Le gouvernement fait "la guerre au plastique" : des mesures "très faibles et pas révolutionnaires"

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OPINION - Brune Poirson, la secrétaire d'Etat de la Transition écologique et solidaire a présenté ce dimanche dans le JDD une série de mesure visant à améliorer le recyclage de nos déchets plastiques. Un plan d'action insuffisant, selon Zero Waste France que LCI a pu joindre.

Le plastique, c'est fantastique. Pour les industriels en tout cas, qui usent sans modération de ce matériau bon marché issu de la pétrochimie pour la fabrication de leurs produits et de leurs emballages. Pour la planète, ça l'est un peu moins. Et même beaucoup moins. Car faute de recyclage efficace, la Terre est chaque année un peu plus encombrée et polluée par ces déchets dont le temps de décomposition s'évalue en centaines d'années.


Pour tenter de stopper l’hémorragie, le gouvernement souhaite assurer un recyclage de 100% de ses déchets plastiques dès 2025. Dans le Journal du Dimanche de ce 12 août, la secrétaire d'Etat de la Transition écologique et solidaire a présenté quelques-unes des actions à venir. Des mesures concrètes aux échéances plus ou moins lointaines. Et surtout une large confiance accordée à la bonne volonté des industriels et à la responsabilité individuelle des consommateurs. Nous avons demandé à Laura Chatel, chargée de campagne pour Zero Waste France, une association qui défend une démarche zéro déchet, ce qu'elle pensait de ce plan d'action.

Un problème pris à l'envers

"Ces mesures sont très faibles et vraiment pas révolutionnaires", déclare d'emblée la spécialiste des questions de prévention et de valorisation des déchets. Déçue, elle regrette que le gouvernement ne se focalise que sur le recyclage. "Il va falloir agir en amont si on veut changer les choses". Si elle convient qu'il faut améliorer le recyclage, Laure Chatel milite aussi pour agir sur notre consommation de plastique, beaucoup trop importante. "On pourrait par exemple mettre des mesures d'interdiction sur certains produits comme les bouteilles en plastique de moins de 50 centilitres, dont l'existence est totalement absurde".  


Le système de bonus-malus décrit par Brune Poirson, qui devrait entrer en vigueur dès l'année prochaine, recueille tout de même un satisfecit. Il permettrait à une bouteille fabriquée à partir de plastique recyclée d'être vendue moins cher qu'une bouteille en plastique vierge. "Ce qui est bien, c'est que c'est aussi incitatif pour l'industriel que pour le consommateur. En tout cas le dispositif agit réellement sur le prix, ce n'est pas seulement une modulation de l'éco-contribution (une taxe payée sur chaque nouvel appareil électrique pour financer le recyclage, ndlr)", tempère-t-elle. Mais selon Laura Chatel, un bémol réside dans le fait que cette mesure ne concerne que les bouteilles en PET, qui ne représentent qu'une toute petite partie des emballages produits en France, pour 60% composés de plastique.

On n'est jamais sûr que les objectifs soient bien respectés s'ils ne sont pas inscrits dans la loiLaura Chatel, chargée de campagne chez Zero Waste France

Celle qui est aussi juriste regrette de plus la trop grande liberté laissée aux industriels, sous prétexte, selon Brune Poirson interviewée dans le JDD, que l'instauration de règles strictes "aurait provoqué une levée de bouclier et bloqué les discussions". "C'est important de procéder par contraintes, même s'il faut évidemment laisser du temps aux entreprises pour s'adapter", estime la chargée de campagne. "Derrière, on sait bien comment ça se passe avec les lobbies, etc. On n'est jamais sûr que les objectifs soient bien respectés s'ils ne sont pas inscrits dans la loi." Pour elle, procéder de cette façon risque plus de faire perdre du temps à la lutte contre le plastique, or, "il y a urgence à agir".

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