La dessinatrice du livre "On a chopé la puberté" dénonce les "proportions sidérantes prise par cette polémique"

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"LYNCHAGE COLLECTIF" - Une des auteures de l’ouvrage "On a chopé la puberté", critiqué en ce qu'il "hypersexualiserait", a annoncé qu'elle cesserait de dessiner pour la collection des Pipelettes.

Elle est amère. Et a voulu prendre la parole pour donner son point de vue, sur toute cette polémique. Anne Guillard, une des illustratrices du livre "On a chopé la puberté", qui a fait l’objet d’une pétition demandant son interdiction, publie ce mercredi une note sur son blog. Manière de s’exprimer, après l’emballement suscité depuis le vendredi 2 mars sur les réseaux sociaux par ce livre destiné aux pré-ados. La dessinatrice annonce d’ores et déjà qu’elle va stopper intégralement l’univers des Pipelettes, nom de la série du livre, et déplore les "proportions sidérantes prises par cette polémique", tout autant que l’arrêt de la commercialisation de l’ouvrage qui en a découlé. 

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Rappel des faits : jeudi 1er mars, une page Facebook "La rage de l’utérus" publie des illustrations et passages issus d’un livre sur la puberté. Des images qui montrent des dialogues jugés maladroits, voire sexistes : "On voit mes bout de sein, ça craint", "Grâce à tes seins en plein développement, tu as enfin attiré l’attention du bel Ethan, dont tu es secrètement amoureuse ; grâce à tes nouvelles formes, tu convaincs ta mère de renouveler totalement ta garde-robe, et d’aller faire du shopping", peut-on notamment lire sur les extraits mis en ligne. 

"Tu as 9 ans, tu es enfin un objet sexuel, voilà en gros le message des éditions Milan en 2018 aux jeunes filles dans 'On a chopé la puberté'", dénonce le collectif sur sa page Facebook. Très vite, Internet s’emballe, les extraits sont relayés et une pétition demande le retrait du livre. Après avoir tenté d’expliquer l’univers de la série – les histoires de quatre copines –, samedi, les éditions Milan finissent par annoncer que le livre ne sera pas réimprimé, tout en s’engageant à poursuivre la collection.

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Il aura fallu à peine 48 heures pour ruiner publiquement cet univers vieux de 10 ans- Anne Guillard

Mais ce sera sans elle, annonce donc Anne Guillard, co-auteure avec Séverine Clochard et Mélissa Conte. "Il m’est impossible de continuer de dessiner Les Pipelettes comme s’il ne s’était rien passé, ce qui reviendrait à accepter tacitement cette situation", détaille la dessinatrice dans une lettre ouverte intituée "Tchao". "Le résultat de cette polémique éclair sera donc la disparition de toute une collection créée, écrite, et éditée par des femmes, et publiée par un éditeur jeunesse qui s’est publiquement engagé pour l’égalité des sexes."

Elle rappelle que Les Pipelettes sont "à l’origine les héroïnes d’une petite BD d’humour publiée depuis 10 ans dans un magazine ; elles sont très populaires auprès des jeunes lectrices [...] Il aura fallu à peine 48h pour ruiner publiquement cet univers". Elle déplore, qui plus est, le "lynchage collectif" qui a œuvré, et les conséquences directes des emballements sur les réseaux sociaux. "148.249 personnes mobilisées contre un livre écoulé à 5000 exemplaires : donc des gens qui n’ont pas lu ce livre avant de le critiquer accusent l’éditeur de ne pas avoir lu ce livre avant de le publier, et estiment devoir empêcher les autres de le lire", calcule-t-elle.

"Vous avez le droit de trouver que les auteures auraient pu donner des conseils plus judicieux, ou que les extraits que vous avez vus tourner ne sont pas adaptés ; vous avez le droit de trouver ce livre idiot, ringard ou inapproprié", poursuit-elle, répondant plus ou moins sur le fond des reproches qui étaient faits aux livres. "Mais si vous réclamez qu’on fasse disparaître un ouvrage parce que vous n’en approuvez pas le contenu, alors c’est vous qui vivez au Moyen-Âge." Elle répond aussi aux accusations de racisme dont elle a été victime "pour avoir dessiné 4 héroïnes 'toutes stéréotypées, blanches, pas assez racisées !' … Alors que j’avais seulement dessiné mes amies d’enfance, à qui ces BD autobiographiques ont été publiquement dédiées dès le début." Avant de conclure : "C’est bien d’avoir à cœur de préserver l’âme de nos petites filles contre les livres dangereux. Et comme vous êtes des adultes vigilants, vous n’oublierez pas non plus de les mettre en garde contre les dangers des réseaux sociaux et des lynchages collectifs."

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