J'ai testé... le "défi Veggie" : Vegan, ton univers impitoyable

J'ai testé... le "défi Veggie" : Vegan, ton univers impitoyable

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EPISODE 3 - Les Vegan, vous connaissez ? Ce sont ces adeptes qui, par respect pour la cause animale, refusent de manger viande et poisson, mais aussi tous les produits en rapport avec l'"exploitation animale" : lait, oeufs, miel… Pour faire découvrir ce nouveau mode d'alimentation, l'Association végétarienne de France organise le Défi Veggie : manger végétarien ou vegan pendant trois semaines, en étant accompagné. A metronews, on s'est inscrit. Et on vous raconte nos aventures, tous les mardis et vendredis

Défi Veggie, deuxième semaine. Depuis que j'ai commencé cette immersion dans le monde Vegan, je reçois aussi, il faut le dire, beaucoup de messages encourageants. Des conseils, des témoignages. Désintéressés, accueillants, sympas. Et c'est un autre aspect que je découvre, à côté de mes expériences culinaires : devenir Vegan, c'est aussi s'intégrer à une communauté. Qui vous soutient, vous encourage, vous coache. Forcément, c'est … stimulant.

Veggie Pride

Les Vegan, c'est en fait un monde parallèle, mais bien actif. Ca a d'abord commencé sur Facebook : avec "Défi Veggie", on a monté un groupe privé. Sur lequel chacun s'échange ses bonnes recettes de sauce pesto au tofu bio, de pâtes fraîches au blé complet herbe et jus de citron, ou encore du tofu fumé dans les pâtes à la sauce tomate. Nos coachs nous convient aussi à un paquet d'événements: pique-nique vegan, apéros vegan, conférences sur les poissons, la cuisine, débats... En surfant un peu, je tombe aussi sur des communautés Vegan à Paris, des traiteurs vegan, des coiffeurs qui proposent des tarifs "vegan friendly", ou encore des colocations vegan. Tout un petit monde qui se like, se partage, fait tourner informations et bons plans.

Car devenir Vegan, c'est aussi remplir son agenda d'un paquet d'activités pour les trois prochaines années, qui vont d'un Bal du Climat à des marches pour la fermeture des abattoirs , un Vegan pop festival (en septembre à la Villette), une Journée mondiale du vegan (c'est en novembre), une Veggie Pride (en octobre prochain). Ou encore cette Vegan place , qui se tient tous les mois à Paris place Joachim-du-Bellay, dans le 1er arrondissement.

"Tout le monde n'est pas interpellé de la même façon"

J'y suis passée, le premier jour du défi. L'endroit rassemble des associations diverses et variées, qui vont donc de l' Association végétarienne de France , à Sea Shepherd , ou encore la désormais bien connue L 214 . Tous ce petit monde est interconnecté, complémentaire. D'ailleurs, plusieurs des bénévoles de l'AVF que je croise sont aussi membres de cette association de défense de la cause animale. "L214 est davantage dans l'action de rue, dans les coups marquants", m'explique une bénévole. "L'AVF est plus axée sur un mode de vie positif, une démarche d'amener les gens à arrêter progressivement la viande. Tout le monde n'est pas interpellé de la même façon."


Les profils Facebook de mes nouveaux amis "veggie" de l'AVF sont de vraies vitrines de l'art de vivre à la vegan. Peter, croisé à un atelier de cuisine affiche clairement la couleur : il pose sur sa photo de profil avec une pancarte estampillée "#VeggieprideParis". Et poste régulièrement des photos de ses sorties au restau vegan, des conférences auxquelles il va, des activités vegan auquel il participe. Victoria, elle, poste des articles sur l'éthique animale, la nourriture vegane. Caroline, des photos des plats qu'elle prépare… qui donnent, il est vrai, souvent envie d'y croquer. Un militantisme doux, mais bien présent.

