Journée mondiale sans Facebook : à partir de quand est-on "cyberdépendant" ?

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INTERVIEW – Alors qu’a lieu ce mercredi la Journée mondiale sans Facebook, LCI republie l'interview, réalisée l'an dernier, du docteur Xavier Laqueille, psychiatre et chef du service d’addictologie de l’hôpital Sainte-Anne, au sujet des cyberdépendances. Une addiction de plus en plus fréquente. En fin de cet article, nous vous proposons de faire le point sur votre rapport aux réseaux sociaux avec un quiz.

C’est une addiction en constante augmentation. À l’ère du numérique, des réseaux sociaux et des jeux en ligne, les cyberdépendances touchent en effet de plus en plus de monde. Comment se manifestent-elles ? Comment se soignent-elles ? Alors que se tient ce mercredi 28 février la huitième édition de la "Journée mondiale sans Facebook", LCI republie l'interview du docteur Xavier Laquelle, psychiatre et chef du service d’addictologie de l’hôpital Sainte-Anne, réalisée l'an dernier.

LCI : Tout d’abord, qu’est-ce que la "cyberdépendance" ?

Dr Xavier Laqueille : Pour nous, tout ce qui est de l’ordre de l’addiction ou de la dépendance, et donc ici de la cyberdépendance, se définit par un critère de perte de contrôle, et non par un critère quantitatif. C’est-à-dire qu’il existe à la base une activité que l’on aime bien ; le joueur aime jouer, le fumeur aime fumer, etc. ; mais on considère que le sujet devient dépendant quand il y a une perte de maîtrise de lui-même, qui va se caractériser par l’abandon de certaines activités au profit du processus pathologique, par la réduction des intérêts… C’est cela qui va permettre le diagnostic, pas la quantité.

LCI : La quantité est-elle néanmoins prise en compte ?

Dr Xavier Laqueille : Ce n’est qu’après diagnostic que l’on va estimer la quantité de temps consacré à l’activité. Il est important d’avoir cette démarche. De nombreux jeunes passent beaucoup de temps devant internet, ce qui inquiète les parents, qui se disent que leur ado est dépendant. Mais lorsque cet adolescent est invité à sortir le samedi soir, il abandonne internet sans problème pour rejoindre ses amis. Dans ce cas-là, nous ne sommes pas face à un problème d’addiction. C’est sans doute excessif, mais ça n’a pas de caractère pathologique. On est là face à un problème éducatif.

LCI : Quels sont les différents types de cyberdépendances et que représentent-elles par rapport aux autres addictions ?

Dr Xavier Laqueille : Il y a les jeux vidéo bien sûr, mais aussi la pornographie et les réseaux sociaux. Ce sont les trois contextes les plus fréquents, tout particulièrement les deux premiers. Pour ce qui est de la part que représentent les cyberdépendances, il y a eu une nette augmentation des consultations. Au mois de janvier, nous avons ainsi eu à Sainte-Anne douze nouveaux patients pour des problèmes de cet ordre-là. C’est un chiffre qui a explosé cette année.

LCI : Quels sont les risques de ce type d’addictions ?

Dr Xavier Laqueille : Le sujet peut s’enfoncer dans un processus de plus en plus envahissant et comme dans toutes les pathologies addictives, ce qui est en dehors de l’addiction devient inintéressant. Le sujet se désocialise, son activité ainsi que sa vie psychique et sociale se réduisent. Dans le cas des jeunes, cela se passe en plus à un moment clé où la personnalité se construit. Lorsque l’on est face à un processus addictif installé, cela peut potentiellement devenir inquiétant. Quand un adolescent passe son temps sur internet, ne va plus en cours, ne dort pas la nuit, n’a que des amis sur le web et pas à l’extérieur, cela demande une vraie évaluation clinique. La dépendance est un symptôme qui doit être évalué pour déterminer si c’est une addiction pure ou si c’est une addiction avec une pathologie psychiatrique associée : une maladie dépressive, un trouble phobique sévère ou une pathologie mentale grave, du type schizophrénie.

LCI : Faut-il alors d’abord soigner l’addiction ou le trouble associé ?

Dr Xavier Laqueille : On a un raisonnement de comorbidité, c’est à dire que l’on soigne les deux ensembles, de manière continue et parallèle. Une cyberdépendance seulement associée à un trouble dépressif se soignera plus facilement qu’une cyberdépendance en rapport avec des troubles de la personnalité. Les pathologies addictives sont aggravées par les troubles mentaux.

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LCI : De manière générale, quels sont les soins prodigués aux personnes dépendantes ?

Dr Xavier Laqueille : Premièrement, cela débute par des entretiens pour renforcer la motivation à se soigner. Un joueur adore jouer et quand on lui dit qu’il faut arrêter, il ne veut pas. Il faut travailler la motivation pour qu’il comprenne que l’envie de jouer est pathologique et qu’elle constitue une anomalie. Dans un second temps, le joueur va commencer à prendre conscience du danger des complications liées à son addiction. Il est alors moins attiré par les jeux. C’est donc une prise en charge essentiellement psychologique, même s’il y a aussi quelques médicaments psychotropes qui peuvent aider, surtout dans un cas de comorbidité.

LCI : Un sevrage du type "Journée sans Facebook" ou, comme c’est la mode depuis quelques années, un stage de "digital detox", peuvent-ils être utiles ?

Dr Xavier Laqueille : Une pathologie addictive est une pathologie au long cours et, si un sevrage peut être utile, il demande un niveau de préparation important, justement pour travailler la motivation. Il faut que le sevrage s’accompagne d’une stratégie de longue durée, notamment pour prévenir les rechutes. Il y a toujours des fonctionnements d’opportunités, qui surfent sur les inquiétudes des uns et des autres, avec des propositions de solutions magiques. Mais ces propositions brutales ne sont pas efficaces si elles ne s’accompagnent pas de soins bien construits.

Testez votre niveau de dépendance aux réseaux sociaux en répondant à notre quiz ci-dessus.

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