Journées sans téléphone portable : "Le smartphone est un outil indispensable, mais dont il faut garder la maîtrise"

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INTERVIEW - A l'occasion des Journées sans téléphone portable, ce lundi, mardi et mercredi , LCI s'est interrogé sur le rapport des Français à leur smartphone. A quel point cet objet a-t-il changé notre vie ? Peut-on encore s'en passer, ne serait-ce que pendant trois jours ? Réponses avec la sociologue Catherine Lejealle.

Passer trois jours sans son téléphone portable, est-ce possible ? C'est en tout cas ce que les Français sont invités à faire tous les ans à l'occasion des journées sans téléphones portables organisées les 6, 7 et 8 février


Mais peut-on réellement se passer de ces ordinateurs de poche ? A quel point ont-ils impacté notre vie ? Nous avons posé la question à Catherine Lejealle, sociologue, professeure à l’ISC Paris et auteure de "J'arrête d'être hyperconnecté".

LCI : A quel point le smartphone a-t-il changé notre vie ?

Catherine Lejealle : C'est un outil qui est devenu indispensable. On ne peut plus s’en passer. Mais il faut réfléchir aux bons usages qu’on en fait pour pouvoir en garder la maîtrise. Ce qu'il faut avant tout, c'est trouver le bon rythme de croisière pour que le smartphone nous apporte le maximum de choses, mais que l’on n’en soit pas l’esclave.

LCI : Un tel bouleversement était-il prévisible ?

Catherine Lejealle : Il aura fallu 70 ans à de grandes évolutions comme la télévision ou le téléphone pour s'installer. Pour les smartphones, il aura fallu à peine 10 ans. Au début, plusieurs verrous nous protégeaient (financiers et technologiques). Il aura fallu attendre l'arrivée de Free pour faire baisser le prix des forfaits et de la 4G. Cela a permis d'améliorer le débit de communication pour que le phénomène explose.

LCI : Qu'est-ce qu'on a perdu avec l'arrivée des smartphones ?

Catherine Lejealle : Je ne pense pas qu'on n'ait perdu des choses. On a une vision d'un âge d'or où les gens se parlaient plus qu'aujourd'hui. Mais cela n'a jamais existé. De surcroît, les gens hyperconnectés le sont à leurs amis. Je ne vois pas un délitement du lien social. Prenez l'exemple des jeunes qui écoutent de la musique avec leur smartphone. Ils partagent, ils échangent. Mais cela ne les empêche pas d'aller à des concerts ou des festivals. Nous sommes d’abord des animaux sociaux.

"Il faut réussir à reprendre le contrôle"

LCI : Pourtant, selon une récente étude, les jeunes passent beaucoup de temps sur leur smartphone, au détriment des moments en famille ou entre amis.

Catherine Lejealle : C'est vrai que l'on peut se demander s'il est toujours possible de profiter d'un dîner en amoureux ou d'un repas en famille. Car aujourd'hui, on documente tout ce qu'on fait en le postant sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter...) Mais il faut réussir à reprendre le contrôle. Il est nécessaire de percevoir que ce qu'on fait est bien, sans avoir besoin du retour des autres.

LCI : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient décrocher pendant quelques jours ?

Catherine Lejealle : Dans le cadre privé, il est important de s’octroyer des moments pour soi (jeu de société avec les enfants, promenade en forêt) sans le téléphone. De mon côté, je fais aussi une vraie semaine de déconnexion une fois par an. Côté travail, il faut là aussi s'octroyer des plages en immersion d'une dizaine de minutes par jour. Faire ce qu'on doit faire sans se laisser distraire.

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