Jean-Pierre, candidat de l’"Amour est dans le pré" s’est suicidé : le dramatique symbole d’une profession en grande souffrance

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DÉTRESSE - Jean-Pierre Le Guelvout, 46 ans, agriculteur et ancien candidat de "L’Amour est dans le pré", s’est donné la mort ce mercredi. Symbole d’une profession en grande souffrance, dont le taux de suicide est supérieur de 20% au reste de la population.

Il était "festif et joyeux". Il faisait "rire malgré lui", "chantait l’anglais en italien comme personne".  Il s’est donné la mort. Mercredi, Jean-Pierre Le Guelvout, 46 ans, un agriculteur du Morbihan, connu pour avoir participé à l’émission "L'Amour est dans le pré", s’est suicidé.


Ses proches évoquent des problèmes professionnels chez cet éleveur de vaches, également céréalier et aviculteur, pour expliquer ce geste désespéré. Les producteurs de l’émission, et la présentatrice, Karine Le Marchand, lui quant à eux ont rendu hommage sur les réseaux sociaux. 

Ce geste dramatique n’est cependant que la face éclairée d’une profession en souffrance, qui ne se sent plus soutenue, ou reconnue, alors que sa situation est de plus en plus critique : horaires extensibles, conditions de travail difficiles et précarisation croissante. Selon les derniers chiffres de la Sécurité sociale des agriculteurs (MSA), plus de 30% des exploitants ont déclaré des revenus inférieurs à 350 euros par mois en 2015, et ce chiffre devrait passer à 60% en 2016. 


Autre signe d'appauvrissement rampant, les demandes pour la prime d'activité, le nouveau dispositif pour les travailleurs à revenu modeste qui a remplacé le RSA activité, ont explosé : alors que la MSA attendait 60.000 demandes pour l'ensemble de 2016, elle en est déjà à 200.000 depuis le début de l'année. Autre confirmation de la crise : d'après une étude de l'Insee parue ce jeudi, les revenus des agriculteurs ont chuté de 26% en 2016, ce qui en fait l'une des pires années pour la production agricole. 

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Année catastrophique pour les agriculteurs en 2016

Çà et là, des signaux d’alertes sur cette souffrance de la profession affluent, plus ou moins médiatisés : des manifestations régulières, mais aussi des appels à l’aide isolés. Fin novembre, celui de Manon, fille d’agriculteur, avait fait le tour du web. 

Dans une lettre postée sur Facebook, elle évoquait sa "peur de l’avenir", et appelait le ministre, Stéphane Le Foll, à "sauver les agriculteurs français", l’interpellant sur les difficiles conditions de travail. 


"Connaissez-vous beaucoup de personnes, qui après une semaine de travail déjà difficile, sacrifieraient leurs week-ends en amoureux, leurs vacances en famille, pour nourrir des individus qui n’ont aucune considération de leur travail, qui cherchent toujours à trouver le prix le plus faible pour manger ?", demandait-elle.  Elle avait ensuite reçu une réponse du ministre.

Mais surtout, les chiffres du suicide sont dramatiquement révélateurs. Selon la dernière étude de l'agence de santé publique et de la MSA, 300 agriculteurs se sont suicidés en 2010 et 2011, sur une population de 480.000 personnes. Un tous les deux jours. En 2015, la MSA recensait, de 2007 à 2009 un total de 485 suicides (149 en 2007 ; 173 en 2008 ; 163 en 2009), troisième cause de décès dans la profession, derrière le cancer et les maladies cardio-vasculaires. La surmortalité est particulièrement marquée chez les éleveurs bovins (lait et viande) âgés de 45 à 54 ans, qui procèdent, dans la grande majorité des cas, par pendaison. Surtout, ce taux de suicide dans la profession est supérieur de 20 % au reste de la population. 


Avant d’en arriver là, d’autres signaux alarment : selon les chiffres de la MSA, au premier semestre 2016, Agri'écoutes, la permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs avait reçu 1.700 appels, soit une moyenne de 285 appels par mois, contre une centaine par mois sur la même période, un an plus tôt. Un quasi triplement. 


Derrière la situation économique difficile, se glissent aussi chez les agriculteurs des interrogations quasiment existentielles : "Il y a une interrogation dans les campagnes sur le sens de notre métier : on est là pour faire quoi ?", avait ainsi déclaré Pascal Cormery, président de la MSA lors d'un point presse en octobre, allant jusqu'à évoquer une "résignation complète" de la corporation. "Beaucoup de mes collègues me disent : 'Est-ce qu'on a vraiment besoin de nous ? Est-ce qu'on sert vraiment à nourrir la population?'".

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VIDEO. Crise agricole : la détresse des agriculteurs

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