"Je suis sorti de là lessivé" : une étude sur la mémoire des rescapés des attentats de Paris

TÉMOIGNAGE - 13-Novembre est un programme de recherche transdisciplinaire qui se déroulera sur 12 ans. Son objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire après les attentats du 13 novembre 2015. Emmanuel Domenach, l'un des rescapés du Bataclan, témoigne après son premier entretien.

La peur d’oublier, de perdre des bribes. C’est ce qui a poussé Emmanuel Domenach, rescapé du Bataclan, à se porter volontaire pour le programme "13-Novembre". Porté par le CNRS et l’Inserm, il mobilise des médiateurs, des enquêteurs et des chercheurs qui vont recueillir puis analyser les témoignages d’un groupe de 1000 personnes volontaires. Quatre campagnes d’entretiens filmés auront lieu en 10 ans. Les mêmes personnes y seront interrogées à quatre reprises.

Il est très important pour moi de me souvenirEmmanuel Domenach, rescapé du Bataclan

L’objectif de ce programme est d’étudier la construction et l’évolution de la mémoire, et en particulier l’articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective. "Au tout début j’ai dis que j’ai vu trois ou quatre hommes. Maintenant dans mon récit, je ne parle plus que de trois hommes parce que j’ai intériorisé le fait qu’ils n’étaient que trois. Donc oui, bien sûr, vous avez tous les éléments extérieurs qui sont sortis depuis un an, il y en a tellement…", analyse Emmanuel Domenach à la sortie de son premier entretien. "Il est très important pour moi de me souvenir. Si vous voulez, pendant l’attentat, vous êtes hyper conscient et justement, vous avez peur de perdre cette conscience que vous aviez pendant l’attentat et d’oublier ce qui vous est arrivé".

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Chacun de ces échanges filmés dure entre 2 et 4h. "J’avais l’impression d’avoir tout donné, de m’être souvenu de choses assez violentes", se remémore le volontaire. L’enquêtrice qui a recueilli son témoignage, elle, explique : "Nous ne sommes ni des thérapeutes, ni des proches. Donc c’est un niveau qui est un petit peu neutre et qui leur permet sans doute de dire les choses qu’ils ne disent pas quand ils parlent des événements à d’autres personnes".


Ce programme, transdisciplinaire, est inédit. Il permettra, grâce aux témoignages, de mieux comprendre les mécanismes de la mémoire et, d’une certaine manière, de donner du sens à l'impensable.

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