Interpellations et consommation en hausse : faut-il réguler le cannabis sur le modèle des jeux en ligne ?

Interpellations et consommation en hausse : faut-il réguler le cannabis sur le modèle des jeux en ligne ?

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SANTÉ - Dans un rapport publié ce mardi, Terra Nova, le think-tank de gauche, favorable à la légalisation du cannabis, constate l’échec des réponses pénales ou de prévention face à la consommation de la substance. Il préconise donc la mise en place d’une autorité de régulation, comme cela a été fait pour les jeux de hasard en ligne.

Comparer jeux de hasard et d’argent et consommation de cannabis ? Le parallèle peut paraître curieux. Pourtant, c’est ce que fait Terra Nova, dans un rapport rendu ce mardi : le think-tank classé à gauche estime que, pour mieux encadrer la consommation de cannabis, il faut dépénaliser la substance et créer une instance de régulation, comme ce qui a été fait pour le marché des jeux en ligne. 


Car le constat est loin d’être rose : 700.000 Français de 15 à 75 ans consomment quotidiennement du cannabis, soit une augmentation de 17% depuis 2010 ; 1, 4 million de Français en consomment régulièrement , soit au moins 10 joints par mois. Des chiffres qui placent la France en tête des classements européens en la matière. Force est donc de constater que les politiques menées ces dernières années n’ont pas eu d’efficacité. En dramatisant la situation et ne mettant pas suffisamment l’impact sur les risques liés à l'usage du produit, les campagnes de prévention ont ainsi eu un effet très limité, voire contre-productif. Quant à la lutte policière, elle "est en surchauffe", elle n’a "jamais été aussi active et aussi inefficace", note l'étude. Selon Terra Nova, elle n’arrive pas à enrayer l’offre et fait face à une explosion du marché des drogues, via Internet, qui propose une offre livrée à domicile, avec une herbe de plus en plus de qualité.  Un phénomène qui s’ajoute à l’autoculture individuelle, là aussi largement implantée en France : un joint sur 10 fumé dans l'Hexagone en 2005 venait de cette pratique -il n'y a pas de chiffre plus récent. 

Une véritable "épidémie de cannabis"

Sur le plan de la répression, les chiffres le montrent : les interpellations pour possession ou usage de cannabis ont plus que doublé sur la décennie 2000 (voir graphique ci-dessous). En 10 ans, le nombre de saisies de drogues par colis postaux a quant à elle augmenté de 300%. Pourtant, le nombre de consommateurs a continué de croître, au point qu’on parle désormais "d’épidémie de cannabis". "De façon plus inquiétante, on observe des usagers de cannabis de plus en plus jeunes", indique encore le document. Les premières expérimentations de cannabis sont par exemple observées dès la classe de 4e, à l’âge de 13 ans : 11% des élèves de ce niveau disent avoir fumé déjà au moins une fois du cannabis au cours de leur vie.

Pour tenter de lutter efficacement contre le phénomène, Terra Nova préconise donc depuis 2014 la dépénalisation du cannabis. Dans son nouveau rapport, le centre de réflexion propose notamment la mise en place d’une autorité de régulation, comme cela a été fait avec les jeux d’argent et de hasard en ligne, légalisés en 2010. Le pari était alors d’assécher l’offre illégale, en faisant venir une majorité de joueurs sur des sites légaux, ce qui permet de réduire les pratiques problématiques. En ce qui concerne les jeux en ligne, l'Arjel, l'Autorité de régulation des jeux en ligne, a aussi été mise en place. Elle contraint les opérateurs à de la prévention et les oblige à œuvrer pour la réduction des risques du jeu pathologique.  

Mêler les règlementations de la lutte anti-tabac et du jeu en ligne

Quelques années après, un premier bilan montre que malgré une "certaine progression" des pratiques de jeu des Français, le nombre de joueurs dits "excessifs" est resté stable. Pour Terra Nova, la légalisation du cannabis permettrait donc de contrôler le prix du produit, et du même coup, l’évolution de la consommation. La production de cannabis pourrait se faire soit par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’Agriculture, soit par des entreprises étrangères. Et dans tous les cas, elle répondrait à un cahier des charges strict : le dosage en THC (tétrahydrocannabinol, le  cannabinoïde le plus abondant), qui explose aujourd’hui, serait limité et la vente confiée à des détaillants ayant un agrément. Cela pourrait être des bureaux de tabac, des pharmacies ou des boutiques dédiées. 


Un bémol important cependant : dans le modèle de régulation des jeux en ligne, l’Etat a dû faire des concessions, en l’occurrence sur l’autorisation de la publicité. Terra Nova reconnaît d'ailleurs que les opérateurs pratiquent, pour les jeux d’argent, un véritable "marketing agressif", voire totalement débridé". Pour éviter ce problème, le think-tank propose d’appliquer également au marché du cannabis des règlementations de la lutte anti-tabac, comme l’interdiction de la vente aux mineurs,  l'interdiction de la publicité ou de la consommation dans les lieux collectifs, des avertissements sanitaires, des packaging neutres ou encore l’augmentation des taxes. 

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