Lutte contre les inégalités : l'éducation prioritaire ne marche pas, selon un rapport

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ÉDUCATION - Dans un rapport très sombre rendu public ce mardi, le Cnesco, l'organisme scientifique d'évaluation de l'école, éreinte la politique éducative menée par la France depuis des années, qui est devenue "le pays le plus inégalitaire de l'OCDE".

Une "longue chaîne de processus inégalitaires". C'est en ces termes peu amènes que le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), qui a tenté de comprendre "pourquoi la France est devenue le pays le plus inégalitaire de l'OCDE", décrit notre système scolaire dans son rapport publié ce mardi. 


"Le poids de l'origine sociale des élèves sur leur réussite scolaire est bien plus important chez nous que chez nos voisins 'comparables', et [ce poids] s'est aggravé sur un temps très court", égratigne Georges Felouzis, l'un des chercheurs qui ont participé à cette synthèse d’une vingtaine de rapports, dont Le Monde a dévoilé les contours. 

On est loin du mythe de l'égalité des chancesle Cnesco, dans son rapport

Un certain nombre de facteurs expliquent l'aggravation des inégalités sociales dans l'école française, détaille dans sa copie le Cnesco, créée en 2013. Mais l'organisme public met surtout en lumière "les effets pervers" de l'éducation prioritaire, mise en place il y a plus de 35 ans pour aider les établissements situés dans des zones socialement défavorisées. Stigmatisation des établissements, départ des familles les plus favorisées, rétrécissement de la composition sociale de ces écoles et dégradation du niveau des élèves... Autant d'effets qui accroissent inexorablement les ségrégations sociale et scolaire, selon le Cnesco. 


Malgré des moyens supplémentaires, l'éducation prioritaire peine à créer une vraie différence. Pire, elle ne renforce pas "les dimensions cruciales dans les apprentissages des élèves, tels que le temps d'enseignement, leur expérience, la qualité des méthodes pédagogiques, etc.", déplore encore ce rapport. Bref, "on est loin du mythe de l'égalité des chances (...) et plus encore de la promesse de 1982 de donner plus à ceux qui ont moins", conclut le texte, cinglant.

"On est loin du mythe de l'égalité des chances"Le Cnesco, dans son rapport

Dans un communiqué, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem a pourtant tenu à défendre ce sysème, sur lequel s'appuient les gouvernements successifs depuis plus de 30 ans. "L'éducation prioritaire est un levier efficace de lutte contre les inégalités", a-t-elle répondu, en rappelant qu'elle a actualisé la carte territoriale de ce dispositif, pour "mieux cibler les élèves les plus fragiles".


Les établissements en éducation prioritaire bénéficient certes de moyens supplémentaires, mais qui ne suffisent pas à créer une véritable différence, selon le Cnesco. Ainsi, les classes ne comptent en moyenne que deux élèves de moins que dans les établissements classiques. A l'inverse, les élèves, souvent défavorisés, de ces écoles et collèges ont des temps d'enseignement plus courts (à cause de problèmes de discipline), des enseignants moins expérimentés, davantage de non-titulaires (contractuels non formés), un climat scolaire moins favorable et un entourage de "pairs" peu porteur. Bref, "on est loin du mythe de l'égalité des chances", estime le rapport.


Là encore, la ministre répond que les enseignants ont "un référentiel de l'éducation prioritaire", avec "des principes d'actions pédagogiques et éducatives, validés par l'expertise des personnels et les apports de la recherche".

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