Cyberharcèlement : "Il y a un avant et un après l'affaire Mila"

Mila arrive au tribunal de Grande instance de Paris le 3 juin 2021

INTERVIEW - L'affaire Mila a-t-elle permis de faire évoluer les mentalités sur le cyberharcèlement ? Signe-t-elle la fin de son impunité ? Éléments de réponses avec Samuel Comblez, psychologue et directeur des opérations de l'Association e-Enfance.

Mila est devenue un symbole : c'est son histoire qui a mis en lumière les effets dramatiques du cyberharcèlement. À 18 ans, elle vit sous protection policière depuis la publication sur les réseaux sociaux d'une première vidéo dans laquelle elle critiquait le Coran et l'islam en janvier 2020. À l'époque, ses propos lui valent des milliers de messages d'insultes, d'appels au viol, de menaces de mort. Mi-novembre, Mila est de nouveau victime d'un "raid" numérique après avoir publié sur le réseau social TikTok une nouvelle vidéo où elle s'en prend à ses détracteurs. 

Ce jeudi, treize personnes étaient convoquées au tribunal de Paris pour avoir cyberharcelé la jeune femme après sa publication de novembre 2020. Elles encourent deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende pour le harcèlement en ligne, trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende pour les menaces de mort. Avant cela, deux personnes avaient déjà été condamnées à des peines de prison pour avoir menacé de mort Mila. 

Samuel Comblez, psychologue et directeur des opérations de l'Association e-Enfance, a expliqué à LCI ce qu'avait changé cette affaire dans la prise de conscience collective et la sanction du cyberharcèlement.

Le procès qui s'est ouvert jeudi [renvoyé au 21 juin, ndlr], est-il un grand pas en avant dans la reconnaissance du cyberharcèlement et la sanction de ses auteurs ?

Oui, il y a un avant et un après l'affaire Mila. Ce procès en cours a une forte valeur pédagogique, il montre que les harceleurs ne bénéficient pas d'impunité. Certes, sur les milliers de personnes ayant harcelé la jeune femme, seuls treize sont convoquées. Mais peut-être qu'à son issue, nous n'entendrons plus comme c'est le cas actuellement qu'il n'est pas possible d'aller en prison pour du harcèlement. Nous pourrons dire que si des jeunes sont allés en prison pour avoir écrit sur un réseau social "tu vas mourir", "je vais te violer" ou avoir liké un message haineux. Peut-être aussi qu'à l'inverse, si le verdict est clément, nous pourrons montrer que cette affaire confirme que le cyberharcèlement est impuni.

Avec ce procès, les Français se rendent compte également de la violence du cyberharcèlement ?

Oui, cette affaire met en lumière la réalité du cyberharcèlement et sa violence. Elle permet de rappeler qu'il ne s'agit pas d'un jeu entre enfants qui relève uniquement de la sphère privée. Le cyberharcèlement peut tuer, a des conséquences graves. La preuve : Mila est déscolarisée et vit sous protection policière. 

Il est important de rappeler qu’il existe plein de Mila partout en France. Des milliers d’enfants souffrent de la même manière ; qui n’ont pas l’audience médiatique de Mila. Je regrette que tous et toutes n’aient pas la chance de se faire entendre de la même manière. 

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Faut-il que les décideurs politiques s'emparent de tels sujets pour les faire évoluer ?

Ça commence, nous voyons que l'affaire Mila fait bouger les lignes sur le plan politique, sur le plan législatif. Nous nous en rendons compte dans les tentatives d’approche des politiques, les audiences que nous pouvons avoir auprès des députés. Les choses bougent. Notre société a parfois besoin de grands événements pour se dire qu’elle est face à un problème qu’elle a sous-évalué et qu'il faut prendre à bras le corps. 

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