La Chine stoppe ses importations de déchets :  comment la France va devoir s'adapter

La Chine stoppe ses importations de déchets : comment la France va devoir s'adapter

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INTERVIEW - La décision de la Chine d'interdire l'importation de certains types de déchets est un coup de massue pour la filière française du recyclage. Chaque année, nous y exportons des millions de tonnes de métaux, textiles ou plastiques. Un spécialiste nous explique ce qui va maintenant se passer.

La Chine a dit stop. Le 18 juillet dernier, elle a annoncé vouloir interdire dès la fin de l’année l’importation de 24 types de déchets en provenance de l’Union européenne. Parmi eux, certaines sortes de plastiques et de textiles comme le coton ou la laine, les papiers non triés, ou encore des déchets provenant de la fabrication du fer ou de l'acier. 


Pour se justifier, le ministère chinois de la Protection de l’environnement avance sa volonté de "protéger les intérêts environnementaux de la Chine et la santé des gens", ainsi que de lutter contre la contrebande des déchets. Pourtant de bon aloi, cette décision, brutale, suscite l’inquiétude des acteurs du recyclage en France.

Un manque d'infrastructures

Bien qu'il soit pour le moment impossible de chiffrer la quantité de déchets qui ne pourront plus être envoyés en Chine, les stocks sont, selon un communiqué de Federec, la Fédération des entreprises du recyclage, déjà en train d'augmenter.  En effet, les exportations subissent déjà depuis plus de six mois des contrôles renforcés de la part des autorités chinoises. Environ 6.000 conteneurs sont à ce titre bloqués sur le port de Hong Kong. Pour faire face à la situation, des solutions d'urgence vont donc devoir être prises par la filière du recyclage. 


D'après Jean-Philippe Carpentier, président de Federec, interrogé par LCI, les professionnels vont tout d'abord tenter de trouver un moyen d'exporter ces déchets en moyen-export, vers des pays comme la Turquie ou l'Inde, deux nations qui nous achètent déjà de grandes quantités d'acier et de métaux. "Mais c'est sûr, la quantité de déchets qui était envoyée en Chine ne pourra pas être égalée. On va certainement devoir en incinérer plus", précise-t-il. Selon les prédictions de ce professionnel, la période de turbulence devrait durer "entre 12 et 18 mois". Le temps de s'adapter et que, peut-être, la Chine assouplisse les règles. "Le problème, c'est que nous ne disposons pas forcément de tous les équipements et de toutes les infrastructures de recyclage nécessaires", explique-t-il.

C'est une formidable opportunitéJean-Philippe Carpentier, président de Federec

Pour autant, pas de quoi se laisser abattre. Car pour Jean-Philippe Carpentier, cet événement a aussi du bon. "C'est une formidable opportunité d'accroître le recyclage en France et en Europe", se réjouit-il. Dans cette optique, la Federec et le Bureau international du recyclage (BIR) souhaitent d'ailleurs être reçus par le ministère de l'Environnement pour discuter de la situation et tenter d'obtenir des financements.


Selon lui, les enjeux sont simples : automatiser davantage le traitement des déchets et trouver des débouchés pour ceux-ci. Car les Français ne sont pas d'assez gros consommateurs de matière première recyclée. A l'inverse, les Chinois eux, utilisent par exemple énormément de déchets plastiques pour fabriquer des emballages.

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Les exportations vers la Chine en augmentation de 20% par an

Chaque année, la France produit près de 350 millions de tonnes de déchets. Près d'un quart d'entre elles sont recyclées et parmi elles, environ 5% le sont à l'étranger. Soit 14,5 millions de tonnes. Si l'Hexagone expédie majoritairement ses déchets vers l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg, les exportations vers la Chine, première importatrice du monde, sont en pleine explosion : + 20% par an. Nous y envoyons en majorité des métaux non ferreux, des papiers et cartons ou encore des plastique - à hauteur de 9 millions de tonnes pour ces derniers, réparties entre les différentes familles (PET, PVC, PE). A noter qu'il n'y a pas de chiffres précis pour les autres types de déchets exportés au Pays de l'Empire du Milieu.


Les déchets qui ne sont pas exportés sont pour leur part en majorité recyclés. En 2014, 24,4 millions de tonnes ont ainsi été recyclées en France selon l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energiel (Ademe). Les papiers-cartons l'étaient à 96%, les métaux à 76% et le verre à 74%. Les plastiques n'étaient en revanche recyclés que dans 26% des cas. Sur toutes ces matières recyclées, 17 millions de tonnes ont été utilisées dans les processus de fabrication de nouveaux matériaux et 18 millions ont été entreposées dans des centres de stockage. Pour une partie d'entre elles, le gaz, composé en partie de méthane, qui s'échappe lors de leur dégradation naturelle est récupéré. 


Toujours en 2014, 14,4 millions de tonnes ont été également été incinérées "avec production énergétique" électrique ou thermique. 240.000 tonnes ont en revanche été brûlées sans production d'énergie. Avec 126 incinérateurs, la France se classe parmi les plus gros pratiquants de ce genre d'élimination des déchets. Elle possède près d'un quart du parc européen. Enfin, 8,5 millions de tonnes de matières organiques ont été compostées. Un bond de 17% en deux ans.

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