La prof était rejetée à la Réunion parce que venant de Nantes : le tribunal annule le choix de l'Université

La prof était rejetée à la Réunion parce que venant de Nantes : le tribunal annule le choix de l'Université

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REBONDISSEMENT - L’histoire de Virginie Chaillou-Atrous, enseignante chercheuse à Nantes, qui avait remporté un concours pour devenir maître de conférences à L’université de la Réunion, a connu un nouveau rebondissement : le 22 juin dernier Tribunal administratif, saisi de l’affaire pour vice de procédure, a annulé sa nomination. Sur l'île, quelques enseignants et des associations identitaires, estimaient qu’un candidat local avait été lésé.

Nomination annulée. La prof nantaise n’enseignera pas à la Réunion. Le tribunal administratif de la Réunion a tranché. Le 22 juin dernier, il a annulé la nomination de Virginie Chaillou-Atrous, docteur en histoire contemporaine de Nantes, 38 ans, qui devait remplacer une célébrité locale décédée brutalement au poste de maître de conférences en histoire de l'esclavage à l’Université de Saint-Denis. Une annulation qui sonne comme un nouveau soubresaut dans cette histoire qui dure depuis des mois, et déchaîne les passions des deux côtés. 


L’histoire avait débuté en février 2015, lorsque l’Université met au concours un emploi de maître de conférences "Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien aux XVIIIe et XIXe". Virginie Chaillou-Atrous postule. C’est pile-poil sa spécialité et le sujet de sa thèse. Mais le concours est annulé , pour des raisons non révélées. Il est reproposé un an plus tard. Elle postule à nouveau. Et est retenue par le comité, première devant un autre candidat, un Réunionnais de 59 ans. En juin 2016, elle accepte le poste. Tout semblait parti pour rouler. Mais sur place, une fronde locale fait capoter l’affaire. Quatre universitaires réunionnais, alliés à des associations dont le Crefom (Conseil représentatif des Français de l'Outre-mer) contestent ce choix, réclamant à "compétence équivalente" une personnalité locale. 

Parmi les protestations à l’époque, certaines dénoncent clairement les origines de Virginie Chaillou, comme dans la tribune de ce metteur en scène, publié dans la presse locale, qui évoquait "un outrage, un crachat à la figure" : "Et ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut écrire l’histoire de l’esclavage à la Réunion . Comme si la Creuse voulait écrire au nom des enfants déportés", écrit-il. 

Une procédure irrégulière, pour le tribunal

Les quatre universitaires, le Crefom et le candidat local saisissent le tribunal administratif, invoquant un vice de procédure . La nomination de Virginie Chaillou-Atrous est suspendue, en attendant un jugement sur le fond. Près d’un an après, la justice réunionnaise s’est donc à nouveau prononcée. Et a estimé que le comité de sélection de l’Université qui a placé la Nantaise en tête, était en effet "irrégulier". La règlementation implique que quatre membres doivent être "physiquement présents sur le lieu de la séance" du vote. Or, la veille, quatre "membres locaux" avaient décidé de se désister, et boycotter le rendez-vous, n’en laissant que deux siéger à Saint-Denis. Quatre autres avaient siégé à Bordeaux, reliés par visioconférence. La pratique se fait régulièrement dans les recrutements outre-mer, et avait été validée par le rectorat et le ministère.


Mais le tribunal l’a donc déclaré irrégulière. Il a toutefois reconnu dans le même temps que cela ne remettait pas en cause le classement du jury qui a nommé la Nantaise en tête. Il n’a pas non plus reconnu "l’intérêt à agir" du Crefom et des quatre universitaires dans cette histoire. Balle au milieu, donc. Mais la professeure voit surtout un grand gâchis : "Pour la deuxième année, on vient d’annuler une procédure de recrutement qui coûte cher, avec des élèves qui n’ont pas de professeurs depuis deux ans."

"Jamais un dossier universitaire n'a suscité une telle médiatisation"

Derrière tout ça, la chercheuse voit surtout un enjeu bien plus large, et cible plus particulièrement le Crefom, qui milite pour la préférence régionale. "Le Crefom stigmatise mon origine nantaise et il est clair qu’il souhaitait un Réunionnais sur le poste ", dit-elle. L’association avait en effet demandé expressément, dès 2014 via un communiqué de presse, que ce soit un local qui soit nommé sur ce poste.  "Cette affaire a généré une intense campagne de presse, il y a eu beaucoup de buzz dans les médias locaux", estime la chercheuse. "Jamais un dossier universitaire n’a suscité une telle médiatisation, à faire la Une des journaux pendant un an comme ça !" 


De son côté, le Crefom, qui s’est prononcé à plusieurs reprises pour la nomination d’une personnalité réunionnaise, réfute pourtant avoir mené campagne contre elle. "Nous avons accompagné un candidat victime d’une injustice, et nous avons fait notre devoir", réagit Richel Sacri, délégué régional du Crefom, interrogé dans le Quotidien de la Réunion le 28 juin dernier. "Dans ce débat, il ne s’agissait ni de régionalisation des emplois, ni de discrimination", insiste-t-il, tout en répétant qu’"iI devient urgent qu’une mobilisation générale s’opère et crée les conditions pour que l’emploi des Réunionnais devienne une priorité. De nouveaux concepts doivent être inventés, et le recrutement local à compétence égale en fait partie."

De la discrimination ?

Reste que ces derniers mois, le Défenseur des droits s’est penché sur l’affaire. Et, sur la base des propos tenus sur les réseaux sociaux et dans certaines publications à l’encontre de la professeure nantaise, a estimé qu’il pouvait y avoir des "provocations à la discrimination raciale". Il a saisi le procureur de la République de Saint-Denis. Le Crefom, lui, dit avoir appris "avec grande surprise" cette saisine, évoquant une "affaire d'irrégularités et non de racisme". "La nature des propos tenus permet d'identifier le reproche à l'encontre de la candidature de la réclamante, à savoir le fait qu’elle n'est pas d'origine réunionnaise et qu'elle n’y vit pas. Or l'origine et le lieu de résidence sont des critères de discrimination", avait indiqué le Défenseur des droits au parquet en mars dernier. Une procédure qui vient s'ajouter à la première, et peut mener l’affaire au pénal. Et relancer le combat pour encore des mois, voire des années. "J’ai parfaitement conscience des difficultés que connait la Réunion et je comprends que cela suscite des tensions", analyse Virginie Chaillou. "Je reste pourtant convaincue que la Réunion a besoin de ce brassage social et culturel qui la caractérise, et ce, dans le respect des spécificités locales et de la population réunionnaise." 


Fera-t-elle appel  de la décision du tribunal administratif ? Elle hésite encore, consulte ses conseils. "Je suis un peu épuisée par tout ça", dit-elle, "c’est un vrai combat. Mais j’ai aussi plein de gens derrière moi, qui me soutiennent et qui sont inquiets face à la préférence régionale (comme cette pétition, remayée par des professeurs émérites qui a largement tourné, ndrl)."  D’ailleurs, pour elle, ce problème de fond, celui du repli sur soi, n’est pas spécifique à la Réunion. "Cela touche à la mémoire, à la colonisation, à la repentance. C’est un vrai sujet de société, épineux, délicat. mais il faut en parler."

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