La "Fête à Macron" sous haute surveillance : 2000 forces de l'ordre le long du cortége à Paris samedi

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CONTESTATION – Après le défilé du 1er mai - perturbé par de violents heurts - la préfecture de police a présenté le dispositif des forces de l'ordre pour couvrir la manifestation du 5 mai, organisée par des anciens de Nuit Debout, dont François Ruffin. 2.000 gendarmes mobiles et CRS seront mobilisés. De leur côté, les organisateurs vont déployer un service d'ordre, d'environ 150 personnes.

C’est sûr, les images des violences ont pesé sur la manifestation de samedi. Les polémiques aussi. Les violents heurts commis mardi lors de la manifestation du 1er mai ont mis sous les projecteurs, mais aussi sous pression, la "fête à Macron", qui  ce tient ce 5 mai samedi. Cette "marche", qui se veut "familiale", "festive", avait été lancée le 4 avril à Paris par le député France insoumise François Ruffin et l’économiste Frédéric Lordon, et d’autres anciens de Nuit Debout. Plusieurs partis de gauche (LFI, PCF, NPA, Génération-s), des syndicats, des associations, appellent à se joindre le mouvement. Y a -t-il un risque similaire samedi ?  A quoi s'attendre ?

2.000 CRS et gendarmes mobiles déployés

Le contexte est particulier au point que le préfet de police Michel Delpuech a fait une conférence de presse vendredi matin pour parler du dispositif policier. Le contexte est, d'abord, différent, a-t-il tenu à rappeler. Mardi 1er mai, les black-blocs avaient annoncé leur mobilisation sur les réseaux sociaux, et la date était aussi particulière : "La date du 1er mai 2018 apparaît comme une belle occasion de fêter à notre manière le cinquantenaire du soulèvement", expliquaient-ils dans l'appel aux troupes, promettant "une journée en enfer". Au point que la veille, la préfecture avait envoyé un communiqué plutôt alarmant aux rédactions, annonçant un "risque de trouble à l’ordre public", et pointant "des militants de groupes contestataires qui entendent s’en prendre violemment aux forces de l’ordre et aux symboles du capitalisme." 


Pour l’instant, "il n'y a pas d'appels du même type sur les réseaux sociaux", a constaté le préfet lors de la conférence de presse. Mais, comme le pointent aussi les autorités, s’ils étaient particulièrement nombreux le 1er mai, environ 1.200, ces militants extrémistes s’invitent de plus en plus régulièrement dans les manifestations. "Il y a tout lieu de penser que des individus animés par le seul désir de commettre des violences tenteront de nouveau, de s'intégrer en manifestation, afin de constituer un black-bloc", estime d'ailleurs le préfet. 


Il annonce ainsi un "dispositif d'ampleur", "conformément aux engagements pris par Gérard Collomb qui a tenu à mettre à disposition des moyens particulièrement importants", pour couvrir la manif'. Ce sont en effet 2.000 policiers et gendarmes mobiles qui seront mobilisés sur le dispositif dans son ensemble (maintien de l'ordre, interpellations, circulation...), contre 1.500 lors du 1er-Mai. "C'est un dispositif conséquent et puissant", a insisté le préfet. "Vous avez là la traduction de l'effort supplémentaire voulu par le gouvernement". En amont, se tiendront les "opérations habituelles de contrôle", qui seront menées "dans un large périmètre, notamment au sortir des stations de métro. Les stations situées sur le linéaire de la manif', qui va d'Opéra à Bastille, seront d'ailleurs fermées. Les consignes sont "très claires" : le préfet veut "interpeller toute personne venant sur la manif' en portance d'objets pouvant servir d'armes". 

Eviter le contact direct

Le préfet a au passage défendu la stratégie de la gestion "à distance" faite par les force de l'ordre mardi dernier. "Ils se déploient sans être au contact direct avec les manifestants", explique-t-il. "Il n'est pas question de déployer des effectifs sur des sites ou établissements pour les protéger. On prendrait le risque de la double-peine : car cela n'empêcherait pas les dégradations, mais on prend aussi le risque de blessés graves de part et d'autres, ce qu'on cherche à éviter. " Il a rappelé que "les fonctionnaires ne sont pas là pour être la cible de cas agresseurs voyou", qui "cherchent l'affrontement".  Pour lui, la réponse judiciaire a montré sa pertinence. "43% des interpellés en garde-à-vue ont été déférés. 23 sont convoqués devant le tribunal correctionnel, dont 19 en comparution immédiate." 