"Etre Vegan, une lutte quasi-permanente"

Eux sont membres d'associations, investis. Mais c'est sûr que même pour les pratiquants les plus modérés, il y a nécessité de se retrouver. C'est en effet un truc auquel je n'avais d'abord pas pensé : le besoin de se serrer les coudes. Se soutenir. S'entraider. "En province, j'ai dû faire face à des comportements dédaigneux, parfois humiliants et même verbalement violents", m'explique Laurane, une Vegan pratiquante, dans l'Ain.

"C'est en ce sens qu'il est nécessaire d'être soutenu, par ses proches dans la mesure du possible. Mais on se sent si seul que l'on cherche inévitablement à s'insérer dans des groupes de personnes partageant les mêmes valeurs." Car elle le confesse, être Vegan, c'est dur. "C'est une lutte quasi-permanente de refuser la présence de produits animaux dans ce que l'on mange ou ce que l'on porte, et c'est épuisant, vraiment", raconte Laurane. "Sans cesse nous devons nous justifier, beaucoup baissent les bras et ne finissent par se retrouver qu'entre eux. D'autres ont simplement besoin de rencontrer des gens avec qui ils sont certains de pouvoir parler librement." 

"Ce besoin de se retrouver n'est sans doute pas propre à la communauté vegan. Je pense qu'on apprécie le fait d'être entouré de personnes qui ont un peu les mêmes centres d'intérêt et les mêmes valeurs que nous", rebondit Caroline, ma coach. "La plupart des vegans ont une éthique forte concernant les animaux mais aussi en général également vis-à-vis de toutes les discriminations (sexisme, racisme, homophobie, ...). J'aime cet état d'esprit, donc j'aime partager du temps avec des gens qui ont cet état d'esprit." Et c'est sûr que dans l'adversité, on est plus fort, ensembles. "Comme nos modes de vie ne correspondent pas à la norme de la société, on peut plus facilement se confier à des amis vegans, plus à même de nous comprendre."


Dans mon groupe, la question soulevée, Marthe confirme : "C'est vrai que quand on déclare arrêter ou manger moins de viande on a souvent droit à quelques regards dubitatifs", m'explique-t-elle. "Ce qui me surprend à chaque fois c'est la réaction : 'Ah non mais moi je pourrais jamais', comme si le végétarisme était une maladie obscure contagieuse dont il fallait se protéger. Comme si évoquer le débat sur l'élevage industriel, la consommation de viande, les impacts écologiques risquaient de les faire basculer du côté obscur du végétarisme... Il y a vraiment une peur de la "conversion".

Marthe a souvent droit aussi à des remarques sur les carences possibles. "Et je n'ai pas toujours les mots justes pour répondre à ça", reconnaît-elle. "J'ai l'impression que les gens n'ont pas vraiment conscience de l'impact de leurs actes/assiette sur notre environnement et qu'ils ne changeront que quand ils n'auront plus le choix... Bref, c'est un peu désespérant."

"Critiques, moqueries, sourires et lourderies"

Mais Marianne, qui est en couple avec "un gros mangeur de viande", dotée d'une famille "pour qui la viande est une institution et le centre même du repas", se veut positive, face aux "critiques, moqueries, sourires et lourderies" : "Soit on reste le plus discret possible, soit on le dit avec un grand sourire !", dit-elle. "Mais de manière générale je trouve que les mœurs évoluent et que cela se démocratise de plus en plus. Du coup, on te regarde de moins en moins comme un extraterrestre ! "

Mais qu'on se rassure, si les Vegan aiment se retrouver entre eux, ils gardent, quand même leurs amis "carnivores"… ne serait-ce que pour tenter de les convertir en jouant sur la corde sensible de la gourmandise. "Je milite par la cuisine", nous expliquait Caroline en souriant, le premier jour du défi. On était prévenus. 

RELIRE LES AUTRES EPISODES
>>   Episode 1 : J'ai testé... le "défi Veggie" : "Heu, le miel c'est pas un peu extrême ?"
>> Episode 2 : J'ai testé... le "défi Veggie" : le temps des questions

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