La part d’étrangers condamnés pour vols a doublé en cinq ans

SOCIÉTÉ
DECRYPTAGE - Une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) rendue publique ce mercredi 1er juin révèle que les étrangers ont été deux fois plus condamnés pour vol en 2013 et 2014 que cinq ans auparavant. Une évolution qui confirme l’entrée dans notre pays de groupes criminels structurés et transnationaux.

Près d’une personne sur cinq condamnées pour vols n’est pas de nationalité française. Une part qui a quasiment doublé en cinq ans, révèle ce mercredi 1er juin l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) dans une note publiée sur son site internet et que metronews a pu consulter en avant-première.

Selon ce "Flash-Crim N°7" , en 2013 et 2014, 23,9% des condamnations pour vols ont été prononcées à l’encontre de personnes de nationalité étrangère. Sur la période de 2008-2009, cette part était alors de 12,1%. Dans le même temps, la part des Français condamnés pour vols baisse, passant ainsi de 80,6% en 2008-2009 à 74,7% en 2013-2014.

Europe de l’Est et Afrique du Nord

Pour Christophe Soullez, le chef de l’ONDRP, ces chiffres provenant des services de la justice viennent consolider les tendances précédemment observées à travers le spectre de la police et de la gendarmerie. "Les statistiques police et justice convergent", indique-t-il auprès de metronews.

Parmi les étrangers les plus représentés, figurent les Roumains, les Bulgares, les Albanais et les ressortissants des pays de l’ex-Yougoslavie, qui passent de 3% des condamnés pour vols en 2008-2009 à 9,1% en 2013-2014. Autre groupement de nationalités importantes, les pays d’Afrique du Nord : 7,1% en 2013-2014, contre 4,3 en 2008-2009. Enfin, les ressortissants des pays de l’Ex-URSS : 1,2% en 2008-2009, 2,9% en 2013-2014.

Groupes criminels spécialisés

Une augmentation qui "vient conforter l’hypothèse selon laquelle le profil des auteurs de vols en France aurait connu une mutation inédite à partir de la fin de la décennie 2000, notamment sous l’effet d’une implication croissante de la criminalité organisée transnationale", relève l’ONDRP.

Si la part d’étrangers augmente dans les condamnations pour vols, on ne connaît pas le taux de récidive. Or les vols les plus nombreux sont généralement commis sans violence et répétés. Autrement dit, un individu peut commettre plusieurs vols, ce qui peut amener à "gonfler" le nombre de condamnations attribuées aux étrangers. D'autant que des groupes criminels venus de l’Est se sont spécialisés dans les cambriolages, les vols à la tire ou encore à la roulotte (vols à l'intérieur des voitures, ndlr). Des constatations régulièrement mises en avant par les rapports de police ou les notes du Service d'information de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) de la police judiciaire.

Statistiques ethniques ?

Cette note de l’ONDRP n’accouche pas de "statistiques ethniques". Mais elle discrimine des nationalités. Ce qui risque d’alimenter, à nouveau, les critiques de la part des pourfendeurs des chiffres basés sur les origines, la religion, ou les groupes de peuples. En France, les statistiques ethniques sont interdites. Parfois, des dérogations sont accordées à des sociologues pour analyser ponctuellement certains comportements.

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Le choix de recourir à ces chiffres par nationalité est résolument assumé à l’Observatoire. "Ce sont des données objectives et publiques. On en fait aussi pour les mineurs, les femmes, les hommes… Et donc pour les étrangers. Cela permet de comprendre les phénomènes criminels et d’adapter les réponses policières", souligne pour metronews Christophe Soullez. Ainsi, explique le criminologue, cette étude met en lumière la nécessité de la coopération internationale. "La police française doit mieux travailler avec la police d’où sont originaires les individus condamnés", avance-t-il. Une manière de mieux anticiper les mutations des phénomènes criminels. Et donc de les contenir.

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