  "Quand la moto tombait en panne, quand il n’arrivait pas à obtenir quelque chose, il me frappait dessus et c’est moi qui prenais. Il me rouait de coups, me tapait avec ses pieds ; il attendait toujours qu’il n’y ait personne".  Jacqueline Sauvage raconte qu’elle se "roulait en boule", en "attendant que ça se passe". Norbert Marot l’insultait sans cesse de "bonne à rien", lui reprochait de mal dépenser l’argent et de mal tenir le foyer.

L’espoir que ça change ?

Battue à longueur de temps, elle raconte à "Sept à Huit" que, parfois, son mari avait des regrets. Mais cela ne durait pas. Son seul moment de répit avec ses enfants ? La semaine. Routier, Norbert Marot s’absentait en effet souvent plusieurs jours, un "soulagement", raconte-t-elle. "Quand on entendait le moteur du camion arriver, on tremblait". A son retour, il la faisait dormir dehors, ou parfois elle devait se mettre à l’abri dans la voiture de son fils. Visage tuméfié, corps couvert de bleus, Jacqueline Sauvage faisait tout pour le cacher à son entourage. Même lorsqu’elle recevait des coups de crosse.

Pas une plainte

Malgré cela, Jacqueline Sauvage ne s’est jamais rendue chez le médecin. "Peur des représailles", avoue-t-elle à Thierry Demaizière. Pire, elle n’est jamais allée porter plainte, "par peur des réactions de son mari", et n’a jamais osé franchir le pas de quitter le foyer conjugal.  "Je ne pouvais pas partir, qu’est-ce que j’aurais fait avec mes quatre enfants ?", regrette-t-elle.

Pire encore, outre être une femme battue, elle savait que son mari battait ses enfants. "Il cognait mes enfants, et frappait essentiellement les filles". Elle apprendra même 20 ans plus tard que son mari avait violé une de ses filles. "Il l’a violée quand elle avait 13 ans. Je n’arrive toujours pas à y croire".  Un quotidien de sévices, ponctué par des affaires brûlées, des objets personnels cassés. Emue aux larmes, elle témoigne : "Quand il se sentait mal, c’est moi qui prenais. Pendant 45 ans, c’était comme ça".

Le jour de trop

Vint alors ce jour de septembre 2012. Jacqueline Sauvage revient sur une journée de calvaire. Une de plus. "Il avait commencé à boire le matin à 11h. Ce jour-là, ça n’allait pas, c’était un lundi, il m’avait menacée." Avant de poursuivre. "Il est rentré dans la chambre, a fracassé la porte, m’a trainée, jetée dans le couloir et m’a frappée encore d’un grand coup". Puis vint la phrase de trop, le coup de trop.

"Il m’a dit 'je vais crever tes enfants, tes bâtards, te crever aussi'. Il m’a jeté un grand coup de poing dans la figure. Ça m’a fait comme une étincelle, je saignais".  A ce moment précis, Jacqueline Sauvage va chercher son arme, comme si "plus personne ne la contrôlait", comme "une cocotte-minute qui explose". "J’ai chargé et tiré trois fois. J’ai couru partout, j’ai fait le 18 et appuyé sur l’alarme."

La prison et les procès

En tout, le drame n’aura duré que quelques secondes. Mais le fait d’avoir tiré sur son mari dans le dos change la donne. Elle, plaide la légitime-défense. Cela lui sera par la suite reproché. "Je n’aurais jamais imaginé que ça en arrive là. C’était pour sauver mes enfants, je n’aurais jamais voulu que cela finisse comme ça. C’était lui ou moi ce soir-là".

J’ai tué mon mari que j’ai passionnément aimé.- Jacqueline Sauvage

Arrêtée, elle apprend le jour-même que son fils est décédé. Pascal s’est suicidé dans la nuit du samedi au dimanche précédant. "Il ne supportait plus l’ambiance que faisait régner son père", précise-t-elle. Aux assises, Jacqueline Sauvage écope en 2015 de dix ans de prison. "Je me suis mal défendue, je n’avais pas de certificats médicaux, pas de preuves." Comme attendu, la légitime-défense n’est pas retenue. Perdue devant la justice, elle avoue "ne pas avoir su expliquer son geste". En appel, sa peine est confirmée.

Deux grâces

Une première fois, Jacqueline Sauvage est partiellement graciée par François Hollande. Mais le tribunal d’application des peines refuse sa libération conditionnelle. Prétexte : la femme ne s’est pas assez interrogée sur son crime pendant sa détention. "Je ne suis pas coupable, j’ai tiré mais je ne me suis jamais sentie coupable. Je reconnais les faits mais je voulais que cela se termine".

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Puis il y a deux mois, la date du 28 décembre. François Hollande décide de lui accorder une grâce totale. Jacqueline Sauvage est libérable "immédiatement". Libre, mais pas innocentée. Aujourd’hui, elle veut surtout que son combat serve aux autres femmes victimes de la violence de leurs maris. "Déjà, il faut partir et ne pas se laisser faire. Aller porter plainte et avoir des certificats. Utiliser les armes n’est pas une solution". 

Après 50 ans de supplices, Jacqueline Sauvage peut enfin, commencer une nouvelle vie.

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