La grève générale votée en Guyane : les raisons de la colère

GRONDE - Les syndicats ont voté samedi à l'unanimité la grève générale à compter de lundi en Guyane, paralysée depuis plusieurs jours par un mouvement social de grande ampleur. La mission interministérielle dépêchée par Bernard Cazeneuve est arrivée sur place dans la soirée.

C'est un mouvement d'une ampleur rare qui paralyse actuellement la Guyane. Depuis le début de la semaine, le plus grand département français, situé en Amérique du Sud, est en proie à un mouvement social de grande ampleur. Il débouchera à partir de lundi sur une grève générale, les 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) l'ayant votée samedi à l'unanimité, afin de protéger les salariés grévistes. Ce mouvement de protestation regroupe pèle-mêle des salariés d'EDF, des collectifs contre l'insécurité, un collectif dénonçant l'insuffisance de l'offre de soins et les retards structurels en matière de santé ou encore des socio-professionnels et des transporteurs. 


Une dizaine de barrages obstruent depuis jeudi une dizaine de ronds points stratégiques du littoral guyanais, bloquant notamment l'entrée de Cayenne. Les manifestations et blocages ont notamment conduit Arianespace à reporter le lancement de la fusée Ariane 5, vitrine économique du territoire. Le rectorat a décidé de fermer les établissements scolaires jusqu'à nouvel ordre. 

Bernard Cazeneuve appelle au dialogue

Une situation qui a conduit le Premier ministre, Bernard Cazeneuve a prendre les choses en main : il a en effet annoncé l'envoi d'une mission interministérielle, arrivée sur place dans la soirée de ce samedi 25 mars. "J’appelle à l’apaisement, j’appelle au calme, j’appelle au dialogue parce que rien ne se construit dans le désordre et l’affrontement", a-t-il déclaré à BFMTV dans le cadre d'une visite au Salon du livre, à Paris.


Cette mission est conduite par Jean-François Cordet, conseiller maître à la Cour des comptes et ancien préfet de Guyane. Elle est également composée de plusieurs hauts fonctionnaires issus de différents ministères, dont Michel Yahiel, commissaire général de France Stratégie et ex-conseiller social de François Hollande.

Appelant lui aussi au calme, Emmanuel Macron, qui est ce samedi en déplacement à La Réunion, a fait savoir via son compte Twitter qu’il entendait la colère des Guyanais. "Rattrapons le retard et apportons les réponses nécessaires", a ajouté le leader du mouvement En Marche !.

Une département paralysé

Vendredi 24 mars, une vingtaine de barrages autour des villes côtières dont Cayenne, étaient en place. En conséquence de quoi, les vols Air France et Air Caraïbes ont été annulés. Une mobilisation de très grande ampleur qui prend aujourd'hui, une dimension plus large que les exigences sur la sécurité. 


Les grévistes dénoncent des problèmes de santé, d’éducation, d'économie et de salaires. Sont aussi bloqués le Grand Port Maritime, la Collectivité Territoriale de Guyane, la Préfecture, les axes routiers. De leur côté, les USA ont adressé des recommendations à leurs ressortissants : il leur est déconseillé de se rendre en Guyane. 

Des protestations de tous ordres : insécurité, retard du "pacte d'avenir", des lenteurs administratives...

Tout a commencé à la mi-mars, lorsque Ségolène Royal s'est rendue dans le département. Une visite perturbée dans son intégralité : lors des rendez-vous à la préfecture, pour l’anniversaire des 10 ans du parc national de la Guyane et à la CTG. Des blocages ont été menés par plusieurs organisations professionnelles dont le Medef Guyane, les moyennes et petites industries (MPI) et la fédération des opérateurs miniers de Guyane. Ils protestaient contre le retard de signature du "pacte d’avenir" de 2 milliards d’euros promis par François Hollande en 2013. 


