Journée mondiale contre l'excision : "On m’a enlevé quelque chose que je ne pourrai jamais récupérer"

Journée mondiale contre l'excision : "On m’a enlevé quelque chose que je ne pourrai jamais récupérer"

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TÉMOIGNAGE – Comme près de 60.000 Françaises, Solange a subi une mutilation génitale. Alors que se tient ce mardi 6 février la journée internationale de lutte contre l'excision, la jeune femme témoigne pour LCI.

Solange* a 20 ans Elle vit en région parisienne et suit des études d'économie. Une vie normale pour une jeune Française, à un détail près. A 10 ans, lors d’un séjour en Guinée, son pays d’origine, elle a été excisée. "Une tradition à laquelle il est difficile d’échapper", souffle t-elle.

Nous avions publié le témoignage de Solange en mars dernier, alors qu'une campagne de prévention à destination des jeunes filles de 12 à 18 ans était lancée par le réseau d’associations Excision, parlons-en !. Nous le remettons ligne alors que se tient ce mardi 6 février la journée mondiale contre l'excision.

Une coutume ancrée

L’excision de Solange a eu lieu en 2007, pendant ses vacances d’été justement. Alors âgée de 10 ans, elle rencontre sa famille de Guinée pour la première fois. "J’étais contente mais en alerte, se remémore t-elle. Ma cousine avait parlé de l’excision à ma sœur aînée. Je ne savais pas vraiment ce que c’était mais j’étais inquiète pour elle". Puis un jour, une "dame" vient chez leur grand-mère. Solange aussi est excisée. "Je suis entrée dans une salle et ma tante m’a tenue, poursuit-elle. Au début, j’ai tenté de me débattre et je me suis vite dit qu’il devait y avoir une explication." 


Si la petite fille a souffert sur le coup, sa famille la rassure et la félicite. Pour ses proches, elle est désormais une femme.  "De nombreuses coutumes préconisent l’excision pour que les jeunes filles puissent se marier par exemple", explique Marion Schaefer. L’ablation de leur clitoris, et parfois des petites lèvres, les priveraient de plaisir et les préserveraient donc de l’infidélité. Pour Solange, le mariage n’était cependant pas à l’ordre du jour.

La pression familiale était trop forte pour ma mère"Solange

De retour en France, Solange reprend le cours normal de sa vie, sans réellement réaliser ce qui lui est arrivé. Elle ne comprendra qu’à ses 13 ans, lors d’un cours d’Histoire. La jeune adolescente prend  le temps de digérer l'information avant d’en parler à sa mère : "J’ai compris que ce n’était pas de sa faute, la pression familiale était trop forte et elle ne voulait pas vraiment ça pour moi." Sa mère finit par s’excuser et les deux femmes n’aborderont plus le sujet.


"Je n’étais pas en colère contre ma famille mais contre la situation, précise Solange. On m’a enlevé quelque chose que je ne pourrai jamais récupérer." Mis à part son traumatisme, la jeune étudiante affirme aujourd'hui ne pas souffrir d’autres troubles. Une chance : les mutilations génitales peuvent en effet provoquer de graves hémorragies, des infections, des problèmes urinaires, la stérilité ou des difficultés lors de l’accouchement, comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé.

Une pratique illégale en France

Autant de raisons qui rendent la pratique illégale en France. Toute forme de mutilation sexuelle est passible de dix ans de réclusion et de 150.000 euros d’amende pour celui ou celle qui réalise l’opération, mais aussi pour les parents. De grands risques judiciaires donc, qui expliqueraient pourquoi l’excision est pratiquée dans un pays étranger.

 

Aujourd’hui, Solange envisage la chirurgie réparatrice. Une manière de retrouver "une partie d’elle-même". "Ce n’est pas quelque chose qu’on oublie mais je le vis mieux et j’ai envie d’aller de l’avant", affirme t-elle. Son conseil pour les jeunes filles susceptibles d’être concernées : "Il ne faut pas hésiter à parler de ses doutes à quelqu’un de confiance, un professeur par exemple, ou à passer par une association". Des personnes qui peuvent donner des pistes aux adolescentes dans l’impasse et les aider à briser le tabou de l’excision.


 

*Le prénom a été modifié

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