La Redoute : tirer au sort les employés pour les forcer à travailler le soir, est-ce légal ?

SOCIÉTÉ
DROIT DU TRAVAIL – Le centre de logistique de Wattrelos (Nord) de La Redoute, qui emploie 1200 salariés, envisage, faute d'un nombre suffisant de volontaires, de tirer au sort les employés qui devront travailler jusqu'à plus de 21 heures. Metronews fait réagir l'avocat spécialiste du droit du travail Eric Rocheblave, "interpellé" par l'éventualité d'une telle pratique.

Personne n'est volontaire pour travailler le soir ? On tire à la courte-paille ! C'est ce qui pourrait se passer au sein du centre de logistique de Wattrelos (Nord) de La Redoute, où la direction veut modifier les horaires des salariés : actuellement, ils quittent au plus tard leur poste à 20 heures. L'an prochain, lorsque le spécialiste de la vente à distance aura déménagé dans un site flambant neuf, il souhaite doper sa compétitivité en faisant travailler l'équipe de l'après-midi jusqu'à 21h20 - tout juste au-dessus, donc, de la limite des 21 heures à laquelle commence généralement le travail de nuit.

Problème : seule une quarantaine de salariés est intéressée par la compensation financière qui leur est proposée, alors qu'il en faudrait 150, a indiqué la direction au Figaro et aux médias locaux . L'option d'un tirage au sort a donc été mise sur la table, même si elle est qualifiée "d'ultime recours" et que les négociations se poursuivent.

"La relation de travail repose sur le principe de loyauté"

Un tel processus, contre lequel les syndicats sont évidemment vent debout, serait-il légal ? "La relation de travail, ce n'est pas une roulette russe", nous répond l'avocat Eric Rocheblave, "interpellé et même choqué" par l'éventualité d'une telle pratique. Ce spécialiste en droit du travail explique que "dès lors qu'un changement d'horaire a une incidence sur la rémunération, que ce soit en plus ou en moins, il faut l'accord des salariés." Dans ce cas, un tirage au sort décidé de façon unilatérale par l'employeur ne serait "pas possible". En revanche, poursuit-il, "si les salariés sont d'accord pour y participer, pourquoi pas : la relation de travail repose sur le principe de loyauté". On semble loin de pouvoir parvenir à un tel accord au sein de l'entreprise en question. "Un grand nombre des ouvriers de La Redoute sont des mamans célibataires qui doivent s'occuper de leurs enfants le soir, et ne peuvent pas s'organiser pour rester au travail jusqu'à 21h20", a assuré Force Ouvrière à BFM Business .

Si votre contrat de travail stipule que vous travaillez par exemple de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h, là non plus, l'employeur ne peut décider de vous imposer d'autres horaires sans votre accord. Mais, souligne Eric Rocheblave, "si l'horaire de travail est collectif et qu'il n'a pas été négocié dans le cadre d'un accord d'entreprise", l'employeur peut modifier les horaires unilatéralement, "dès lors que le changement ne touche pas aux piliers du contrat de travail comme la rémunération, le temps de repos ou les amplitudes horaires". C'est le principe du pouvoir de direction de l'employeur.

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