La parité à l'Assemblée nationale, c’est pas gagné

SOCIÉTÉ

EGALITE ? - Le Haut conseil à l’égalité entre hommes et femmes vient de publier son troisième Guide de la parité. D’après les derniers chiffres, la France est loin d’être un exemple dans le monde : elle passe de la 36e à la 60e place en matière de parité des femmes à l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas une dégringolade, c’est carrément la bérézina. Selon le dernier classement du Haut Conseil à l’égalité entre hommes et femmes (HCE), en matière de parité au Parlement la France est loin d’être un exemple dans le monde. Elle passe cette année de la 36e… à la 60e place. Avec 26,2% de femmes à l’Assemblée nationale, elle se classe entre l’Irak et le Pérou… Loin, loin derrière les premiers du classement, dominé par le Rwanda, qui aligne 63,8% de femmes. 

Petit bémol : si la France dégringole autant, c’est tout de même en partie parce que les dernières élections législatives, qui se déroulent tous les 5 ans, ont eu lieu en 2012. Et qu’entre temps, de nombreux autres pays ont eu des élections, et ont progressé beaucoup plus vite en matière d’entrée des femmes au Parlement.

Ceci posé, la proportion de femmes présentes à l’Assemblée nationale en France reste particulièrement basse, malgré des dispositifs incitatifs. La première loi dite de parité a été promulguée en 2000, et incitait, aux élections législatives, les partis politiques à présenter un nombre égal de femmes et d’hommes lors des scrutins de listes. Elle prévoit, en cas de non-respect, une retenue sur la dotation financière des partis politiques.

Sur le papier, aux dernières législatives, la plupart des partis politiques ont semblé faire des efforts. Les bons élèves : le FN, qui a aligné 49 % de femmes, EELV, avec 49, 4% et le PCF, avec 49, 3%. Mais tous les autres partis, ont été punis. Le PS, qui a présenté 42,6% de femmes candidates, a subi une retenue financière de plus de 1 million d’euros. Parmi les très mauvais élèves, les Républicains remportent la palme. Avec 25, 5% de femmes candidates, ils ont une retenue sur la dotation de 3,3 millions d’euros. Suivent le Parti radical de gauche (36,8 % de femmes), ou encore le Nouveau centre (36,7 %). 

Mais ces petites punitions financières ne semblent pas suffisantes. "On estime que les partis politiques ont renoncé en moyenne à 15% de leurs dotations publiques", indique le Haut Conseil à metronews. "En 2016, les retenues financières de dotations publiques s’élèvent à plus de 5 millions d’euros". Au final, le PS a tout de même touché près de 25 millions d’euros de dotations, et les Républicains, 18 millions.

Mais si des femmes ont été présentées sur les listes, elles n'ont été que 26, 2% à remporter leurs sièges pour entrer à l’Assemblée nationale. La faute, peut-être, à des lois trop peu contraignantes… Mais aussi, sans doute, à de véritables stratégies de contournement. "Ce n’est pas dû à un manque de personnel politique féminin", explique le HCE. "En 2012, les femmes ont surtout été présentées sur des circonscriptions réputées non gagnables. Il y a de véritables stratégies de conservation du pouvoir de la part de députés hommes sortants."

Les prochaines élections, qui ont lieu en 2017, pourront-elles changer la donne ? Peut-être. Une nouvelle loi, promulguée le 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, prévoit en effet le doublement des pénalités financières des partis politiques en cas de non-respect de la parité. Et le HCE compte bien faire des piqûres de rappel régulières, alors que se jouent déjà, depuis cet été, les investitures pour les élections législatives de 2017.

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