"L'auto-harcèlement numérique", un phénomène d'auto-mutilation plus fréquent qu’on le pense

SOCIÉTÉ

MAL-ÊTRE - Prendre une fausse identité pour publier en ligne des commentaires malveillants à propos de soi-même, c'est plus répandu qu'on l'imagine. Comme le démontre une étude américaine révélant que de plus en plus de jeunes aux Etats-Unis "se trollent" eux-mêmes sur les réseaux sociaux.

En août 2013, le monde s'émouvait de la mort de Hannah Smith, l'adolescente britannique qui avait mis fin à ses jours suite au cyber-harcèlement dont elle était victime en ligne. 

Six mois plus tard, les enquêteurs révélaient que la jeune femme s'était "auto-harcelée" sur le réseau social, responsable de la grande majorité des messages haineux à son endroit. Sans faire abstraction des nombreux phénomènes de cyber-harcèlement, il existe aussi donc une nouvelle tendance à "s'auto-troller". 

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Cyber harcelées : chroniques de l'impunité 2.0

Ce nouveau phénomène d'auto-harcèlement est également qualifié de "self-cyberbullying" ou encore de "self-trolling" et c'est Libération qui le met justement en lumière

Comment expliquer l'"auto-harcèlement numérique" ?

Suite à l'affaire Hannah Smith, Hameer Hinduja, professeur à l’école de criminologie de l’université Atlantic de Floride, et Justin W. Patchin, professeur de criminologie à l’université Eau Claire du Wisconsin, ont réalisé une étude sur ces "instigateurs à la fois bourreau et victime". Et leur conclusion de se révéler fort édifiante...

En effet, sur un échantillon de 5 593 personnes âgées de 12 à 17 ans, tous élèves de collège et de lycée, près de 6% des ados ont déclaré avoir publié anonymement quelque chose de méchant en ligne les concernant. En d'autres termes, un lycéen sur 25 a pratiqué "l'auto-harcèlement en ligne". Parmi eux, environ la moitié (51,3%) a dit l’avoir fait une seule fois, un tiers (35,5%) quelques fois, tandis que 13,2% ont dit l’avoir fait de nombreuses fois. 

L'étude ajoute que les motivations de ce "self-cyberbulling" sont liées à des miasmes pathologiques : la haine de soi, la quête d'attention et le besoin de faire réagir autrui. 

Je ne crois pas que les parents prennent cette menace d'auto-harcèlement numérique très au sérieux- Steven Tobias, psychiatre

Le psychiatre américain Steven Tobias va même plus loin, considérant ce "phénomène" lié à l'image que l'on a et que l'on renvoie à l'autre, comme une nouvelle forme d'auto-mutilation : "C'est une nouvelle manifestation d'affects liés à l'adolescence. L'auto-trolling est un nouvelle façon de s'auto-mutiler. Je pense que certains enfants font cela pour que l'on prête attention à eux, pour voir de la compassion sur leur mal-être. Mais je suis persuadé aussi qu'un nombre considérable de gens pratiquement l'auto-trolling parce que cette pratique reflète la manière dont ils se perçoivent."

Avant de poursuivre : "Je suis très inquiet sur cette générations d'adolescents. Les nouvelles technologies vont malheureusement contribuer, de manière signifiante, à amplifier ces problèmes. Et je ne crois pas que les parents prennent cette menace d'auto-harcèlement numérique très au sérieux." 

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De manière générale, pour éviter la propagation du phénomène, il importe que les parents fassent attention à la manière dont leurs enfants usent du numérique, comme en témoignent les récentes tentatives de suicide en direct sur Facebook. Et l'on aurait tort de confiner le problème aux Etats-Unis. 

En France, en mai dernier, une adolescente de 15 ans a été sauvée in extremis par la police alors qu’elle tentait de se suicider en direct sur Facebook. Un drame évité de justesse intervenant au moment où Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, annonçait que le réseau social allait embaucher 3000 personnes supplémentaires pour filtrer les contenus violents après plusieurs meurtres ou suicide en direct...

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