Il y a un côté violent : 'on va lui faire sa fête'Benjamin Griveaux, porte-parole

Mercredi et jeudi, le gouvernement avait mis un petit coup de pression, invoquant le faut que la Fête à Macron n'était pas sans risque.  Depuis le Cher, où il était en déplacement, Edouard Philippe en a "appelé à la responsabilité de chacun", et insisté sur le poids des mots : "Je dis que quand on est un responsable politique ou syndical, on doit toujours faire attention à ce qu’on dit. Quand on dit 'faisons la fête à Macron', ça peut être festif ou irrévérencieux, je n’ai pas de problème, mais pour d’autres ça peut être beaucoup plus brutal." 


Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait enfoncé le clou, en disant, sur France Inter, craindre de nouvelles "violences". Et dénoncé lui aussi le langage utilisé : "Dans le langage populaire, 'faire la fête à quelqu'un' ça peut avoir une double signification, il y a un côté sympathique et festif et puis il y a un côté plus violent 'on va lui faire sa fête'", a-t-il dit. "Donc on craint aussi que des violences puissent avoir lieu et donc il est normal qu'on renforce les dispositifs de sécurité pour permettre à nouveau aux manifestants le droit de manifester". 

"On met tout en place pour que la manif se passe bien"

En face, les organisateurs, beaucoup d’anciens de Nuit Debout, et des proches de François Ruffin, député France insoumise, se veulent responsables". Plusieurs réunions ont eu lieu avec les autorités, la dernière, ce vendredi matin, a été une entrevue entre François Ruffin et Michel Delpuech, qui a aussi eu des "contacts informels" avec Jean-Luc Mélenchon. Mercredi, lors d'un point presse pour présenter leur programme, les organisateurs avaient assuré : "On met tout en place pour que la manif se passe bien", indiquait Johanna Silva, une des organisatrices." Nous demandons aussi  que la préfecture de police organise la sécurité des cortèges. De notre côté, nous sommes responsables, nous aurons des services d’ordre pour que tout cela se passe bien."


Les organisateurs le répètent, la manifestation sera "non violente, festive, et revendicative", et eux veulent se montrer obéissants. La préfecture a ainsi fait changer le lieu de départ de la manifestation, initialement prévu au Louvre. Le lieu de rassemblement se voulait symbolique, à la date anniversaire du jour où Emmanuel Macron avait mis en scène sa victoire le soir de l’élection présidentielle. "La préfecture a invoqué le fait qu'ils s'attendaient à beaucoup de monde et qu'ils n'ont pas le droit d'autoriser un rassemblement au Louvre, c'est du ressort du musée", a expliqué Johanna Silva. C'est finalement à l'Opéra que commencera le défilé, à partir de midi, pour s’élancer en direction de Bastille, en début d’après-midi.  

Deux services d'ordre

Pour parer aux débordements, les organisateurs annoncent aussi deux services d’ordre. Un premier, d'environ 150 personnes, fait par les organisateurs. "C’est un service d’ordre 'à nous', sur la base de notre expérience à Nuit debout, dans l’esprit de la commission 'accueil et sérénité' qui existait alors", explique Johanna Silva. Le carré de tête, quant à lui, composé de 200 représentants des diverses luttes, sera entouré d’un service d’ordre unitaire, c’est-à-dire composé des membres des différents syndicats et différents partis qui participent à la marche. "Il sera ajusté à la taille de la manif par des gens qui ont l’habitude de le faire", précise Johanna Silva. 


Pendant la conférence de presse, face aux médias qui voulaient parler de crainte d’éventuelles débordements, les organisateurs ont vite voulu éluder tout commentaire sur le sujet. Bras croisés, Frédéric Lordon, une des figures de Nuit Debout, a expliqué : "Quand il y a des événements de cette sorte, les médias ne montrent que ça, on ne va pas commenter cette comédie là, il faut résister à ce tsunami médiatique". "Nous nous activons pour que cette manifestation soit à la fois puissante et paisible." "On concentre énormément d’énergie pour créer des conditions festives et conviviales, musique, musique, animation, chant", redit une des organisatrices.

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