Un groupe récemment créé par des citoyens contre l'insécurité en Guyane et baptisé les "500 frères" avait fait irruption sans violence lors de la 14e conférence de la Convention de Carthagène. Se rassemblant devant plusieurs consulats, ils avaient demandé le rapatriement des délinquants des pays voisins. En effet, la Guyane détient le triste record de territoire français le plus meurtrier par nombre d'habitants, avec 42 homicides pour 250 000 habitants commis en 2016, selon un document du parquet de Cayenne. Ce vendredi 25 mars, ce sont les agriculteurs en colère qui ont aspergé de lisier de porc les bâtiments de la préfecture, à Cayenne. En tout ce sont une dizaine de barrages qui obstruent depuis le milieu de la semaine,  une dizaine de ronds points stratégiques du littoral guyanais, bloquant notamment l'entrée de Cayenne. 

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Guyane : protestations contre l’insécurité

Les barrages, notamment à l'initiative du syndicat UTG (Union des travailleurs guyanais)-CGT, rassemblent pêle-mêle des salariés d'EDF en grève, des personnels du centre médico-chirurgical de Kourou, inquiets d'un désengagement de La Croix Rouge qui gère l'établissement, un collectif qui réclame un commissariat à Kourou... 


Côté agriculteurs, on bloque les locaux de la Direction de l'agriculture (DAAF). Ils reprochent des lenteurs administratives et des refus d'aide. Des transporteurs bloquent le port de Degrad des Cannes (15 km de Cayenne), inquiets de la répartition des marchés du chantier du futur pas de tir d'Ariane 6. Certaines stations-service commencent à connaître des pénuries d'essence sans plomb, et des appels à fermer les magasins ont été lancés. Les Amérindiens ont aussi appelé à se mobiliser, notamment contre le "vol" de leur terre et un projet d'extraction aurifère controversé, ainsi que les associations de lutte contre l'orpaillage.

Ariane 5, toujours bloquée sur terre

Initialement prévu lundi, le transfert de la fusée Ariane 5 vers son pas de tir n'a jamais pu être fait à cause d'un barrage à l'entrée du Centre spatial guyanais à Kourou et d'une grève au sein de la société Endel qui assure le transfert. Ariane 5 n'a donc pu être lancée, de fait. 

Un accord a été trouvé ce mercredi, entre la direction d'Endel et ses salariés qui réclamaient une revalorisation des salaires. Mais le blocage du site se poursuivant, le directeur du Centre spatial guyanais, Didier Faivre, a annoncé, après trois reports successifs, qu'il n'y aurait "pas de lancement tant que la situation sociale ne sera pas réglée". 

Nous ne voulons plus de baratin mais des solutions concrètesJean Hubert François, président du syndicat des jeunes agriculteurs de Guyane à l'AFP

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a décidé de prendre les choses en main, devant ce blocage et a annoncé l'envoi d'"une mission interministérielle de haut niveau", qui partira ce aujourd'hui et sera conduite par Jean-François Cordet, conseiller maître à la Cour des comptes et ex-préfet de Guyane. "Nous étions parfaitement au courant de l'annonce de l'arrivée de la délégation au moment de notre action. C'est une manière de leur souhaiter la bienvenue mais surtout de les prévenir que nous ne voulons plus de baratin mais des solutions concrètes", a déclaré à l'AFP Jean Hubert François, président du syndicat des jeunes agriculteurs de Guyane. 


L'arrivée d'une délégation sans ministre a provoqué des réactions très mitigées en Guyane. Rodolphe Alexandre, le président de la collectivité territoriale, a qualifié sur Guyane 1ère cette initiative de "mépris pour la Guyane", au regard de l'ampleur de la crise. Toujours selon la chaîne locale, un collectif réunissant l'ensemble des grévistes s'est réuni après l'annonce de cette délégation. Au terme de leur concertation, les grévistes ont estimé que "les émissaires du gouvernement n'étaient pas les bienvenus. "Nous voulons rencontrer le Premier ministre et d'autres ministres dont ceux des Finances et de l'Education". Pour l'heure, les barrages sont maintenus, et la sortie de crise, espérée des deux côtés, ne semble pas à l'ordre du jour. 

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