Karim Benzema dénonce "une partie raciste de la France" : est-ce justifié ?

SOCIÉTÉ

DISCRIMINATION - Dans un entretien accordé au journal espagnol Marca, Karim Benzema a affirmé que sa non-sélection à l'Euro 2016 était due au fait que Didier Deschamps avait "cédé aux pressions d'une partie raciste de la France". Qu'en est-il vraiment ?

Des mots qui font du bruit. Dans une interview accordée au journal espagnol Marca, Karim Benzema revient sur sa non-sélection parmi les 23 internationaux qui disputeront le Championnat d'Europe à partir du 10 juin en France.

Selon l'attaquant, Didier Deschamps "n’est pas raciste, mais il a cédé à une partie raciste des Français". Des propos polémiques qui, une fois encore, ont placé l'avant-centre du Real Madrid dans la tourmente, tout en questionnant la société française. L’ex-Bleu a-t-il été écarté de l’Euro sous la pression de l’opinion publique ? La montée du Front national - qu’il évoque dans ce même entretien - a-t-elle joué un rôle dans la décision de l’entraîneur des Bleus ?

Un effet attentats ?

Contactée par Metronews, la journaliste Rose Laure, spécialiste dans les enquêtes sur la jeunesse et co-auteure avec le journaliste de L'Equipe Guillaume Dufy, du livre Les Très sales gosses* estime sans détour que "l’équipe de France s’aligne en effet à la pression médiatique". "L’affaire de la sextape (dont est victime son coéquipier Mathieu Valbuena et pour laquelle Benzema est mis en examen pour complicité, ndlr) a eu une telle résonance que le sélectionneur a sûrement choisi de jouer la cohésion d’équipe". La journaliste va même (beaucoup) plus loin, affirmant que "si ce scandale avait éclaté avant les attentats du 13 novembre, sa portée aurait été moindre et Benzema aurait sûrement été retenu pour l’Euro."

Benzema "n'aurait jamais dû entrer en équipe de France"

"Nous étions deux semaines après les attaques de Paris, les Français étaient encore sous le choc. Il est possible qu’une partie de la population ait fait un amalgame et que l’affaire de la sextape ait servi d’exutoire", argumente-t-elle. En outre, la frustration générale ressentie après les attentats aurait gonflé l’intérêt de l’opinion publique pour cette affaire. "Les gens étaient perdus, la France était à bout de nerfs. Une partie de la population a peut-être eu l’impression que l’ennemi était à l’intérieur" et a reporté son intention sur cette affaire.

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Une affaire dont s'était largement emparée le monde politique. Interrogée à ce sujet au micro d’Europe 1  en décembre 2015, Marine Le Pen avait carrément estimé que le footballeur "n'aurait jamais dû entrer en équipe de France". "Je pense que c'est quelqu'un qui a, à de multiples reprises, exprimé son mépris à l'égard de la France. Il a un comportement que les Français n'admettent plus de la part de gens qui gagnent des sommes faramineuses et qui se comportent comme des enfants gâtés".

"Sale climat" ou "foutage de gueule" ?

Un même son de cloche s'est fait entendre ce mercredi matin, où, à l'exception du socialiste Benoît Hamon qui a dénoncé un "sale climat" en France, l'ensemble de la classe politique a condamné les propos de Karim Benzema. Jusqu'au milieu associatif, où le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, n'a trouvé aucune justification aux propos du footballeur, parlant même de "foutage de gueule".

"Nous sommes face à un personnage qui montre un certain degré d'égoïsme et de narcissisme, et qui ne porte d'intérêt à la question du racisme que quand ça le concerne", a-t-il confié à l'AFP. "C'est un peu facile d'essayer de se soustraire à ses propres responsabilités avec des accusations lancées à la légère".

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A LIRE
>> Les Très sales gosses, de Guillaume Dufy et Rose Laure, Ed. Robert Lafont, 190 pages, 19 euros. Sortie le 2 juin.

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