FACT CHECK - L'Elysée a-t-il dépensé 500 000 euros pour un nouveau service d'assiettes ?

FACT CHECK - L'Elysée a-t-il dépensé 500 000 euros pour un nouveau service d'assiettes ?

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SOCIÉTÉ - Depuis quelques jours, l'Elysée est au centre d'une polémique sur ses dépenses en vaisselle. Emmanuel Macron a commandé à la Manufacture de Sèvres un nouveau service. Mais pour quel prix : 50 000 ou 500 000 euros ? On fait le point.

Emmanuel Macron a commandé un nouveau service de vaisselle pour l'Elysée : 1200 pièces, dont 900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain. C’est la Manufacture de porcelaine de Sèvres qui a été chargée de produire ce service de table. Cet établissement renommé, datant du XVIIIème siècle, fait partie intégrante de l'Histoire du patrimoine National. Mais les Français s’interrogent sur la facture, 50 000 ou 500 000 euros ? A l'origine de cette polémique, deux publications contradictoires des hebdomadaires le JDD et le Canard Enchaîné. Dimanche dernier, le JDD annonce un budget de 50 000 euros alloué à cette nouvelle création. Mercredi, l’édition du Canard enchaîné revoit le chiffre à la hausse, affirmant que le coût dépasserait le demi million d’euros. La situation est plus complexe. On vous explique. 

Une facture englobée dans les subventions allouées par l’Etat

Tout d’abord, la Manufacture de Sèvres appartient à l’établissement public “Cité de la céramique Sèvres et Limoges”, qui gère également deux musées nationaux : le musée national de Céramique et le musée national de la porcelaine Adrien-Dubouché. 

A ce titre, la Cité de la céramique Sèvres et Limoges reçoit une subvention annuelle du Ministère de la culture de 14 millions (14 360 000€ en 2018) pour le fonctionnement et l’investissement de ces trois lieux. Jointe par LCI, la directrice générale de Sèvres, Romane Sarfati, précise qu’il est difficile de saisir quel montant exact revient à la Manufacture : “le budget de plusieurs département comme l’administration, l’entretien et la sécurité des bâtiments et le développement culturel, sont mutualisé pour les trois sites”. 


Comme pour la manufacture de tapisserie des Gobelins et plusieurs autres établissements d’art et d'artisanat, ces subventions annuelles ont pour but d’aider à la préservation du savoir-faire français et au rayonnement de la culture française. Elles sont versées à la Manufacture de Sèvres sous cette forme depuis qu’elle est devenue un établissement national, en 1876. En échange, elle a “toujours eu pour mission de produire et livrer des services de table et des pièces de décors à l’Élysée, à Matignon et au Ministère de la Culture”. Le budget de production du service de table de l’Élysée est donc compris dans le budget de fonctionnement annuel de l’établissement.

Qu’en est-il des chiffres annoncés ?

Le chiffre du Canard Enchaîné est faux, puisque l’hebdomadaire s’est appuyé sur les prix de vente publics de la Manufacture de Sèvres, qui ne sont pas appliqués à l’Etat, dans le cadre de ce partenariat de plusieurs siècles. En revanche, une enveloppe de 50 000€ a bien été attribuée à l’établissement par le Ministère de la culture, en plus des subventions annuelles. Romane Sarfati explique à LCI : “Nous avons organisé un concours pour choisir l’artiste qui décorerait ce service. Cette enveloppe nous permettra de couvrir la rémunération des artistes pré-selectionnés - qui nous ont proposé des esquisses - la rémunération du lauréat pour son projet artistique et son travail de réalisation, ainsi que des frais techniques.” Ce lauréat, c’est le français Evariste Richer, qui a imaginé ce service baptisé “Bleu Elysée” en référence au fameux bleu de Sèvres. L'artiste contemporain a travaillé sur une découpe du plan du palais de l’Elysée en 300 cercles. En reproduisant un extrait différent du plan sur chacune des assiettes, Evariste Richer livre un service composé exclusivement de pièces uniques. “C’est un projet artistique qui, graphiquement et symboliquement, dépasse l’art de la table” décrit Romane Sarfati. 


La création de ces assiettes, fabriquées par les artisans puis décorées à la main, est un long processus, leur livraison s’échelonnera donc sur 3 ans. Pour cette raison, le coût réel ne peut pas encore être défini actuellement. Néanmoins, cela n’a rien d’exceptionnel puisque Georges Pompidou, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, avaient également commandé des services de table de la Manufacture de Sèvres, en collaboration avec des artistes renommés.

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