Journée des droits des femmes : "On parlait déjà des violences l’an dernier, mais la société se bouchait les oreilles"

Journée des droits des femmes : "On parlait déjà des violences l’an dernier, mais la société se bouchait les oreilles"

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REGARDS CROISÉS - Cette année, la journée internationale des droits des femmes se déroulera dans un contexte de libération de la parole sans précédent faisant suite à l'affaire Weinstein. Quels débats ont émergé ces deniers mois ? La lutte pour le droit des femmes a-t-elle fait un grand bond en avant ? Nous avons interrogé deux femmes engagées sur ces questions.

"Le 8 mars a toujours été une journée importante, mais cette année, elle prend une tournure plus importante", se réjouit Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l'égalité femmes-hommes (HCE). Ce jeudi se tient la journée internationale des droits des femmes. Un rendez-vous d'autant plus important cette année "dans la mesure où la question des violences faites aux femmes a fait irruption partout dans le monde après l'affaire Harvey Weinstein", détaille la présidente du HCE à LCI.


Un avis partagé par Fatima-Ezahra El Ouasdi, présidente de l'association Politiqu'elles. Elle se souvient avoir fait des interviews le même jour l'an dernier, mais principalement sur la place (ou l'absence) des femmes dans l'élection présidentielle de mai 2017. "Je note que ça a changé en partie avec l’affaire Weinstein et grâce à la mobilisation du gouvernement avec notamment la création d'une loi pour combler les trous dans la raquette, assure-t-elle à LCI. Il y a eu un véritable focus sur les violences faites aux femmes et c’est une excellente chose".

C'est l'approche qui a changéDanielle Bousquet, présidente du HCE

Mais alors, qu'est-ce qui a concrètement changé ces derniers mois ? "C'est l'approche qui a changé, note Danielle Bousquet. On parlait déjà des violences sexuelles et sexistes l'an dernier, mais la société continuait à se boucher les oreilles en se disant que c'était secondaire". Et d'ajouter : "Tout ce travail qu’ont fait les médias et les associations féministes a permis de mettre un mot sur les choses et de nommer par leur vrai nom les viols et les agressions sexuelles".


Fatima-Ezahra El Ouasdi espère aussi qu'il y aura un réveil des consciences citoyennes. "A notre échelle, au quotidien, on peut contribuer en aidant les victimes", assure-t-elle. Parfois on a connaissance de violences conjugales, on entend des cris, et certaines personnes n’appellent jamais la police. On espère que la population sera beaucoup plus active dans la dénonciation de ces actes".

Mettre les bouchées double à l'école

Comment envisager la suite ? Danielle Bousquet et Fatima-Ezahra El Ouasdi ont le même avis : il faut mettre les bouchées double sur l'éducation à l'école. "C’est en agissant sur l’éducation qu’on va changer les choses", note cette dernière. Et d'inviter à regarder ce qui se passe dans les cours de récréation à l'école primaire : les petits garçons qui jouent au foot prennent toute la place, au détriment des filles.  "C’est là que tout démarre, assure la présidente du HCE.

"Il faut aussi poursuivre la formation des enseignants pour qu'ils soient capables de bien parler d'égalité dans leur enseignement. Pour Fatima-Ezahra El Ouasdi, il faut aussi travailler sur l’éducation numérique," notamment sur le cyber harcèlement". "C’est souvent une première porte vers le harcèlement plus tard."

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Lutte contre les violences faites aux femmes : Emmanuel Macron a dévoilé ses mesures

Projet de loi présenté le 21 mars

La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa doit présenter le 21 mars prochain en Conseil des ministres son projet de loi pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Parmi les mesures les plus emblématiques se trouvent : la verbalisation du harcèlement de rue, la fixation d'un âge de consentement sexuel ou encore l'allongement du délai de prescription des viols sur mineurs.


Mais tout ça ne se fera pas sans efforts, rappelle Danielle Bousquet. "Il va falloir qu’il y ait les moyens qui soient mis en place : de la matière grise d’un côté et de l’argent de l’autre. C’est nécessaire si on veut aller vers une société d’égalité, comme c’est l’objectif politique affirmé depuis quelques années". 

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