J'ai testé... le "défi Veggie" : "Heu, le miel c'est pas un peu extrême ?"

J'ai testé... le "défi Veggie" : "Heu, le miel c'est pas un peu extrême ?"

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EPISODE 1 - Les Vegan, vous connaissez ? Ce sont ces adeptes qui, par respect pour la cause animale, refusent de manger viande et poisson, mais aussi tous les produits en rapport avec l'"exploitation animale" : lait, oeufs, miel… Pour faire découvrir ce nouveau mode d'alimentation, l'Association végétarienne de France organise le Défi Veggie : manger végétarien ou vegan pendant trois semaines, en étant accompagné. A metronews, on s'est inscrit. Et on vous raconte nos aventures, tous les mardis et vendredis.

Le premier rendez-vous était fixé samedi, 9h30.  Plus moyen de reculer. J'entre donc, les yeux un peu collés, au Loving Hut, restau du 11e arrondissement. Vegan évidemment. Vitoria, de l'AVF, et responsable du défi, accueille les bras ouverts. "Ah c'est toi Sibylle ? Cool, installe-toi !"  Je me mets tout au fond. Pas loin de la sortie. Au total, on est une bonne vingtaine. Plutôt dans les 25-30 ans, mais aussi un ou deux quarantenaires. Un sexagénaire aussi. Et surtout, beaucoup, beaucoup de filles. En tout, il y a deux hommes. 

"On ne peut pas cautionner l'industrie de la viande ?"

Bon, ils ont l'air sympa, ces apprentis vegan. Souriants, ouverts, curieux. De tous les styles. A côté de moi, il y a Sophie. Elle a la quarantaine, est photographe culinaire, mère de famille. Petit look soigné, et ultra-motivée : "Je suis très sensible au bien manger, je me fais livrer des produits locaux à domicile", raconte-t-elle.  Rapidement, elle enchaîne sur les vidéos d'abattoirs tournées par l'association L214 , qui ont fait le tour du web. "Ca m'a complètement retournée. Alors j'essaie de changer."

En face, Cécile, comptable de 38 ans, est elle passée végétarienne à 18 ans, et est "militante de la cause animale depuis toujours". Elle pratique, mais s'adapte : "Chez des amis, je mange de tout, quand je voyage aussi. Mais je n'achète plus de viande." Elle aussi, a vu ces fameuses vidéos sur internet. Gros choc, elle aussi. C'est donc son objectif : devenir vegan.  Marion elle, essaie de réduire sa consommation de viande "par principe et pour le climat" (le climat ?), mais c'est "difficile" car elle habite avec son copain qui "aime beaucoup la viande".

En fait, en écoutant les uns et les autres, je me rends compte que je suis vraiment, vraiment LA SEULE touriste. Venue un peu pour voir, alors que les autres ont tous déjà un bon pied dans le manger végétarien, voire vegan. "Mais quand on voit les conditions de vie horribles des vaches, on ne peut pas cautionner l'industrie de la viande ?", interpelle Cécile. Oui, oui… Bon.

"C'est immonde, non ?"

Ici, ils tous sont déjà convaincus. Mais, je le découvre vite, ils sont confrontés à un gros problème : par quoi remplacer tous les aliments bannis ? Quelle alternative aux œufs ? Quelles idées de recette ? Un problème qui commence d'ailleurs à me faire flipper, en entendant Aurélie, dynamique diététicienne : "Non mais par exemple, les desserts vegan, c'est immonde, non ? " Ah oui, vraiment ? 'J'ai aussi essayé de faire du faux fromage. C'est spécial le goût, hein…" Sophie abonde : "Ah oui, si ça pouvait être bon… Mes enfants trouvent ça dégueulasse !" Allons bon. Si même les adeptes ne sont pas emballés...

Justement d'ailleurs, pour nous souhaiter la bienvenue, l'équipe nous a commandé un "brunch vegan". Je n'ai pas petit déjeuné, j'ai faim, et d'un coup j'ai très peur de ce qui va arriver devant moi. Et ce qui arrive, a une apparence plutôt normale : un gâteau au chocolat, un autre aux fruits rouges, et des crevettes panées. Enfin, des "protéines végétales en forme de crevettes panées".


