"Je suis une princesse, je suis un héros" : la photo qui relance le débat sur les jouets stéréotypés et hypersexualisés

"Je suis une princesse, je suis un héros" : la photo qui relance le débat sur les jouets stéréotypés et hypersexualisés

Société
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AH OUI QUAND MÊME - Le débat, particulièrement virulent à l’approche de Noël, revient depuis quelques années : la répartition dans les grands magasins de jouets pour enfants en rayons très différenciés entre les univers pour garçons et ceux pour filles. Un cliché publié sur Twitter ressuscite le débat en ce mois de novembre 2017.

C’est sûr, on voit bien les couleurs. A gauche, du rose-rose, un panneau "jouets fille" et un sous-titre "Je suis une princesse" ; à droite, du bleu, et le double estampillage "Jouets garçons, je suis un héros". La photo, balancée sur Twitter il  a quelques jours par un internaute de l’est de la France, est en train de faire son petit buzz. Reprises par des milliers d’internautes, elle montre le rayon jouets d’une grande surface et les deux univers, garçons, filles, strictement séparés et estampillés.  A un point il est vrai assez caricatural.

La photo  n’a pas manqué de suscité des réactions... très critiques devant ces "stéréotypes de sexe" et ces univers si strictement différenciés.  Voire des envies de "défoncer le rayon" chez certains.

Le centre Leclerc où aurait été pris cette photo n’est pas le seul fautif.  D’autres magasins, de la marque ou d'autres, n’hésitent pas non plus à catégoriser autant les univers de jeu des garçons et des filles. 

Des parents contestent donc cette séparation drastique mise en place par l’industrie du jouet.

D’ailleurs, comment fait-on quand sa fille veut des choses du rayon bleu, et vice-versa ?

Alors que la réponse à cette question est pourtant très claire...

Mais certains internautes, cependant, ne voient pas forcément l’intérêt de ce combat et/ou débat. 

Le sujet n’est, il est vrai, pas vraiment nouveau. Il sévit même régulièrement depuis quelques années, lors des périodes d’avant Noël. En 2012, une pétition "Pas de clichés sexistes sur notre liste au père Noël" protestait ainsi contre une publicité Vert Baudet montrant des filles qui, "dé-bor-dées comme maman", jouaient avec le téléphone portable et le maquillage de leur sac à main et proposant aux garçons "des outils de bricoleur comme papa". En 2015, des associations féministes avaient lancé la campagne "Marre du rose", pour sensibiliser aux "stéréotypes sexistes véhiculés par les jouets". Elles demandaient l'abandon des rayons séparés filles/garçons et de "toute référence au sexe de l’enfant à qui le jouet est destiné, en particulier tout code-couleur rose/bleu". Les associations rappellent qu’en 1980, "nombre de jouets étaient unisexes" et "se passaient de frères à sœurs".  L’an dernier, la lettre d’un papa avait fait le buzz. Il partageait alors la réaction de son fils qui lui demandait : "Les poupées, c’est pour les filles, puisque c’est rose ?" Les choses ne changent donc pas.


Reste que si la question peut sembler anecdotique, elle n’est pas sans conséquence, déplorait un rapport du Sénat en 2014. Le document pointait ces univers "clairement séparés", notamment via ces codes couleurs rose et bleu, que ce soit dans les catalogues ou les rayons, et des "univers très différents, marqués par l’hypersexualisation" : super héros et pilotes de course, ou petites mamans et princesses de contes de fée. Ce qui donnait un monde des jouets "plus stéréotypé et plus inégalitaire que le monde réel", notait le rapport. Cette évolution s’est accentuée au début des années 1990, pour des raisons marketing. Permettant à la fois, en ayant une offre standardisée, d’exporter plus facilement à un niveau mondial, mais aussi de pousser à l’hyperconsommation : décliner les mêmes jouets en rose et en bleu, permet de "diviser pour mieux vendre". 

En vidéo

JT 13H - Les testeurs de jouets

Les acteurs se renvoient la responsabilité

Or le jeu a un rôle important dans la construction de l'enfant et de son identité. Le rapport du Sénat explique ainsi les problèmes que peut poser cette différenciation : priver les enfants, garçons et filles, d'un "terrain commun" qui leur permettrait de jouer ensemble et n'incite donc pas au "vivre ensemble" dans le futur ; cette différenciation promeut aussi  une "assignation à la réussite et à la compétition chez les petits garçons" et "à la docilité et au conformisme chez les petites filles", et "porteuse d'inégalités dans les rapports entre hommes et femmes", ou encore une "limitation du champ de l’orientation professionnelle des filles." Sauf que, par rapport à ce constat et aux mesures à prendre, parents, spécialistes du marketing et responsables de la petite enfance se renvoient la balle de la responsabilité.

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