La France dans le noir, ce n'est pas pour demain

SOCIÉTÉ

DECRYPTAGE - Dans le cadre de la mobilisation contre la loi Travail, la CGT a appelé à bloquer les centrales nucléaires. Si l'arrêt n'est pas sans conséquence, les risques que le pays plonge dans le noir restent limités. Eléments de réponse.

Les centrales nucléaires bloquées. La France bientôt plongée dans le noir. Le retour des soirées à la chandelle. Depuis ce mardi, et l'annonce de la CGT Energie d'étendre son mouvement de blocage aux centrales nucléaires et donc à la production d'électricité, le spectre d'un black-out agite les esprits. Metronews s'est plongé dans ce scénario catastrophe et essaie de démêler le vrai du faux.

En fait, dans les centrales nucléaires, donc chez EDF, la grève n'a pas encore commencé. Elle débute jeudi. Mais ce qui alimente la psychose depuis mardi est qu'un des deux réacteurs de la centrale de Nogent, dans l'Aube, est déjà à l'arrêt. Pas par grève, mais à cause d'un incident technique. Celle-ci devait rouvrir, mais la CGT a indiqué qu'elle ferait tout pour l'en empêcher.

"Peu d'impact pour le public"

Pourtant, dès mardi matin, ont eu lieu plusieurs coupures d'électricité en France. Dans certains quartiers de Nantes, notamment les communes de l'Ouest, Orvault ou Saint-Herblain, le centre commercial de Marseille, ou encore, passé plus inaperçu, à Toulouse et Saint-Etienne. Ces incidents ont été liés aux centrales à l'arrêt. Pas si simple.

"Ces coupures ne sont pas liées à notre production. On produit suffisamment d'électricité pour alimenter la France", nous indique-t-on chez EDF. Vérifications faites, c'est au niveau de la distribution de l'électricité, assurée par des entreprises comme ERDF et RTE, que le dysfonctionnement est apparu.

"Nos agents sont très attachés à leur mission de service public"

Or, RTE ou ERDF sont elles aussi touchées par des mouvements sociaux contre la loi El Khomry. "Il y a eu plusieurs journées d'action où des agents de RTE et autres structures (notamment ERDF, ndlr) ont occupé des postes électriques", explique-t-on chez RTE. Ces postes sources sont des postes de transformation électrique, où la ligne à 40 000 volts est abaissée progressivement en du 200 volts, avant d'arriver chez les particuliers. "C'est comme une gare d'aiguillage", précise-t-on chez RTE. "Mais le maillage de notre réseau permet, quand une ligne est suspendue, de réalimenter les personnes en faisant passer l'électricité par d'autres lignes."

Les grévistes qui ont occupé ces postes ont ainsi mis hors tension certaines lignes électriques. A Nantes, l'alimentation a ainsi été suspendue 6 minutes. Ce genre d'incident peut-il être amené à se répéter ? Ce n'est pas exclu. Mais, précise-t-on chez RTE, "nos agents sont très attachés à leur mission de service public, qui est de délivrer de l'électricité. Dans la plupart des cas, ils mettent hors tension des lignes qui n'ont pas d'incidence sur l'alimentation de la région. Cela leur permet de protester vis-à-vis de la direction, sans que le public ne soit impacté." La semaine dernière déjà, lors de la journée de mobilisation du 19 mai, plusieurs mises hors tension avaient déjà eu lieu. Sans avoir été spécialement remarquées.

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Pas la première grève chez EDF

Et du côté de la source, à savoir la production d'électricité, à quoi faut-il s'attendre ? Depuis mardi et l'annonce d'un appel au blocage, EDF est très sollicitée. A noter d'ailleurs que le préavis de grève concerne en fait tous les secteurs de l'énergie, c’est-à-dire, en plus du nucléaire, les centrales hydrauliques et le parc thermique (charbon, etc…), sur toute la France. Mais la direction ne souhaite pas mettre le feu aux poudres en s'exprimant sur le sujet avant jeudi. Impossible, pour l'heure, de savoir l'ampleur que prendra la mobilisation. Une estimation d'autant plus aléatoire que les salariés travaillent par quart, afin d'assurer une permanence même la nuit.

Quoi qu'il en soit, si cet appel à cesser le travail dans les centrales est particulièrement médiatisé, c'est loin d'être la première mobilisation chez EDF. Ces derniers temps, elles ont même eu tendance à se multiplier, sans que cela n'ait pour autant de répercussions dans la production d'énergie. Selon nos informations, des grèves ont ainsi déjà eu lieu le 19 mars, le 31 mars, le 28 avril le 17 mai et le 19 mai. Pour des motifs parfois différents, comme la loi Travail ou la mise en concurrence européenne à venir.

Des solutions existent

A chaque fois, les taux de participation ont été très différents. 2% de grévistes ont ainsi enregistrés le 12 mai, mais 17% - le plus fort taux -, le 31 mars. Cette importante mobilisation avait entraîné des baisses de production d'électricité. Mais sans qu'il n'y ait d'incidence au final chez les usagers. D'autant que les températures douces, les journées longues, excluent tout pic de demande, comme cela peut avoir lieu les soirées d'hiver. Pour jeudi, au vu du contexte et du durcissement du conflit contre le gouvernement, la mobilisation pourrait tout de même être assez forte.

Cependant, plusieurs solutions existent chez EDF en cas de baisse de la production sur certains sites : augmenter la production d'autres réacteurs qui ne sont pas touchés par les grèves, utiliser les stocks d'eau et donc faire tourner davantage la production hydrauliques des barrages ou envisager de pousser un peu sur le parc thermique - certes plus cher et plus polluant. Dans un cas extrême, s'il n'y a plus d'électricité à relayer, les distributeurs RTE ou ERDF ont les moyens d'en acheter à l'étranger. Bref, la France dans le noir, ce n'est pas pour demain.

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