Journée de l'obésité - "Tu es belle mais c’est dommage" : des personnes en surpoids racontent les phrases méprisantes qui les ont blessées

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TÉMOIGNAGES - La journée européenne de la lutte contre l’obésité a eu lieu ce mardi 23 mai. Selon l’OMS, 500 millions de personnes dans le monde en sont atteintes. Dans la société, un regard parfois méprisant perdure à l’égard des individus en surpoids. Trois femmes au parcours bien distinct ont accepté de livrer leur expérience à LCI.

C’est devenu l’une des principales menaces pour la santé. Selon l’OMS, 2,8 millions de personnes meurent chaque année pour cause d’obésité. Dans un contexte social où la minceur est valorisée,  voire idéalisée, la journée européenne de lutte contre cette maladie, qui s'est tenue comme chaque année le 23 mai, est l'occasion de rappeler que la discrimination des personnes en surpoids est tout aussi inadmissible que celle établie sur les origines, la couleur de peau, le sexe ou encore la religion.

 

Ce mépris vécu au quotidien en raison de leur enveloppe corporelle, Maud, membre d’une association qui lutte contre les discriminations envers les personnes à forte corpulence, Sophia Bady, Miss Ronde Île-de-France, et Marie Gruel, ancienne obèse devenue diététicienne, le racontent à LCI.

"Bien en chair, dodue, enveloppée"

 Maud, 37 ans, est hôtesse d’accueil et mesure 1m68 pour 123kg . "Les gens pensent que je suis volontairement malade, alors que je n’ai pas choisi ce physique", souligne-t-elle. Depuis sa plus tendre enfance, la jeune femme subit brimades et qualitatifs douteux du type "bien en chair, dodue, enveloppée". "Tout ceci est gênant", déplore en soupirant celle qui a eu la douleur de perdre don père à l’âge de 2 ans, "l’évènement déclencheur" de sa boulimie selon elle.


"Je suis issue de la génération Slim Fast (la marque de produits de régime très en vogue en France dans les années 90, ndlr). J’ai fait 25 ans de régimes. Rien n’a jamais marché,  j’en ai eu ras-le bol", poursuit-elle. Alors aujourd'hui "je suis bien dans ma peau, je m’assume, j’adore porter des tenues hautes en couleurs", détaille cette collaboratrice de l’association Allegro fortissimo, qui lutte contre les discriminations envers les personnes à forte corpulence. Mais être épanouie ne l'empêche pas de vivre des expériences douloureuses. Une, en particulier : "Près d’une gare, donc dans un lieu très fréquenté, un homme m’a abordée, m’a touchée et m’a dit que compte tenu de mon physique, je ne pouvais pas lui dire non. Des badaux ont observé la scène sans réagir. J’en suis encore outrée".

"J’ai réalisé à quel point je devais changer"

De son côté Sophia Bady, sacrée Miss Ronde Île-de-France en mars 2016, a 23 ans et est chargée de recrutement dans une agence d’intérim. Elle confie n’avoir jamais cessé de manger en cachette à partir du divorce de ses parents durant son enfance. "Au collège, je pesais déjà 80 kg alors que la majorité de mes copines en pesaient 45". 


A l’âge des premiers émois, Sophia est courtisée par quelques garçon. "Tu es belle mais c’est dommage. C’est ce qu'ils me disaient  au collège", se souvient cette Franco-Marocaine. Du moins ceux qui osaient lui adresser la parole en public. "Ils m’envoyaient régulièrement des messages sur les réseaux sociaux mais m’ignoraient à l’école".  Ce n’est qu’au lycée qu’elle rencontrera celui qui assumera au grand jour leur amour. Ils ne se sont pas quittés depuis. 

 

"Au départ, quand je l’ai rencontré, je n’avais guère confiance en moi, raconte Sophia. Quand je partais en vacances, je gardais mon paréo sur la plage. A cette époque-là, j’ai pesé jusqu’à 140kg. Et puis un jour, mon petit ami m’a filmée. En visionnant les image, ça a été un choc. J’ai réalisé à quel point je devais changer."

45 kg perdus en un an

"Sans que mon amoureux ne m’y invite, continue-t-elle, je me suis inscrite dans une salle de sport. J’ai perdu 45 kg en l’espace d’une année. Et dans la foulée, je me suis inscrite à Miss Ronde Île-de-France. Cette élection m’a fait un bien fou et j’ai pu rencontrer des candidates qui sont devenues mes amies pour la  vie."

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La diététicienne Marie Gruel, 37 ans, en obésité massive pendant l’enfance, a entamé son premier régime alors qu’elle n’était qu’en classe préparatoire. "Je n’ai jamais perdu de poids", indique-t-elle. "Au cours de mon adolescence ensuite, à mes 12 ans,  j’ai passé une année dans un centre pour perdre du poids. A mon sens, un enfant devient souvent obèse pour se constituer une carapace. Il cherche à surmonter une épreuve et en cherche les solutions. Ce n’est que vers l’âge de 18 ans que j’ai compris qu’il me fallait pratiquer une activité physique régulière, conjuguée à un prise de conscience, pour affronter la blessure intérieure qui me rongeais." 

Pourtant, Marie Gruel a rencontré de nombreux professionnels de santé au cours de sa vie. "Ils me faisaient culpabiliser", glisse-t-elle.  "Quand on me reprochait de manger une tartine de Nutella, j’en prenais une autre. C’était ma façon à moi d’avaler cette agression".

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