LA MINUTE SEPT À HUIT - Sonita, Afghane et rappeuse

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Comme beaucoup de ses amies, Sonita devait être mariée de force à 16 ans. Pourtant la jeune afghane ne l'a pas entendu de cette oreille. Souhaitant poursuivre ses rêves de rappeuse, elle a tout fait pour échapper à son destin. Elle raconte ce dimanche son histoire à Thierry Demaizière dans Sept à Huit.

Son audace l’aura sauvée d’un destin promis à des milliers de femmes dans son pays. À 16 ans, Sonita Alizadeh a appris qu’elle allait, comme la tradition le veut en Afghanistan, être mariée de force. Son frère a besoin d’argent pour acheter sa future femme, et la vendre à un homme qui l’épousera est une solution toute trouvée.

J’étais effrayée de vivre avec un homme que je ne connaissais pas, raconte-t-elle à Thierry Demaizière.

À ce moment-ci, la jeune fille se trouve en Iran où sa famille l’a abandonnée avec sa sœur afin d’échapper aux Talibans. Elle vit dans un centre pour enfants réfugiés qui lui apprend à écrire et l’embauche à mi-temps en tant que femme de ménage. C’est là que son frère, puis sa mère, sont venu la chercher pour la ramener en Afghanistan et la marier contre 7.000 euros.

Refusant un tel avenir, la jeune fille se lance corps et âme dans le rap, musique qu’elle a découverte quelques années plus tôt en écoutant la radio. Elle a tant de choses à dire qu’elle ne cesse d’écrire, et chante ses compositions devant ses copines. Une productrice iranienne la repère alors et lui fait tourner un clip où elle dénonce le mariage forcé. "Laisse-moi hurler. Je n'en peux plus de ce silence. Ôte tes mains de mon corps. Je hurle pour combler le silence des femmes", scande-t-elle. Postée sur la plateforme YouTube, la vidéo, intitulée "Mariées à vendre" fait le tour du monde. Elle y apparaît le visage tuméfié, avec un code barre sur le front.

Quand ma mère parlait du prix, j’avais l’impression d’être un objet, comme une chose à vendre ,confie-t-elle lors de son interview pour Sept à Huit.

Quelques temps après, Sonita est contactée par une association. Elle lui propose de venir étudier aux États-Unis dans une école privée. Comblée, elle se démène alors pour se procurer un passeport et quitte sa famille sans même lui dévoiler ses projets. Arrivée dans l’Utah, elle continue à rapper et rêve d’étudier le droit pour devenir avocate en Droit des femmes. À 18 ans, elle est invitée partout pour témoigner et "Sonita", un documentaire tourné par la réalisatrice iranienne Rokhsareh Ghaem Maghami, fait le tour du monde des festivals.

La jeune afghane travaille aujourd’hui avec le mouvement "Girls are not brides" (Les filles ne sont pas des mariées) et compte rentrer en Afghanistan pour tenter de faire évoluer les mentalités. Sa famille, déjà, l’a pardonnée et comprise. Sa mère a même ouvert une école pour changer les traditions et l’une de ses sœurs est devenue peintre et ne s’est pas mariée.

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