La Guyane a-t-elle vraiment été abandonnée par l'Etat ? Ce que nous disent les chiffres

Société
DÉMISSION – Économie, santé, éducation, sécurité : nombre de statistiques récentes montrent que la Guyane et, plus généralement, l’ensemble des territoires d’outre-mer souffrent d’une forme d’abandon. Explications en infographies, alors qu'Emmanuel Macron a été accueilli froidement par les élus du territoire ce jeudi.

La grogne est à la hauteur du sentiment d’abandon. Secouée par une colère sociale d'ampleur inédite au printemps dernier, la Guyane, à la fois deuxième plus grande collectivité française en superficie (83.000 km2) et deuxième plus petite en population (250.000 habitants environ), souffre de criantes inégalités par rapport à la métropole. Le territoire ultramarin sud-américain est, en effet, miné par le chômage et l'insécurité. Mais pas seulement : d’importantes disparités existent aussi en matière de revenus, de santé et d’éducation. 


De là à légitimer les critiques faisant état d’une démission de Paris ? Bien que François Hollande ait promulgué, fin février, une loi - baptisée Loi sur l'égalité réelle outre-mer - censée permettre de réduire les écarts de développement entre les populations ultramarines et de métropole, nombre de statistiques récentes tendent à montrer une forme de renoncement (même si la Guyane n'est pas seule dans ce cas). La preuve en chiffres et en infographies, alors que la visite d'Emmanuel Macron remet les problèmes sur le devant de la scène.

L’insécurité, première priorité pour beaucoup

Beaucoup de Guyanais, à Saint-Laurent-du-Maroni en particulier, se plaignent avant tout de l’insécurité qui les frappe de plein fouet. La Guyane détient en effet le triste privilège d'être le territoire français le plus meurtrier par nombre d'habitants avec 42 homicides (en majorité par armes à feu) commis en 2016, contre 38 en 2015. Le nombre de vols avec violence augmente lui aussi régulièrement, passant de 1.694 en 2014 à 2.338 en 2016. Cette question doit être "la première priorité", affirmait François Hollande fin mars.

Chômage et pauvreté : des problèmes endémiques

Les difficultés économiques sont notamment très marquées. La pauvreté affecte, par exemple,  87.000 personnes, soit un taux de pauvreté de 44,3 %, contre 14 % pour la France entière, tandis que le chômage touche près de 23 % de la population active (contre 9,7 % en métropole) et même 46,7 % des jeunes. Lors d'une visite sur place en 2013, François Hollande avait ainsi souligné que le problème de l’emploi revêtait pour ces derniers d’"un caractère insupportable". 

La santé et l’éducation, deux fondamentaux en difficulté

Indicateur révélateur, le taux de mortalité infantile est de 9,2 décès pour 1.000 naissances en Guyane – du niveau de la Chine ou du Sri Lanka d’après la Banque mondiale – alors qu’il est de seulement 3,3 ‰ dans l’Hexagone. 


Idem, ou presque, pour ce qui est de l’éducation. Quand le taux de réussite au bac était de 88,9 % en métropole en 2015, il n’était "que" de 80 % en Guyane. Plus alarmant encore, la part des jeunes éprouvant d’importantes difficultés de lecture (mesure effectuée lors de la Journée défense et citoyenneté, l’ancienne Journée d’appel à la défense, ndlr) est de 48,2 % en Guyane contre 8,9 % en France métropolitaine. 

La crise du printemps dernier avait abouti le 21 avril à "L'Accord de Guyane", par lequel l'ancien gouvernement a acté un plan d'urgence de 1,08 milliard d'euros, signé des accords sectoriels et "pris acte" d'une demande de 2,1 mds d'euros de mesures supplémentaires. Mais "pour l'instant la situation n'a pas bougé", objecte Davy Rimane, membre du collectif qui exige le respect des engagements. Résultat : le sentiment d'abandon des Guyanais est toujours le même, d'où leur scepticisme sur la visite d'Emmanuel Macron.

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