"La mort de Shaoyao Liu, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase" : quand la colère de la communauté asiatique s'empare de la rue

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RAS-LE-BOL - Depuis dimanche dernier et la mort de Shaoyao Liu, un père de famille tué par un policier à son domicile parisien, des centaines de personnes se rassemblement tous les soirs dans la rue. En plus de réclamer "vérité" et "justice" pour Shaoya o Liu, ils crient leur colère et dénoncent le racisme anti-asiatique.

"La mort de Shaoya

o Liu, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase". Jackie XaoHua Troy, vice-présidente du Conseil représentatif des associations asiatiques de France (CRAAF), est particulièrement remontée. "Pour tout le monde c’est clair, c’est une bavure policière", assure-t-elle. La seule façon de se calmer c’est d’arrêter de dire à tout va que c’est de la légitime défense. C’est ça qui met tout le monde en colère".


Jeudi soir, des centaines de personnes se sont à nouveau rassemblées sur la place de la République et devant l'opéra Bastille à Paris pour crier leur colère. "Nous sommes là pour soutenir les proches et la famille de Shaoyao Liu et réclamer la justice et la vérité", a déclaré  à la tribune le co-organisateur de la manifestation et membre de l'association Asia 2.0.

Lucie, une jeune femme de 30 ans, vit en France depuis une vingtaine d'années et elle estime que la situation va de mal en pis. "On a grandi ici, on travaille ici, mais les Français différencient toujours les communautés, gronde-t-elle. C'est pour ça que les policiers ne donnent pas la vérité pour l’affaire de M. Liu. On veut la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais ces trois mots, qui correspondent bien aux "Français", ne marchent pas pour les Français d'origine chinoise. 


En septembre 2016, suite au décès de Chaolin Zhang, tué à Aubervilliers quelques semaines plus tôt sous les coups de trois agresseurs, ils étaient déjà des milliers à défiler dans la rue pour dénoncer l'insécurité et le racisme anti-asiatique. En juin 2010 déjà, plus de 10.000 personnes issues de cette même communauté avaient défilé pour protester contre l'insécurité qui gangrène le quartier de Belleville à Paris. 


Mais la situation ne s’est pas améliorée depuis, regrettent la plupart des associations tels que Asia 2.0 ou Chinois de France. "Notre communauté a fréquemment été attaquée dans des zones de non-lieu comme à Aubervilliers. C'est de la violences gratuite", déplore Jackie XaoHua Troy. 

On assiste à une prise de conscience de la communauté asiatiquePrésident de la Licra

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Aujourd'hui, la mort de Shaoyao Liu agit comme un déclencheur et les revendications des récents rassemblements sont nombreuses. C'est la première fois que Lucie descend dans la rue, mais surement pas la dernière. "Là, on prouve qu’on est en colère. Ça fait trop longtemps qu’on reste dans notre silence, sans se plaindre. Mais on ne peut plus supporter de vivre dans la peur, d'être stigmatisé ou que l’Etat nous cache la vérité sur Shaoyao Liu. On veut être entendus."


"On assiste à une prise de conscience de la communauté asiatique depuis la mort de Chaolin Zhang, affirmait à LCI Alain Jakubowicz, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), en septembre dernier . Si le débat est venu sur la place publique, c’est d’abord car certaines associations ont considéré que le temps était venu d’intégrer ce combat dans le combat global de la lutte contre le racisme".

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Les asiatiques sont plutôt des gens qui vivent en paix, mais là, c’est hors de question de laisser passer çaShitia, 32 ans

Des rassemblements pourtant rares dans la communauté asiatique. "C’est une communauté composite qui n’est pas dans la culture de la plainte, de la revendication, ni dans la saisine d’associations antiracistes universelle, notait Alain Jakubowicz en septembre dernier. Les dépôts de plaintes sont rares car ils ne parlent pas nécessairement le français et ne connaissent pas toujours les lois et la réglementation française", note-t-il. "Les personnes d'origine asiatique sont relativement discrètes", concède Tamara Lui. Quand on a des problèmes, on intériorise, on n’en parle pas".


Mais avec "l'affaire Shaoyao Liu", c'en était trop pour Shitia, un militaire de 32 ans : "Les Asiatiques sont plutôt des gens qui vivent en paix, mais là c’est hors de question de laisser passer ça, s'élève-t-il. Sortir dans la rue, c’est important, c’est un moyen d’exprimer notre colère. Il faut dire,  il faut se montrer et ne pas rester silencieux".

Dans un clip publié sur le compte Facebook de "Asiatiques de France" le 23 mars dernier, une dizaine de personnalités se mobilisent pour dénoncer les stéréotypes qui touchent cette communauté en France. Pour Hélène Lam Tron, le message principal est d’abord de rappeler que "les Français d’origine asiatique sont des Français à part entière", tout en les incitant à investir d’avantage l’espace public. 


Le message a visiblement été entendu puisqu'un grand rassemblement doit être organisé dans les prochains jours, nous affirme une source au CRAAF.

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