Le royaume du "simili"

Je croque dedans. C'est fou : ça a la texture, le goût de crevette, mais ce n'est pas de la crevette. Pas sûre d'apprécier. "C'est du similicarne", explique Caroline. "C'est vrai, ce sont des produits industriels. Mais de temps en temps, on peut se faire plaisir." Caroline c'est la coach du petit groupe. Elle a l'air cool, ultra-souriante. Super motivée. Elle, c'est une vrai de vrai. Elle est vegan, ne mange pas de miel, du de lait, ni d'œufs. Elle va nous accompagner pendant ces trois semaines. A côté de moi, Marthe demande timidement : "Heu, le miel, ce n'est pas un peu extrême ? En quoi les abeilles sont-elles exploitées ?"- "Elles produisent le miel pour elles, pour constituer leurs réserves", répond Caroline. J'avoue, c'est vrai, que je ne m'étais jamais penchée sur la question.

Allez, je plante une demi-fourchette dans mon gâteau au chocolat. Fait donc, sans œufs, sans beurre, sans lait. Et c'est peut-être dans la tête, mais ça a un arrière-goût… étrange. "De la banane pour faire le liant, non ?" demande Aurélie. "Ou de la fécule ? Du lait de soja ?" C'est sûr, ça "un goût". Un goût de quoi ? On ne saura pas…

Allez, on se lève et nos coachs nous embarquent au Franprix, en face. Histoire de nous montrer que, même au supermarché du coin, être vegan c'est pas si compliqué.


Et au fil des rayons, les bonnes nouvelles tombent : les Dragibus, c'est vegan ! les Oréo, vegan aussi ! Spéculos, vegan ! Granola, vegan ! Tout le reste, en revanche, est à proscrire, dès qu'il y a de la gélatine.

On file ensuite à Un Monde vegan , dans le 3e. Un magasin où là, on ne peut pas se planter, tout est vegan. Je retrouve, dans les rayons frais, ces fameux simili produits. Comme mes crevettes, fabriquées à partir de manioc et de "konjak" (une plante qui pousse dans les forêts asiatiques), ce qui a l'air de rassurer Aurélie. Moi, ça ne me parle pas plus que ça.


Je regarde un peu apeurée ces tranches de "simili-poulet", ces "simili-saucisses", ou "simili-poissons panées". Cela ressemble à ça :


Ou encore ça :

Ou même ça :

J'avoue, certains produits laissent perplexe. Pour ne pas dire qu'ils coupent franchement l'appétit. Comme ceci :

En fait, ce truc, c'est du "Tempeh", un produit alimentaire à base de soja fermenté, qui, me raconte la fiche Wikipedia,  a un "goût qui évoque les arômes de champignon, de noix et de levure". Point positif : il est riche en protéines d'origine végétale, pauvre en lipides. "Ce n'est pas si mauvais", me glisse une participante du Défi. "Pas si mauvais", donc...


Dans les rayonnages, les recettes et bon plans s'échangent : les bouchées provençales qui sont sensass', le tofu qui peut se mettre dans des makis ou en sandwich, la crème de coco qui permet de faire des meringues, la crème de soja qui remplace la crème fraîche. J'écoute mais j'avoue, je suis un peu découragée. Je suis plutôt flemmarde en matière de cuisine et de temps passé à faire les courses. Alors s'il faut scruter les étiquettes, réfléchir quel aliment (forcément introuvable) peut en remplacer un autre, je me connais, je vais vite me décourager.

Compatissante, Aurélie me file en douce un prospectus avec des idées de recettes faciles. "Pour ne pas manger que du riz ou des épinards", me dit-elle en se marrant. Une autre me glisse : "Chez Picard, il y des galettes de céréales. C'est bon, et c’est un bon truc facile à faire." Lundi, en faisant mes courses, j'ai acheté un steak de soja. Une première. Je l'ai rangé proprement au fond de mon frigo. Pour les coups de fringale.

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