La combinaison de Serena Williams dérange le patron de la FFT :"Une caricature du contrôle du corps des femmes par les hommes"

La combinaison de Serena Williams dérange le patron de la FFT :"Une caricature du contrôle du corps des femmes par les hommes"

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SEXISME - La tenue de la multiple championne de tennis Serena Williams, lors de la dernière compétition de Roland-Garros, n'a pas plu au patron de la Fédération française de Tennis (FFT). A tel point que Bernard Giudicelli ne souhaite plus que cette combinaison vienne fouler la terre ocre du court central. Regard d'une sociologue spécialisée sur les questions de genre.

Serena Williams ne pourra plus arborer son costume de super-héroïne. C'est en tout cas ce qu'a décrété le patron de la Fédération française de tennis (FFT), Bernard Giudicelli, au cours d'un entretien à Tennis Magazine relayé par L'Equipe. Il réagissait alors à la tenue - une combinaison noire près du corps agrémentée d'une ceinture rose - portée par la joueuse la plus titrée du Grand Chelem à Roland-Garros, l'an passé.


"Je crois qu'on est parfois allé trop loin" a-t-il déclaré. "La combinaison de Serena Williams cette année, par exemple, ça ne sera plus accepté. Il faut respecter le jeu et l'endroit". Et le président de la FFT de poursuivre : "Si je fais passer une émotion avec quelque chose qui est beau dans un endroit qui est beau, l'émotion est magnifiée."

Nouveau dress-code ou contrôle du corps des femmes ?

De son côté, la joueuse de tennis avait justifié ainsi le port de sa combinaison très remarquée, tranchant franchement avec les vêtements traditionnellement portés par les championnes des courts : "Je l'appelle mon costume Wakanda", a-t-elle dit, en référence au film "Black Panther" de Marvel, présentant une galerie de super-héros noirs. "On l'a pensé avant le film, mais quand même, il m'y fait penser. Je me sens comme une princesse guerrière dedans. J'ai toujours voulu être une super-héroïne." Mais cette tenue n'était pas uniquement dictée par l'amour du style : elle permettait également à Serena Williams d'éviter la formation de caillots de sangs, suite à l'accouchement difficile qu'elle avait traversé plus tôt dans l'année. 


Des raisons de santé, donc, qui ne trouvent visiblement pas grâce aux yeux de Bernard Giudicelli. Mais pour les observateurs, cette décision de la FFT va plus loin que le seul établissement d'un dress-code un peu strict. Sur les réseaux sociaux, nombreuses et nombreux sont les internautes qui pointent du doigt le sexisme de cette remarque. 

Sa fonction de président de la FFT ne lui autorise pas toutSandra Frey

Alors les nouvelles règles de la FFT esquissées par son directeur sont-elles une forme de contrôle du corps des femmes ? Pour en savoir plus, nous avons posé la question à Sandra Frey, politologue et sociologue spécialisée dans les rapports sociaux de sexe et les questions de genre, à l'université Montpellier 3. Elle considère que "Serena Williams est une multiple championne et aussi une personne qui innove beaucoup en matière d'habillement des sportives". La sociologue poursuit : "Elle ne sort pas de la lune quand elle arrive avec cette combinaison. Elle avait déjà présenté par le passé une gamme de soutiens gorge de sport pour femmes. Donc en ce qui la concerne, porter cette combinaison correspond à un cheminement cohérent. Elle est légitime à avoir porté cela au lieu d'une jupette. Sans compter qu'elle a invoqué des raisons médicales."


Et face à elle, qui a-t-on ? "Quelqu'un dont la légitimité est parfaitement relative" poursuit Sandra Frey. "Il ne dirige même pas Roland-Garros. Surtout, sa fonction de président de la FFT ne lui autorise pas tout. Il parle comme si son avis faisait autorité en matière de vêtements, sous-entend que Serena Williams aurait manqué de respect au lieu des matchs - ce qui est aberrant - et enfin ajoute un commentaire subjectif sur 'la beauté' de son habillement. Ce qui est totalement subjectif. Donc on est bien là dans la caricature du contrôle du corps des femmes par les hommes... et l'incarnation du patriarcat." 


Notre interlocutrice va même plus loin et estime que cette décision "pose le problème de la féminisation dans les instances de pouvoir". Et nous enjoint à jeter un œil à la composition du comité exécutif de la FFT. On l'a fait : les trois principales fonctions du bureau sont en effet occupées par des hommes. La première femme de l'organigramme étant Martine Gérard, au poste de vice-présidente en charge du bénévolat et de la vie associative. Au total, elles sont 5 femmes pour 13 hommes. 

Serena Williams joue l'apaisement

Quant à Serena Williams, elle a préféré jouer la carte de l'apaisement. Ce samedi 25 août en conférence de presse, elle précise que Bernard Giudicelli et elles ont "une super relation" et qu'ils ont échangé à ce sujet la veille. "Je ne sais pas trop ce qu'il a voulu dire", poursuit-elle. "Mais tout va bien. En matière de mode, on ne veut pas être récidiviste..."

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