Journée des parents : au fait, c'est quoi être un père et une mère aujourd'hui ?

SOCIÉTÉ
ANNIVERSAIRE - Ce mercredi, c'est la journée mondiale des parents, instaurée par l'ONU il y a trois ans, pour "rendre hommage au dévouement des parents, à leur engagement et leur sacrifice pour assurer l'avenir de leurs enfants". L'occasion de voir avec le sociologue spécialiste de la famille François de Singly quelle est leur rôle dans les sociétés occidentales modernes.

Le 1er juin, c'est la journée mondiale des Paris. C'est l'ONU, en 2012, qui a décidé d'instaurer cette date, pour "mettre à l'honneur les parents du monde entier, rendre hommage à leur dévouement, à leur engagement et leur sacrifice pour assurer l'avenir de leurs enfants". Quel est le rôle des parents dans la société d'aujourd'hui ? A-t-il évolué dans le temps ? On fait le point avec le sociologue de la famille François de Singly, auteur de "Libres ensemble, l'individualisme dans la vie commune", paru en 2016 aux éditions Armand Colin.

Que pensez-vous de cette Journée mondiale des parents ?
C'est plutôt un bon signe. Cela permet de reconnaître que ce sont les deux parents qui élèvent l'enfant. Dans l'idéal, je serais même pour supprimer la fête des pères et des mères. Une journée des parents rendrait plus égalitaire le rôle du père et de la mère. Il ne faut pas non plus oublier que la fête des mères était à l'origine une invention pour valoriser le rôle de la mère au foyer...

Symboliquement, on va vers un rapprochement des rôles de deux parents. Dans les faits, qu'en est-il ?
Les stéréotypes ont la vie dure : même sur la symbolique, on parle toujours "d'école maternelle" au lieu "d'école pré-élementaire", on parle de "l'heure des mamans" à la sortie de l'école. Si officiellement, on supprime la différenciation, dans les faits, les changements ne se font pas du jour au lendemain.

On a cependant l'impression que les hommes sont de plus en plus investis dans la sphère familiale ?
En fait, côté tâches ménagères à la maison, l'inégalité homme-femme reste importante : l'homme n'a pas fait beaucoup d'efforts. Mais il y a plutôt des progrès dans le rapport aux enfants : les hommes comprennent un peu mieux que le fait de s'occuper d'un enfant est une chose importante, y compris pour eux-mêmes. 

Justement, dans l'éducation des enfants, les parents sont-ils plus impliqués qu'auparavant ?
Le rapport à l'enfant a changé, c'est indéniable. Avant, les femmes étaient au foyer, mais elles ne passaient pas leur temps à s'occuper des enfants. Aujourd'hui, les parents travaillent, mais dès qu'ils rentrent, ils s'occupent à temps plein de leurs enfants. Il est clair qu'aujourd'hui les parents sont dans l'obligation d'attention à l'enfant, de veiller à son épanouissement, à sa réussite.

Cela ne veut pas dire que les parents des générations précédentes n'étaient pas de bons parents. Avant, ce qui était important était de bien se tenir à table, de respecter les règles de bonne conduite, etc. Aujourd'hui, on veut que l'enfant s'exprime, s'épanouisse, qu'il pratique des activités en dehors de l'école, etc.

L'enfant est donc réellement le pivot de la famille ?
C'est une tendance lourde, symbolisée en 1989 par la Déclaration des droits de l'enfant : il est une personne dont on doit s'occuper en priorité. Avant, quand un enfant faisait du bruit où n'arrivait pas à s'endormir, on le mettait dans la chambre à côté. Aujourd'hui, on s'interroge sur son état de santé. L'enfant est devenu l'objet d'une attention très importante. Aujourd'hui, on organise des ludothèques pour que les parents apprennent à jouer avec leurs enfants...

Mais face à toutes ces injonctions, les parents ne sont-ils pas perdus ?
Ils sont perdus, mais ils adorent ! D'ailleurs, cela se voit : les familles sont beaucoup moins disciplinaires qu'avant, l'ambiance est y plutôt bonne. En outre, les parents  - et surtout les femmes - arrivent plus naturellement à être autre chose que des parents. C'est un changement considérable par rapport au passé : on peut avoir une existence propre même quand on est parents.

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