J'ai testé… le "Défi Veggie" : "carnisme",  "dissonance cognitive" et autre "paradoxe de la viande"

J'ai testé… le "Défi Veggie" : "carnisme", "dissonance cognitive" et autre "paradoxe de la viande"

Société
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EPISODE 5 - Les Vegan, vous connaissez ? Ce sont ces adeptes qui, par respect pour la cause animale, refusent de manger viande et poisson, mais aussi tous les produits en rapport avec l'"exploitation animale" : lait, oeufs, miel… Pour faire découvrir ce nouveau mode d'alimentation, l'Association végétarienne de France organise le Défi Veggie : manger végétarien ou vegan pendant trois semaines, en étant accompagné. A metronews, on s'est inscrit. Et on vous raconte nos aventures, tous les mardis et vendredis.

Et bien ça y est, troisième semaine de défi vegan. La dernière. Je dois dire que j'ai à peine craqué. Sauf, peut-être, quand j'ai rajouté ce bouillon cube saveur boeuf dans mon jus de cuisson du quinoa. Et encore, Marianne, une des mes camarades de cette aventure, m'a assuré après coup que je pouvais avoir la conscience tranquille : il n'y a pas de boeuf dans le bouillon saveur de bœuf...

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>>  Episode 4 : J'ai testé… le défi Veggie : petites recettes et bonnes combines pour ne pas mourir de faim
>>  Episode 3 : J'ai testé... le "défi Veggie" : Vegan, ton univers impitoyable
>>  Episode 2 : J'ai testé... le "défi Veggie" : le temps des questions
>> Episode 1 : J'ai testé... le "défi Veggie" : "Heu, le miel, c'est pas un peu extrême ?"

Mais, je le reconnais, il faut un mental d'acier pour ne pas craquer. Et, surtout, de solides convictions. Pourquoi s'imposer ça, sinon ? J'ai donc découvert que le mouvement Vegan est balisé, bétonné par des penseurs, des théoriciens, des philosophes, souvent venus du Canada ou des Etats-Unis, mais aussi par des militants qui, par des théories, des vidéos choc, essaient d'amener à une prise de conscience, environnementale, éthique ou bien être animal.

L'histoire d'une vache qui cache son veau

En somme, la première des motivations pourrait être résumée par ce mail que Victoria, responsable du défi, nous envoie : "Si vous vous demandez pourquoi les végétaliens ont fait le choix de ne plus consommer du fromage, du beurre ou du lait, la réponse est très simple : parce qu'ils ont choisi de refuser la souffrance infligée à d'autres êtres sensibles. Parce que derrière le lait d'origine animale et le fromage se cachent les inséminations répétitives et forcées des femelles, séparées précocement de leurs petits et maintenues dans une détresse qui ne finit qu'à l'abattoir." S'ensuit un lien vers un article relatant l' histoire de Sophie, vache laitière, qui, selon la vétérinaire qui raconte l'histoire, a "compris quel sort était réservé à sa progéniture" , et a caché un petit veau dans un bois.  

Les dérives extrêmes de l'industrie animale, alors que les animaux sont doués de raison. C'est, en gros, sur ce terrain que luttent plusieurs associations, comme la désormais bien connue L 214. L'asso militante enquille images choc, vidéos trash, pour évoquer cette souffrance animale dont par extension, nous, humains, sommes en partie responsables. 


Dans celle-ci,  une dynamique, souriante (et un peu énervée) jeune fille nous décortique l'industrie du lait en 5 minutes. Nous explique, que pour avoir du lait, les vaches sont mises enceintes perpétuellement avec du sperme inséminé de force. Les bêtes sont ensuite séparées de leur bébé, être surexploitées, à en tomber malades. Des bactéries qu'elles transmettent dans le lait que nous buvons. Et à ce rythme, au bout de 5 ans, elles seront épuisées et finiront donc en burger... La tout sur fond d'images bien trash, de vaches maigrissimes, se tordant de douleur par terre ou agrippées par des grues, hurlant à la mort. "Pourquoi persister à sucer les mamelles d'une vache" ?, questionne la jeune fille. Technique de sensibilisation un peu rude, mais assez efficace, je reconnais (attention images choquantes)


Au-delà du choc des photos, plusieurs "penseurs" ont l'air de quadriller l'univers vegan. La première dont j'ai entendu parler, est Melanie Joy, une psychologue sociale américaine. Elodie Vieille-Blanchard, président de l'Association végétarienne de France, m'avait ainsi raconté que, végétarienne depuis ses 18 ans, elle avait "franchi le cap" du véganisme, après avoir l'entendu en conférence développer son concept de "carnisme".

