Parents, comment bien gérer le moment du coucher de vos enfants

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MEUNIER, TU DORS - Câlin, soif, pipi… Quand vient l'heure de dormir, les enfants ne manquent pas d'imagination pour retarder le moment de se coucher. Un vrai casse-tête pour la plupart des parents et surtout des nerfs qui lâchent. Pas de panique, deux médecins, spécialistes du sommeil, vous livrent toutes les clés pour y remédier, dans un guide.

C'est bien connu, les enfants ont besoin de sommeil pour bien se développer. Mais, dans les faits, entre les problèmes d'endormissement, les réveils nocturnes, les poussées dentaires, ou encore les cauchemars, les nuits des touts-petits - et du coup celles de toute la famille - ne sont pas un long fleuve tranquille. C'est d'ailleurs le premier facteur d'inquiétude chez les parents (étude Institut des Mamans 2015), loin devant l'alimentation. Conséquence, il est humain de se sentir dépassé. Un guide, "Le sommeil de mon enfant" (Editions Horay), publié ce vendredi, par deux pédopsychiatres et médecins du sommeil, les docteurs Céline Martinot et Vanessa Slimani, vole à votre secours. 

Aujourd'hui, un tiers des enfants de moins de deux ans a régulièrement des difficultés à dormir et c'est toujours le cas pour 14% des enfants de 4-6 ans- Pr Carmen M. Schröder, médecin Somnologue

LCI : Mais pourquoi diable les enfants éprouvent-ils tant de difficultés à s'endormir ?

Dr Vanessa Slimani : Déjà, nous ne sommes pas égaux face au sommeil, c'est physiologique. Dès la naissance, il y a des courts et des longs dormeurs, ceux qui sont plutôt du soir et d'autres du matin. Il faut savoir s'adapter. Par ailleurs, les enfants ne perçoivent pas la fatigue comme les adultes. En général, quand un enfant est fatigué, il est hyper-agité. L'idéal est donc de créer un moment propice à l'endormissement en installant des petits rituels : privilégier la régularité des horaires de coucher, baisser la lumière, lire une histoire, chanter une berceuse... Mais il est aussi important de projeter son enfant dans le temps pour gommer le sentiment de séparation. Des petites phrases comme : 'On se voit demain' ou 'Que veux-tu manger au petit-déjeuner ?', sont importantes à prononcer.

LCI : Faut-il aller les voir ou les laisser pleurer jusqu'à ce qu'ils se calment ?

Dr Vanessa Slimani : C'est LA grande question ! Tout dépend de ce qui se cache derrière ces pleurs. S'ils durent, il faut aller voir si votre enfant n'est pas malade, ou s'il n'a pas soif. Dans tous les cas, il faut garder son calme. Il faut savoir que les pleurs du soir (entre 17h et 22h) sont une cause récurrente de maltraitance. Alors, si on le peut, mieux vaut déléguer dans ces moments-là, plutôt que de perdre patience. Surtout que ces pleurs du soir sont quasi inévitables chez les bébés, ils sont le reflet de la mise en place de leur horloge biologique. Un conseil, évitez de l'agiter encore plus, en le sortant par exemple de son lit pour le balader, cela ne ferait que redoubler ses cris.

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Pas de "co-dodo" et la tétine à petites doses

LCI : La pratique du "co-dodo" peut-elle être une solution ?

Dr Vanessa Slimani : A chacun son lit ! Jusqu'à l'âge de 2 mois, beaucoup choisissent d'installer le berceau dans la chambre parentale, c'est pratique et rassurant mais après, l'enfant doit dormir dans sa propre chambre. Accepter que votre enfant dorme dans votre lit, c'est comme lui dire 'tu n'es pas en sécurité dans ta chambre, nous comprenons que tu préfères la nôtre à la tienne'. Par ailleurs, le "co-dodo" reste déconseillé pour les bébés de moins de 6 mois, car les oreillers, les couettes, ou les édredons, qui garnissent les lits des adultes, accroissent le risque de mort subite du nourrisson.

