La plateforme YouTube a-t-elle censuré la communauté LGBT ?

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POLÉMIQUE - Plusieurs membres de la communauté LGBT (lesbien, gay, bi, trans) sont montés au créneau contre YouTube, accusant la plateforme de placer certaines de leurs vidéos parlant d’homosexualité en mode "restreint".

Les vidéos évoquant l’homosexualité seraient-elles dérangeantes ? La communauté LGBT s'en inquiète après que YouTube a placé en mode restreint des vidéos émanant de ses membres.


Ce fameux mode est une option facultative que chaque internaute peut activer sur sa page YouTube, en cliquant sur un onglet. Ce qui a pour effet de bloquer automatiquement des contenus jugés "inappropriés" ou "susceptibles d’être réservés à un public averti". Les critères pour placer ces vidéos en mode restreint restent, eux, un peu flous : "De nombreux indicateurs (le titre des vidéos, leur description, leurs métadonnées, le respect du règlement de la communauté et les limites d'âge) sont pris en compte pour identifier et exclure les contenus susceptibles d'être réservés à un public averti", se contente d’indiquer la plateforme.

Des contenus pourtant innocents

Mais fin mars, la polémique est montée dans la communauté LGBT. Plusieurs Youtubeurs américains, et français, se sont en effet aperçus que certaines de leurs vidéos, au contenu pourtant tout sauf sulfureux, étaient bloquées sous ce mode. D’où des critiques en cascade sur le réseau. 


20 minutes a ainsi recensé les exemples d’Ariana Grande, jeune Youtubeuse américaine, qui donne des conseils aux gays victimes d’homophobie, ou encore le clip Same Love, la chanson de Macklemore et Ryan Lewis, qui prône la tolérance. La youtubeuse Shannon Beveridge a vu sa vidéo sur son coming-out elle aussi placée en mode restreint. Le jeune Jordan Doww a réagi sur twitter, interpellant Youtube. 

La France n’y a pas échappé. Ainsi, une vidéo de Cyprien portant sur le mariage homosexuel a aussi été placée en mode restreint. Brice, un jeune photographe qui a créé la chaîne "le journal de Brice", où il raconte notamment son coming-out, ou la réaction de ses parents, a vu une quinzaine de ses vidéos subir le même traitement. Celles qui ont échappé aux coups de ciseaux portent sur des "conseils coiffure" et sur "une recette de cupcake", note France Info, qui évoque aussi le cas de Tristan Lopin, jeune trentenaire humoriste, dont les vidéos portant sur les opposants au mariage pour tous, ou encore le harcèlement de rue, ont été jugées indésirables par YouTube. "Dans mes vidéos, il n'y a aucune image sexuelle, je fais toujours attention à ne pas être vulgaire, explique-t-il à la radio, tout en confessant : "Je trouve ça horrible, En même temps, cela ne m'étonne pas. LGBT est forcément associé à sexualité." 


Le jeune Andrew Grey, dont une partie des vidéos non plus n’apparaît pas, a d’ailleurs réagi via une vidéo "Quand Youtube devient homophobe". "C’est pas cool, c’est une forme de censure", dit-il. "Je ne comprends pas pourquoi tout de suite l’homosexualité est considérée comme un contenu qui peut être choquant. Le milieu LGBT, cest des hommes qui aiment des hommes, des femmes qui aiment des femmes, c’est juste une orientation sexuelle, mais ce n’est pas du cul !"

Devant la levée de bouclier, YouTube a d’abord réagi sur Twitter, en indiquant être "si fier de représenter la communauté LGBTQ" et réexpliquant que le "but du mode restreint est de filtrer les contenus pour un public qui désire un accès plus limité". 

Des explications qui n’ont pas complètement convaincu. Du coup, quelques heures après, la plateforme a, dans un nouveau tweet, présenté des excuses.

"Désolé pour toutes la confusion avec le mode restreint. Des vidéos ont été incorrectement labellisées, et ce n’est pas juste. Nous travaillons dessus !", a écrit l'équipe de YouTube. Avant, encore un peu plus tard, de repréciser les règles de ce mode restreint. 

 "Nous comprenons que cela a été déroutant et dérangeant, et beaucoup d'entre vous ont soulevé des inquiétudes", écrit YouTube. La plateforme rappelle d’abord que cette fonctionnalité facultative a été introduite en 2010, notamment pour "aider des institutions comme les écoles ou les personnes qui voulaient mieux contrôler le contenu qu'ils voient sur YouTube." Sont visés, d’après la plateforme, des vidéos "qui contiennent des blasphèmes, des images ou descriptions de violence, des discussions sur certaines maladies comme les dépendances et les troubles de l'alimentation."

Avant de reconnaître : "En fin de compte, cette fonctionnalité ne fonctionne pas comme il se doit. Notre système fait parfois des erreurs dans la compréhension du contexte et des nuances lorsqu'il évalue les vidéos. Nous sommes désolés et nous allons le réparer." S’il y a souci de répartion, donc, beaucoup reste à faire : de nombreuses vidéos, comme la protestation d’Andrew Guy (voir ci-dessus), ne sont toujours pas disponibles en mode restreint. 

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