"Voir son steak comme un animal mort"

Le carnisme est presque résumé dans le titre du livre qu'elle a écrit, "Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des porcs et portons des vaches". Pourquoi perçoit-on différemment les animaux, selon qu'on les mange, ou qu'ils sont des animaux de compagnie ou sauvages ? Pourquoi, par exemple, dans nos pays occidentaux, il serait impensable de manger un chien. Alors qu'en Asie, c'est tout à fait permis. Derrière tout cela, selon elle, un système de croyance sans doute infondé.

Un autre auteur, Martin Gibert, a lui aussi voulu expliquer ce paradoxe. Et il a appelé ça "le paradoxe de la viande". Lui, j'ai retenu son nom, parce qu'on nous avait proposé d'assister à sa conférence. J'avoue, je n'y suis pas allée, l'intitulé de sa conférence - "Voir son steak comme un animal mort" - m'avait sérieusement refroidie. En m'y repenchant après coup, j'ai découvert que ce philosophe avait théorisé la "dissonance cognitive". En gros, ça peut être résumé comme ça.


En très synthétisé, cette "disonnance cognitive", c'est le fait de dissocier les animaux selon les usages qu'on en fait, et de considérer cela normal et nécessaire. Sauf que selon Martin Gibert, tout cela crée un "paradoxe de la viande" : car la plupart des gens ont tendance spontanément à AIMER les animaux. Alors oui, ils sont révoltés quand ils voient des images d'abattoirs. Mais cela ne les empêchent quand même pas d'en manger. Mais que l'air de rien, tout ça nous turlupine le cerveau. Alors on a tendance à se rassurer, en se disant que tout le monde mange de la viande, que ne pas en manger est mauvais pour la santé, et qu'il est naturel et nécessaire de consommer des produits issus de la viande. Bref, en essayant de calmer sa conscience.


En surfant un peu dans l'univers vegan, je découvre aussi de toutes les sauces, en matière des théories. Sur I am Vegan TV , je tombe ainsi sur "L'As Végane parano", activiste indépendant, pour qui "la libération animale ne peut pas être dissociée de la libération humaine". Et que donc, "pour mettre fin à l'exploitation animale, il faut aussi combattre toutes les injustices sociales". Un autre nous explique en quoi notre alimentation et l'eau que nous buvons sont toxiques pour notre corps et "pourraient entraîner la fin de l'humanité".

Des hommes et femmes témoignent aussi, racontent comment ils ont basculé après "avoir pris conscience de ce que vivaient les animaux", ou "comment une poule de sa ferme lui a fait prendre conscience de sa dissonance cognitive et comment cela l'a amené à transitionner en deux temps vers le végétalisme", ou pourquoi "être vegan, c'est le minimum à faire pour les animaux".

"Viande = meurtre"

Autant de littérature qui peut paraître un brin allumée pour le novice. Mais là encore, il y a l'art de répandre la bonne parole. "Si on dit : 'viande = meurtre', ce n'est pas faux", estime Elodie Vieille-Blanchard, la présidente de l'AVF, dans une interview en ligne. "En effet, on tue des animaux avec beaucoup de violence, pour produire de la viande. Mais je peux penser que la personne en face de moi va se rétracter en recevant mon message." Pas faux. C'est pour cela que beaucoup de Vegan tentent de convaincre par la méthode douce : la cuisine.

Là-dessus aussi, une abondante littérature fleurit – livres, mais aussi magazines -, partageant les meilleurs recettes de fondue au faux fromage, de tarama végétal ou de "Buddha bowls". Et à entendre Marthe, dans mon groupe, nous parler avec des trémolos dans la voix du numéro "Spécial barbeuc" de Slowly Veggie, et compter les jours en attendant le numéro suivant, j'ai comme l'impression que c'est une technique de séduction diablement efficace.

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