Jérôme Kerviel : du repenti au martyr, la stratégie médiatique de l'ex-trader

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RETOUR - L'ex-trader de la Société Générale, condamné à cinq ans de prison dont trois ferme, a entretenu tout le week-end un feuilleton médiatique autour de son sort. S'arrêtant à la frontière franco-italienne pour interpeller François Hollande, avant de finalement reprendre sa marche en France dimanche soir, après deux jours de suspense.

Le bras de fer s'est poursuivi dimanche entre Jérôme Kerviel et les autorités françaises. Alors que l'ancien trader de la Société générale, condamné à trois ans de prison ferme, était attendu avant minuit au commissariat de Menton (Alpes-Maritimes) afin d'être incarcéré, il a d'abord choisi de ne pas se rendre à la police. Arrivé samedi à Vintimille, à la frontière italienne, il y est resté deux jours. Deux jours d'un cirque médiatique savamment entretenu, entre suspense et déclarations choc.

"Je marche et je rentre vers la France", a-t-il finalement annoncé dimanche soir en sortant de son hôtel, souriant, fraîchement rasé. Sac au dos, toujours vêtu de sa tenue de randonneur rouge vif aussi identifiable qu'un drapeau, il reprenait alors sa "marche de l'espérance" débutée il y a plus de deux mois à Rome, après une rencontre avec le pape. Une visite qui avait été suivie d'une "révélation", puis ce pèlerinage, qui ont forgé son image de repenti.

"J'étais un connard à l'époque"

Conseillé par son très médiatique avocat, David Koubbi, et une dizaine de personnes de son comité de soutien, l'ex-trader s'est dès le début de cette affaire placé en héraut de la lutte contre les excès du monde de la finance. Et ce, après avoir été l'un des rouages de cette machine à sous virtuelle, jusqu'à ce que cela tourne au vinaigre en 2008. "J'étais un connard à l'époque, (...) je regrette ce que j'ai fait", justifie-t-il aujourd'hui, se posant en victime d'un système bien plus grand que lui.

Ce week-end, il est allé plus loin, en demandant au président de la République "l'immunité pour protéger les personnes qui sont prêtes à parler". Alimentant sa théorie selon laquelle des témoins n'oseraient pas pointer la responsabilité de la Société générale dans le processus qui lui avait fait perdre 4,9 milliards d'euros en 2008. Une requête à laquelle la présidence semble avoir donné dimanche une fin de non-recevoir : "François Hollande respecte les décisions de justice". Sauf nouveau coup de théâtre, c'est donc vers son arrestation que marche désormais Jérôme Kerviel. Mais maintenant que toutes les caméras sont braquées sur lui, celle-ci aura lieu devant la France entière. En martyr.

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