LCI : Et la tétine, bonne ou mauvaise idée ?

Dr Vanessa Slimani : Jusqu'à 3 mois, les bébés ont besoin de téter, c'est un plaisir primitif. Il se manifeste déjà "in utero". Mais cela doit rester limité dans le temps. Car les problèmes surviennent, quand la tétine fait partie intégrante de sa routine d'endormissement. Ainsi, lorsque le bébé se réveille la nuit et qu'il ne l'a plus, il va logiquement la réclamer, et on est bon pour quelques pleurs. Du coup, il faut lui montrer très tôt le geste à faire pour remettre tout seul sa tétine dans la bouche.

En cas de pleurs la nuit, oubliez le biberon

LCI : Combien d'heures de sommeil a besoin un enfant, selon son âge ?

Dr Vanessa Slimani : De 0 à 3 mois, le nouveau-né a besoin de 14 à 17h de sommeil par nuit et de 4 à 11 mois, le nourisson doit dormir 12 à 15h par nuit. Chez les tout-petits (de 1 à 2 ans), comptez 11 à 14h de sommeil par nuit et de 3 à 5 ans, il faut encore 10 à 13 h de sommeil par nuit. Il est important d'insister sur le fait qu'il s'agit d'une moyenne. Certains enfants peuvent être un peu en-dessous, d'autres au-dessus. Par ailleurs, de 6 mois à 5 ans, les temps de sieste sont aussi importants que le temps de sommeil de nuit. Mais attention, une sieste trop longue ou trop tardive peut retarder l'endormissement. C'est pourquoi il faut au moins cinq heures d'écart entre la fin de la sieste et l'heure habituelle du coucher.

LCI : Que faire en cas de réveil nocturne ?

Dr Vanessa Slimani : Il est tout à fait normal que les bébés se réveillent la nuit, cela correspond à ses cycles de sommeil, mais au fil des mois, ses éveils vont devenir de plus en plus calmes. Une chose est sûre, ne vous précipitez pas au moindre éveil et ne proposez pas systématiquement à votre enfant un biberon. Ce n'est pas parce qu'il pleure, qu'il a faim. L'odeur du biberon ou du lait maternel transmettrait à son cerveau un message erroné. Or, ce n'est pas l'heure de manger mais de dormir.

Les écrans à bannir le soir

LCI : Faut-il interdire le soir les tablettes et les smartphones pour les plus grands ?

Dr Vanessa Slimani : Il faut éviter d'exposer les enfants aux écrans le soir car la lumière qu'ils renvoient est très proche de la lumière naturelle. Conséquence, le message envoyé par nos yeux à notre cerveau est d'interrompre la sécrétion de mélatonine, notre hypnotique naturel. Voilà, pourquoi, on a plus de mal à s'endormir après.

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Les écrans responsables du manque de sommeil chez les ados

LCI : Quand parle-t-on d'insomnie chez l'enfant ?

Dr Vanessa Slimani : 1/3 des insomnies de l'enfant de moins de 6 ans sont liées à des causes médicales, la plus connue étant l'apnée du sommeil qui touche 3% des enfants. Elle se caractérise notamment par des ronflements. Dans ces cas-là, une consultation par un spécialiste est nécessaire.

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LCI : Quels signes doivent alerter les parents sur le manque de sommeil de leur progéniture ?

Dr Vanessa Slimani : Concernant les bébés, deux points de repères permettent de savoir s'il a bien dormi : s'il se réveille en gazouillant et s'il ne montre pas de signe de fatigue la première heure suivant son réveil. Pour les plus grands, les signes qui doivent alerter sont clairement des troubles du comportement, tels que l'irritabilité, le manque de concentration et cela peut aller jusqu'à des retards de croissance. Il est donc fondamental de ne pas banaliser un mauvais sommeil.

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