Kit Harington : pourquoi l'acteur n’aurait pas dû se dire victime de sexisme

SOCIÉTÉ

DECRYPTAGE - En confiant être victime de sexisme dans une interview, l’interprète de Jon Snow dans "Game of Thrones", Kit Harington, a peut-être été un peu maladroit. Car parler de sexisme anti-homme, c’est comme parler de racisme anti-blanc : c’est oublier les rapports sociaux qui nous structurent, selon les sociologues interrogés par metronews.

Il croit savoir quelque chose, Jon Snow. Dans une interview donnée au Sunday Times Magazine le 31 mai, Kit Harington, acteur-vedette de la série Game of Thrones, se dit victime de sexisme. Et détaille ainsi : "Il y a évidemment du sexisme dans notre industrie contre les femmes, mais il y en a aussi contre les hommes. A certains moments, pendant des séances photo où on me demande de me déshabiller, je le ressens."  Avant de poursuivre : "Si vous demandez à une fille si elle aime se faire appeler ‘bébé’, et qu’elle répond ‘non, pas vraiment’, elle aura absolument raison. J’aime à penser que je suis plus qu’une coupe de cheveux ou un regard. C’est dégradant."

Une déclaration bien candide qui, depuis hier mardi, fait gentiment sourire sur les réseaux sociaux et suscite quelques moqueries bien senties de le part des internautes. Mais qui a le mérite de poser une question : peut-on parler de sexisme anti-homme ? Dans sa définition stricte, le sexisme est une attitude discriminatoire fondée sur le sexe. Mais encore faut-il le replacer dans son contexte. Pour y voir plus clair, metronews a interrogé Mélanie Gourarier, docteure en anthropologie sociale, spécialiste du genre. Sa réponse est sans équivoque : "Parler de sexisme anti-homme, c’est exactement comme évoquer le racisme anti-blanc. Il faut penser qu’une question de discrimination, comme ici le sexisme, s’inscrit dans des rapports sociaux structurels."

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Victime de sexisme ou objet sexuel ?

Et l’anthropologue de poursuivre : "Il existe bien une représentation de la nudité masculine, une mise en avant des hommes pour leur beauté plastique, mais elle n’est pas symétrique à la façon dont le corps des femmes fait l’objet d’appropriation, dans la société en général. Le corps des femmes est surinvesti d’enjeux - avec les questions de voile ou de mini-jupe, par exemple. Ce n’est pas le cas du corps des hommes." Résumons : le sexisme relève d’un système, et dans ce système, ce sont les femmes qui sont discriminées dans leur immense majorité, par rapport aux hommes. Ce qui rend l’expression de sexisme anti-homme… complètement déplacée.

Dès lors, quel mot, quelle qualification poser sur le douloureux constat dressé par Kit Harington ? C’est Iris Brey, universitaire et auteure de Sex and the series (éditions Soap), qui lui donne un coup de pouce, en évoquant l’objectification, soit le fait de devenir un objet sexuel. "On a l’impression qu’il découvre ce que c’est de devenir un objet, ce qui arrive par ailleurs à toutes les très jolies filles dans l’industrie du cinéma ou de la musique" avance-t-elle.

"Il dénonce quelque chose qui n'a pas de sexe"

"Je pense que les internautes l’ont moqué car il dénonce quelque chose qui n’a pas de sexe. Bien sûr que c’est désagréable d’être perçu comme un objet sexuel, pour les hommes comme pour les femmes. Alors on peut saluer sa prise de conscience, mais tout de même dire que ses propos sont maladroits. Il faut rappeler qu’il n’a jamais eu à apparaître complètement nu, de face, dans Game of Thrones, contrairement à Daenerys (Emilia Clarke, ndlr), par exemple." Un mini coup de gueule à côté de la plaque, donc, surtout dans le cadre d’une série où la nudité et l’objectification sexuelle sont encore – et de loin – l’apanage des femmes.

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