Journée des enseignants : profs non remplacés, affectations difficiles... La Cour des comptes dénonce une mauvaise gestion

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ÉDUCATION - Des professeurs absents non remplacés, trop de débutants dans les écoles difficiles et un coût du système éducatif qui s'accroît, sans amélioration de sa performance : la Cour des comptes dresse un tableau sévère de la gestion des enseignants, dans un rapport publié mercredi. LCI fait le point.

Pour la seconde fois, après un rapport sur le sujet en 2013,  la Cour des comptes dresse un diagnostic sévère sur la gestion des enseignants. Elle déplore un système rigide, coûteux et peu efficace. Dans leur rapport intitulé "gérer les enseignants autrement, une réforme qui reste à faire", les Sages de la rue Cambon notent les déficiences du système scolaire français. 


Selon les comparaisons internationales, notre système souffre d'un manque de performance et d’équité. L'enquête PISA de 2015 a ainsi établi que les résultats des élèves français se situaient dans la moyenne des pays de l’OCDE, derrière l’Allemagne et la Belgique. À l'échelle internationale, en mathématiques et en sciences, la France se situe en deçà des moyennes. Pire, les inégalités de niveau se sont creusées dans la dernière décennie, la proportion des élèves en difficulté passant de 21 % en 2006 à 22 % en 2015.


La Cour dénonce le manque de performance et d'équité et accuse l'État, notamment lors du précédent quinquennat, de ne pas avoir mis à profit l'effort budgétaire important - hausse des effectifs et des salaires - pour procéder à des réformes structurelles : "Il est urgent de mettre en œuvre une nouvelle politique des ressources humaines", estime-t-elle.

Le temps de travail

Parmi les nombreux points soulevés par l'institution dans son rapport, le temps de travail. La Cour des comptes préconise l'annualisation du métier d'enseignant. Actuellement le temps de travail d'un enseignant est déterminé par un nombre d'heures de cours par semaine, différencié selon que les professeurs sont certifiés ou agrégés. 


Définir un nombre d'heures à effectuer sur l'année permettrait selon la haute juridiction de régler le problème du remplacement dans les collèges et lycées. La Cour chiffre à 13,6 millions le nombre de journées d'absence des 

professeurs dans l'enseignement public en 2014-15, avec un taux de remplacement de seulement 5 à 20%. Le remplacement et la formation continue devront d'ailleurs "compléter la liste des missions liées au service d'enseignement". 

Une annualisation qui réduirait la perte d’heures de cours liée aux examens en fin d’année, qui n’est pas compensée. 

La polyvalence

Et si les professeurs enseignaient plusieurs disciplines ? C'est l'une des pistes évoquées par la Cour. De fait, c'est déjà le cas pour les professeurs d'histoire-géographie, de physique-chimie ou encore de français, qui enseignent souvent le latin et le grec.


La haute juridiction souhaiterait généraliser cette pratique, qui pourrait faciliter les échanges de services entre les premiers et second degrés. Un professeur pourrait plus facilement exercer dans un autre établissement. Cependant, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a souligné que certaines disciplines avaient "du mal à recruter et que très peu filières en licence ou en master proposent une pluridisciplinarité". 

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L'affectation

Des enseignants débutant sur des postes difficiles... Une tendance qui s'est accentuée selon les Sages de la rue Cambon, même si des efforts ont été faits pour rendre ces postes plus attractifs. La part des nouveaux titulaires affectés dans les établissements réputés difficiles est passée de 20 % à 23,6 % entre 2011 et 2016.


L'affection des professeurs dépend du système de mutation des enseignants, qui permet aux plus anciens, qui possèdent un nombre de points élevés, d'avoir le monopole sur leur affectation. Dans les REP et REP+,  les jeunes professeurs débutants sont donc surreprésentés, tout comme les contractuels. Pas sûr que la prime de 3.000 euros promise aux enseignants de réseaux prioritaires durant la campagne d'Emmanuel Macron suffise à mette un frein à cette pratique. 

La formation

La formation initiale, facteur majeur de performance du système éducatif, a été rétablie en 2013. Une "avancée incontestable" pour la haute juridiction, qui préconise cependant que cette année de formation en alternance débute plus tôt : "Notre pays professionnalise ses enseignants tardivement, comparé aux autres grands pays développés".

 

Quant à la formation continue, la Cour plaide pour qu'elle soit intégrée dans la gestion de la carrière des enseignants. Aujourd'hui, celle-ci reste peu "développée". Les enseignants des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) bénéficient en moyenne de huit jours de formation par an, selon l’enquête internationale Talis sur l’enseignement, publiée par l’OCDE en juin 2014. Contre trois jours en moyenne pour les Français. 

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