La prison de Fresnes envahie par les rats : un rapport accablant sur les conditions de détention

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INSALUBRITÉ - La contrôleure générales des lieux de privation de libertés dénonce ce mercredi des conditions d'incarcération "indignes" à Fresnes. Entre invasion de rats et insalubrité, Adeline Hazan demande des mesures en urgence.

Son état des lieux fait froid dans le dos. Ce mercredi 14 décembre, la contrôleure générale des lieux de privation de libertés (CGLPL) dénonce des conditions de vie indignes dans la prison de Fresnes, dans un rapport confié à France Inter. Dans une série de recommandations destinées au ministère de la justice, l'ancienne maire de Reims (PS) Adeline Hazan se base sur une visite de deux semaines effectuée début octobre par des agents du CGLPL.


Photos à l’appui, elle pointe du doigt une surpopulation "inacceptable", une invasion de rats, ou un "usage banalisé de la violence" par les surveillants.

Surpopulation carcérale

Selon son rapport, le principal problème a trait à la surpopulation : le taux d'occupation moyen atteint 188% et le nombre de détenus (près de 3000) a augmenté de plus de 52% en dix ans. Plus de la moitié vivent "à trois dans une cellule" standard d'environ 10 m², un tiers à deux, et seulement 13% sont seuls. Une situation "très en-deçà des normes fixées par le Comité européen pour la prévention de la torture", relève la contrôleure. Ce dernier préconise en effet 6 m² d'espace vital dans une cellule individuelle... et 4 m² dans une cellule collective.

Le royaume des rats

Autre dysfonctionnement grave : les conditions de vie des personnes détenues, contraires à la Convention européenne des droits de l'homme. Notamment l'hygiène de l'établissement, qui est "désastreuse", avec des rats qui "évoluent en masse au pied des bâtiments". En 2016, deux détenus y ont contracté la leptospirose, maladie potentiellement mortelle transmise par les rats. Les punaises de lit ont également envahi les cellules. 

Manque de personnel

La prison de Fresnes souffre par ailleurs d'un personnel en sous-effectif, composé d'environ "70% de stagiaires". Dans une prison où un seul surveillant a environ 120 détenus sous sa responsabilité, le respect de leurs droits fondamentaux est "structurellement impossible", argue la contrôleure.

Violence banalisée

Soumis à un "climat de tension permanente", les surveillants ont développé "un usage banalisé de la force et des violences", déplore encore le rapport. A Fresnes, "la fouille à corps devient la règle et non l'exception" et le personnel peut placer "pendant de longues heures" les détenus dans des "salles d'attente" surnommées "placards", sans sanitaire ni point d'eau. Trois surveillants ont récemment fait l'objet de mesures disciplinaires, relèvent les contrôleurs.


En octobre 2016, le tribunal de Melun avait déjà ordonné à l’Etat d’intensifier ses mesures afin de dératiser et désinfecter les lieux, suite aux observations de l’OIP. En réponse à ces observations, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a rappelé dans une lettre que le budget 2017 prévoit de lancer la construction de trois maisons d'arrêt en Ile-de-France pour désengorger les prisons. Il a aussi détaillé des travaux à venir l'an prochain, pour plus de 900.000 euros, pour lutter contre les rats.


La "rénovation" de l'établissement, construit à la fin du XIXe siècle, est désormais considérée comme une "urgence".

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